
Titre original : Secrets and Lies
Réalisateur et scénariste : Mike Leigh
Casting principal : Timothy Spall, Brenda Blethyn, Marianne Jean-Baptiste
Genre : Drame Date de sortie cinéma : 18 septembre 1996 Date de sortie DVD/BR : 20 octobre 2026
Durée : 2h22
Pays : Royaume-Uni, France (1996)
Éditeur : Potemkine Films
À la mort de sa mère adoptive, Hortense, jeune femme noire de 27 ans, décide de partir à la recherche de sa véritable mère. Elle apprend avec stupéfaction que sa véritable mère, Cynthia, est blanche et qu’elle a une fille de 20 ans, Roxanne, avec laquelle elle vit. Quant à Cynthia elle est paniquée quand elle elle apprend l’arrivée de cette enfant oubliée depuis longtemps…
Le film
[3,5/5]
Avec Secrets et mensonges, Mike Leigh transforme une histoire de famille en bombe à retardement émotionnelle, mais une bombe qui aurait été soigneusement rangée dans un placard avant d’être oubliée. Lorsque Hortense, jeune optométriste noire adoptée à la naissance, retrouve Cynthia, sa mère biologique blanche, le film pourrait facilement foncer vers le mélodrame lacrymal avec violons en embuscade. Mike Leigh prend exactement le chemin inverse. Secrets et mensonges préfère les silences gênés, les petites humiliations, les phrases qui dérapent et les rancœurs qui ont pris racine dans les moquettes. Le secret familial n’est donc pas seulement une information cachée : il devient une manière de vivre. Chacun protège quelque chose, chacun ment un peu, parfois pour protéger les autres, souvent pour éviter de regarder sa propre existence en face.
Secrets et mensonges parle évidemment d’adoption, de filiation, de racisme et de classe sociale, mais Mike Leigh refuse d’enfermer ses personnages dans ces seules cases. La couleur de peau d’Hortense constitue d’abord une révélation spectaculaire pour Cynthia, avant de devenir progressivement presque secondaire face aux blessures beaucoup plus intimes qui rongent cette famille. Maurice, photographe professionnel, observe les autres toute la journée tandis que sa propre vie conjugale se fissure derrière l’objectif. Monica souffre de ne pas pouvoir avoir d’enfant. Roxanne traîne son agressivité comme une armure légèrement trop grande. Cynthia, elle, semble avoir transformé la honte en seconde peau. C’est toute la force de Secrets et mensonges : le film ne demande jamais qui a raison, mais plutôt combien de temps un être humain peut supporter de vivre avec une histoire qu’il s’est racontée pour tenir debout.
La mise en scène accompagne cette mécanique avec une discrétion remarquable. Mike Leigh et le directeur de la photographie Dick Pope privilégient des cadres qui laissent respirer les personnages tout en les enfermant parfois dans leurs espaces domestiques. Les intérieurs modestes, les rues londoniennes et les lieux de travail ne servent jamais de simples décors : ils prolongent les états d’âme. Le métier de Maurice est particulièrement révélateur puisque son appareil photographique lui permet de figer les apparences alors que Secrets et mensonges raconte précisément l’impossibilité de figer une famille sans que quelque chose finisse par déborder du cadre. Même le montage de Jon Gregory participe à cette impression de quotidien qui avance par petites secousses, jusqu’à la formidable scène de l’anniversaire où les non-dits sortent enfin du placard. Le barbecue familial devient alors une véritable machine à déballer les fantômes.
Cette longue scène finale pourrait sembler artificielle entre les mains d’un autre cinéaste. Chez Mike Leigh, elle paraît au contraire presque terriblement naturelle, parce que Secrets et mensonges a passé deux heures à accumuler les regards, les maladresses et les petites lâchetés. Le réalisateur retrouve ici quelque chose de Life is Sweet, sorti quelques années auparavant, tout en prolongeant la veine plus sombre de Naked. Mais là où ce dernier regardait l’humanité comme un terrain vague battu par les vents, Secrets et mensonges cherche davantage la possibilité d’une réparation. Pas une guérison miraculeuse, non : simplement l’idée que dire la vérité peut parfois permettre de recommencer à respirer normalement.
