À voir sur Netflix : Massacre à la tronçonneuse (2022)

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Massacre à la tronçonneuse

États-Unis : 2022
Titre original : Texas Chainsaw Massacre
Réalisation : David Blue Garcia
Scénario : Colin Stetson
Acteurs : Tom Kenny, Bill Fagerbakke, Rodger Bumpass
Distributeur : Netflix France
Durée : 1h23
Genre : Horreur
Date de sortie : 18 février 2022

Note : 3,5/5

Melody, sa sœur adolescente Lila et leurs amis Dante et Ruth se rendent dans la petite ville de Harlow, au Texas, pour lancer une nouvelle entreprise. Mais leur rêve se transforme bientôt en cauchemar éveillé lorsqu’ils pénètrent sans le vouloir dans le monde de Leatherface, le dangereux tueur en série dont l’héritage sanglant continue de hanter les habitants de la région. Parmi eux, Sally Hardesty, unique survivante du tristement célèbre massacre de 1973, et bien décidée à se venger…

Chronologie(s) d’un massacre

De toutes les grandes franchises commerciales ayant vu le jour dans le domaine du cinéma horrifique depuis un demi-siècle, la saga Massacre à la tronçonneuse possède assurément un statut un peu à part, dans le sens où elle pourra probablement être considérée comme l’une de celles ayant fait le moins de concessions avec la notion de « grand public » et avec les différentes modes du genre. Initiée en 1974 avec le chef d’œuvre bizarre et dérangeant de Tobe Hooper, la série de films Massacre à la tronçonneuse était jusqu’ici divisée en plusieurs parties : la première est composée de quatre films, réalisés entre 1974 et 1994, et qui grosso-modo se suivent d’un point de vue chronologique. *Première timeline*. En 2003, le cinquième film, que les producteurs font le choix d’appeler Massacre à la tronçonneuse, soit exactement le même titre que le film d’origine, est un reboot, qui crée une *Deuxième timeline* dans la saga. Cette chronologie nouvelle sera également utilisée dans le sixième film en 2006, mais en 2013, on revient aux origines avec le septième opus de la franchise.

C’est en 2013 que les choses ont commencé à se compliquer réellement du côté de la continuité chronologique. On avait déjà essayé de dépatouiller tout ça début 2018 avec notre article consacré aux quatre films réalisés entre 2003 et 2017. Même si Texas Chainsaw est souvent considéré à tort comme une suite de Massacre à la tronçonneuse : la nouvelle génération (1994), le film faisait en réalité le choix d’ignorer tous les films réalisés depuis l’original de 1974, et s’ouvrait même sur des images du film de Tobe Hooper. *Troisième timeline*. Le huitième film de la saga, sobrement intitulé Leatherface, tenterait tant bien que mal « d’enrichir » encore le background et la généalogie de la famille Tronçonneuse, si bien qu’aujourd’hui personne n’y comprend plus rien.

Depuis le dernier film en 2017, Lionsgate et Millennium Films ont cependant perdu les droits de la franchise au bénéfice de Legendary Pictures. L’homogénéité n’étant pas la caractéristique principale de la saga Massacre à la tronçonneuse, les responsables de ce nouveau film ont, à nouveau, décidé de faire fi de toute la « mythologie » de la franchise. Disponible depuis hier sur Netflix, le Massacre à la tronçonneuse cuvée 2022 reprend donc à nouveau exactement le même titre que le film original de 1974, et prend le parti de situer son récit dans le Texas du vingt-et-unième siècle, en occultant tous les films réalisés entre 1974 et 2022. Comme ça, hop, aux chiottes les problèmes de continuité ou de chronologie, et bienvenue dans la *quatrième timeline*.

Leatherface investit l’ère des réseaux sociaux

Massacre à la tronçonneuse est donc rien de moins que le neuvième épisode de la franchise initiée par Tobe Hooper en 1974, et il y a fort à parier pour que les auteurs du film original, Tobe Hooper et Kim Henkel, n’aient jamais envisagé à l’époque de décliner leur sujet à tel point sur le long terme. Mais le succès a changé la donne, et au fil des films, la menace a également changé de visage, de plus en plus « personnifiée » par le personnage de Leatherface. De personnage secondaire du premier long-métrage, ce dernier est peu à peu devenu le « symbole » de la saga, et il a, de film en film, pris une importance de plus en plus prépondérante, au point même d’en devenir la seule et unique menace de ce nouvel opus, décimant à lui seul une vingtaine de victimes dans le film aujourd’hui disponible sur Netflix. Beaucoup de choses ont changé en cinquante ans, me direz-vous, et le massacre de masse est dans l’air du temps.