Et puis il y a les acteurs, absolument formidables. Brenda Blethyn compose une Cynthia à la fois drôle, pathétique, agaçante et bouleversante, sans jamais demander au spectateur de la plaindre. Marianne Jean-Baptiste impose à Hortense une douceur et une dignité magnifiques, tandis que Timothy Spall donne à Maurice une fragilité presque cachée derrière son humour. Claire Rushbrook, Phyllis Logan et le reste de la distribution complètent cette famille brinquebalante avec une précision qui fait oublier le travail considérable nécessaire pour obtenir une telle impression de naturel. Secrets et mensonges n’est pas toujours aussi subtil qu’il voudrait l’être et ses 142 minutes peuvent parfois sembler un peu étirées. Mais lorsque Mike Leigh laisse enfin ses personnages déposer leurs valises émotionnelles sur la table, le film atteint une justesse rare. Une Palme d’or qui ne cherche pas à briller : elle préfère regarder les gens dans les yeux.
Le Blu-ray
[4/5]
Pour son arrivée au format Blu-ray chez Potemkine Films, Secrets et mensonges bénéficie d’une présentation qui lui permet de retrouver une définition autrement plus convaincante que les anciennes éditions vidéo. La photographie de Dick Pope n’a évidemment rien d’une démonstration de haute technologie destinée à faire pleurer les pixels de bonheur : l’image reste volontairement naturelle, avec un grain argentique perceptible et des teintes souvent discrètes, parfaitement adaptées aux intérieurs modestes et aux décors londoniens. Les visages profitent d’une définition appréciable, les textures des vêtements ressortent correctement et les contrastes assurent une bonne lisibilité des nombreuses scènes d’intérieur. Quelques limites liées à l’âge du matériel source peuvent se manifester, mais elles restent cohérentes avec l’aspect photographique du film. Potemkine Films propose donc une copie solide, respectueuse de la texture originale, sans chercher à transformer Mike Leigh en pub pour voiture HD. Côté son, le film nous est proposé en VF et VO DTS-HD Master Audio 2.0 (Stéréo). Deux pistes qui jouent la carte de la sobriété, ce qui tombe plutôt bien pour un film où un silence gênant peut être beaucoup plus assourdissant qu’une explosion hollywoodienne. Les dialogues demeurent nets et correctement centrés, les ambiances sont suffisamment présentes et la musique conserve une belle clarté. La piste anglaise constitue naturellement le choix privilégié pour profiter des interprétations originales, notamment des accents et des nuances de jeu de Brenda Blethyn, Marianne Jean-Baptiste et Timothy Spall. La piste française s’en sort également honorablement. Pas de démonstration tonitruante ici : Secrets et mensonges n’est pas venu avec une fanfare sous le bras, et les deux mixages respectent intelligemment cette intimité.
Côté suppléments, on commence avec A Sense of History (26 minutes), un court-métrage réalisé par Mike Leigh en 1992 et porté par Jim Broadbent. Cette petite merveille d’humour noir prend la forme d’un faux documentaire historique particulièrement savoureux, dans lequel la parole officielle devient progressivement un extraordinaire terrain de jeu pour les mensonges, l’autosatisfaction et la mauvaise foi. Une excellente manière de retrouver Mike Leigh sur un format court et de constater qu’il sait déjà faire beaucoup avec très peu. On continue avec A Running Jump (35 minutes), un autre court-métrage quant à lui réalisé en 2012, qui retrouve le goût du cinéaste pour les personnages ordinaires, les situations légèrement absurdes et les existences qui partent de travers sans prévenir. Plus contemporain, plus ample, mais toujours traversé par cette attention aux petites catastrophes humaines qui constitue l’une des signatures de Mike Leigh. On terminera avec un entretien autour de l’œuvre de Mike Leigh (19 minutes). Cette intervention de Juliette Armantier, responsable des activités culturelles à la Cinémathèque française, permet de replacer Secrets et mensonges dans l’ensemble de la carrière du cinéaste et d’évoquer sa méthode de travail, son rapport aux acteurs, son intérêt pour les classes populaires britanniques ainsi que cette façon très particulière de construire des personnages qui semblent avoir existé avant même que la caméra ne les rencontre. Un complément particulièrement pertinent pour accompagner la découverte du film et comprendre ce qui se cache derrière cette impression de naturel.