Si le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper avait une approche de son sujet quasi-documentaire, les films suivants avaient déjà largement abandonné cet aspect, pour proposer au public une espèce de réflexion sur la famille en général, ainsi que sur la notion de « transmission du mal », qui s’affinait plus ou moins au fil des films et des années. Sous l’impulsion de Chris Thomas Devlin, Fede Alvarez et Rodo Sayagues, scénaristes de ce nouvel épisode, Massacre à la tronçonneuse abandonne en grande partie cette réflexion pour se concentrer, dans son arc narratif principal, sur une autre thématique typique du cinéma d’horreur des années 70 : l’opposition entre les habitants de la ville et de la campagne américaine. Cette thématique, qui oppose grosso modo la « civilisation » à la « sauvagerie », est en effet un des classiques du genre depuis La Colline a des yeux en 1977. Régulièrement reprise dans les films d’horreur des années 70/80, cette idée est souvent l’occasion de retourner en fin de métrage le postulat de départ, avec des personnages de pacifistes qui finiront par prendre les armes pour se venger en versant dans la sauvagerie la plus décomplexée. D’ailleurs, au lieu de se voir estompés par le temps, les clivages entre la ville et la campagne semblent s’être encore davantage accentués en l’espace d’une cinquantaine d’années : dans Massacre à la tronçonneuse, on aura donc d’un côté des bobos démocrates ultra-connectés roulant en Tesla, et de l’autre, des rednecks républicains toujours aussi manuels et pollueurs. Le fait de remettre ces vieilles oppositions au centre du film n’a cependant rien d’absurde : l’assaut du Capitole par les partisans de Donald Trump début 2021 a prouvé que les divisions étaient plus que jamais vivaces aux U.S.A, et l’intrigue de Massacre à la tronçonneuse prend clairement en compte cette agressivité latente, qui ne manquera pas de se faire remarquer dès le premier quart d’heure du film.

Le scénario de Massacre à la tronçonneuse prend également en compte les nombreuses années qui séparent les événements de Harlow et le présent : de fait, le massacre du premier film est devenu une légende urbaine tout juste bonne à attirer quelques touristes et à alimenter quelques reportages destinés à la télévision. Narrateur du film de 1974, John Larroquette répond à nouveau présent afin d’introduire le fait divers en début de métrage, puis le réalisateur David Blue Garcia entreprend de nous présenter une poignée de nouveaux personnages typiques de la génération Z, et surtout de l’esprit d’entreprise dont certains pionniers des médiaux sociaux ont su faire preuve ces vingt dernières années. Les jeunes gens au cœur de Massacre à la tronçonneuse comptent donc utiliser leurs talents d’influenceurs sur les réseaux sociaux pour ressusciter Harlow et en faire une ville écologique, solidaire et responsable.

Le scénario cependant ne fait pas de cette poignée de bobos des personnages très sympathiques : le récit nous apprendra en effet qu’ils ont utilisé leur réseau de banquiers et d’influences diverses afin de vider les lieux de leurs derniers habitants. Les réactions du personnage de Melody (Sarah Yarkin) à la découverte de cette réalité est d’ailleurs symptomatique d’une génération présentée comme pas si « responsable » que cela, payant à coups de milliers de dollars pour faire dégager les habitants de Harlow, mais préférant se mettre des « œillères » sur la façon dont lesdits habitants ont été mis à la porte de maisons qui, dans certains cas, appartenaient à leur famille depuis des générations. Mais ne vous inquiétez pas : Leatherface et Massacre à la tronçonneuse ne vont pas tarder à modifier leur sens des priorités…

Le Massacre est au rendez-vous

Que les fans les plus acharnés de la franchise se rassurent cependant : Massacre à la tronçonneuse garde également un œil dans le rétro, et outre les références plus ou moins subtiles au film original qui émaillent le récit, on notera que le scénario réintègre le personnage de Sally Hardesty, originellement incarné par la regrettée Marilyn Burns, qui réapparaît dans le derniers tiers du film afin de se venger de celui qui, il y a près de 50 ans, a massacré ses amis dans la maison de famille des Sawyer, et où elle-même s’est installée depuis. Seulement entraperçue dans cet épisode, la fameuse maison devrait logiquement reprendre sa place de quasi-personnage de la saga dans le prochain film de la franchise – c’est du moins explicitement ce que semble signifier le plan final – et post-générique – de ce Massacre à la tronçonneuse cuvée 2022.

Pour être tout à fait honnête, les motivations viscéralement vengeresses de Sally (ici incarnée par Olwen Fouéré) n’apportent pas grand-chose au film de David Blue Garcia, dont les qualités sont clairement ailleurs, et se situent plutôt dans un récit rapide, linéaire, d’une simplicité désarmante et suffisamment court pour ne jamais provoquer le moindre ennui. Le film commence vite et fort, a l’intelligence de nous proposer une excellente scène de flippe (celle du fourgon accidenté, foutrement efficace) avant d’embrayer sur le vrai massacre. Et pour le coup, le cinéaste – jusqu’ici totalement inconnu chez nous – ne s’embarrasse pas de fioritures, et ne cherche visiblement pas à retrouver la « glauquerie » finement orchestrée par Tobe Hooper : il y va franco dans la violence et le gore, enchaînant dans son Massacre à la tronçonneuse les scènes de carnage et de brutalité extrême avec une complaisance qui vous fera à coup sûr rire ou grimacer avec un petit haussement de sourcils : « Ouch ! Ça, ça doit faire mal ! »

A ce titre, le Massacre à la tronçonneuse de David Blue Garcia marquera bien davantage les mémoires par ses scènes gore d’anthologie que par son ambition créative. Deux scènes en particulier marqueront les esprits : la première suit l’assaut par Leatherface d’un bus bondé d’influenceurs, et s’avère un bon gros délire, notamment en raison des plans sur les téléphones portables et aux commentaires apparaissant sur les « lives » lancés par la brochette de bobos connectés qui termineront sectionnés et hachés menu par la tronçonneuse du tueur fou. La deuxième prend place dans un cinéma, et utilise de façon très intelligente le décor mis à sa disposition. On notera que le film à l’affiche dans le cinéma s’intitule Werewolves of the Alamo 2 – un film qu’on aimerait bien découvrir !

Entre deux carnages, on notera que le côté « féminin » de Leatherface (plus ou moins présent selon les films, plus ou moins apprécié par les fanboys) refait également son apparition dans Massacre à la tronçonneuse, lors d’un des rares temps de pause organisé par le récit. Pour le reste, on ne pourra que saluer l’efficacité du film : le « Massacre » attendu est bel et bien au rendez-vous, le gore est présent et spectaculaire, et les quelques effets numériques s’intègrent parfaitement bien à l’ensemble. La photo signée Ricardo Diaz est souvent l’occasion de plans vraiment magnifiques, dont la beauté bucolique tranche avec la brutalité sanglante de ce qui nous est montré.

Bien sûr, on pourra regretter le manque d’ambition de ce Massacre à la tronçonneuse, qui ne va jamais réellement au-delà du simple jeu de massacre gore et souvent réjouissant que l’on est venu y trouver. Cependant, les qualités formelles du film et son côté extrêmement bourrin permettront à la plupart des fans de la saga d’y trouver leur compte, et de même franchement s’amuser, surtout à la découverte des deux gros moments de bravoure du film qui, à eux-seuls, justifient sans le moindre problème le visionnage du film de David Blue Garcia.

1 COMMENTAIRE

  1. Ce film une daube totale sans queue ni tête. Rien n’y est réaliste a commencer par la tronçonneuse dont on voit la chaine pendouiller au début et n’a même pas été resserrée. N’importe quelle personne qui a un jour utilisé une tronçonneuse verra que son maniement et utilisation est impossible tel que montré dans le film. D’autre part, lorsque le « méchant » se prend un coup de tire-bouchon, ouille ça lui fait mal, mais lorsqu’il se prend cinq cartouches de chevrotine à bout portant pour gros gibier plus un coup de tronçonneuse qui remonte du ventre au visage, même pas mal; le type repart comme si de rien était. Comment perdre 1h30

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