
Titre original : La Symphonie pastorale
Réalisateur : Jean Delannoy
Scénario : Jean Aurenche, Pierre Bost
Casting principal : Michèle Morgan, Pierre Blanchar, Line Noro
Genre : Drame, Romance Date de sortie cinéma : 26 septembre 1946 Date de sortie DVD/BR/4K : 2 septembre 2026
Durée : 1h37
Pays : France (1946)
Éditeur : StudioCanal
Un pasteur suisse a recueilli et élevé une petite fille aveugle, parlant et marchant avec difficulté. Devenue une femme, Gertrude est courtisée par le fils du pasteur, Jacques. Mais la jalousie pousse le pasteur à refuser cette union. Gertrude subit une opération et retrouve la vue…
Le film
[3,5/5]
Adapté du roman d’André Gide, La Symphonie pastorale arrive sur les écrans en 1946, au sortir de la guerre, avec Jean Delannoy derrière la caméra et Michèle Morgan et Pierre Blanchar en tête d’affiche. Le film remporte alors le Grand Prix du tout premier Festival de Cannes ainsi que le prix d’interprétation féminine pour Michèle Morgan. Autant dire que le bébé avait déjà reçu quelques certificats de bonne conduite avant même d’avoir appris à marcher. Mais derrière cette réputation de grand classique du cinéma français se cache une œuvre nettement moins sage qu’elle n’en a l’air. La Symphonie pastorale raconte en effet l’histoire d’un pasteur qui recueille Gertrude, jeune fille aveugle qu’il entreprend d’éduquer, avant de voir son attachement charitable se transformer en sentiment amoureux. Et c’est précisément là que le film commence à gratter sous le vernis.
Car La Symphonie pastorale s’intéresse moins à la cécité qu’à toutes les formes d’aveuglement qui peuvent s’installer dans une relation humaine. Gertrude ne voit pas, certes, mais Jean Martens refuse surtout de regarder ses propres sentiments en face. Sa religion devient alors un drôle de paravent derrière lequel l’amour, la jalousie et le désir avancent masqués. Le film pose ainsi une question assez vertigineuse : peut-on prétendre agir pour le bien de quelqu’un lorsque cette générosité permet surtout de satisfaire ses propres besoins ? La Symphonie pastorale touche ici à l’emprise affective, à la différence, au handicap et à cette vieille manie humaine consistant à décider de ce qui est bon pour les autres sans leur demander leur avis. Le scénario garde cependant quelque chose de très théâtral et parfois appuyé, comme si chaque sentiment devait enfiler ses habits du dimanche avant d’entrer dans la pièce.
Visuellement, La Symphonie pastorale joue à fond la carte du paysage suisse et de la nature comme miroir des états d’âme. Jean Delannoy oppose les grands espaces enneigés aux intérieurs plus confinés, faisant progressivement de cette communauté familiale une sorte de petite cage morale avec vue sur les montagnes. Les cadres sont élégants, parfois magnifiques, et la mise en scène sait profiter des contrastes du noir et blanc pour donner aux visages une présence presque sculptée. La restauration 4K, réalisée à partir du négatif nitrate 35 mm original, permet aujourd’hui de retrouver cette photographie avec une netteté et une profondeur particulièrement appréciables. La Symphonie pastorale conserve néanmoins une certaine raideur héritée de son époque : le récit avance parfois avec les sabots bien cirés du cinéma académique, et quelques envolées morales ont tendance à peser davantage qu’elles ne bouleversent.
Reste surtout Michèle Morgan, formidable de retenue dans un rôle qui aurait facilement pu sombrer dans le pathos. Son interprétation de Gertrude repose beaucoup sur les gestes, les silences et une étonnante capacité à faire sentir ce qui échappe aux mots. Pierre Blanchar lui donne la réplique avec une autorité volontairement ambiguë, son pasteur étant constamment partagé entre conviction religieuse et désir très terrestre. La Symphonie pastorale n’est donc pas toujours aussi émouvante qu’elle voudrait l’être, mais sa réflexion sur le regard, la possession et les limites de la bonté conserve une belle vigueur. Un classique parfois empesé, certes, mais dont les angles morts restent suffisamment nombreux pour mériter encore quelques coups de projecteur.
Le Blu-ray 4K Ultra HD
[4/5]
StudioCanal nous propose aujourd’hui de redécouvrir La Symphonie pastorale au format Blu-ray 4K Ultra HD, et à cette occasion, le film de Jean Delannoy s’est offert une restauration 4K supervisée par le département Patrimoine et Restauration de l’éditeur. Le travail a été effectué à partir du négatif nitrate 35 mm original par TransPerfect Media, avec le soutien du CNC. Présentée à Cannes Classics en 2026 pour le quatre-vingtième anniversaire du Festival, cette restauration redonne une belle vigueur au classique de Jean Delannoy. L’image HDR10 + Dolby Vision constitue évidemment l’argument majeur de cette édition : le noir et blanc gagne en profondeur, les contrastes sont plus francs et les détails des visages, des costumes et des décors ressortent avec une précision qui permet d’apprécier autrement la photographie du film. Les séquences extérieures profitent particulièrement de cette restauration, avec des paysages suisses qui retrouvent une vraie richesse de nuances. Quelques traces et irrégularités demeurent néanmoins perceptibles, rappelant que le matériel d’origine n’a pas été tourné hier matin. Et c’est tant mieux : vouloir transformer un film de 1946 en démonstration clinique de propreté numérique aurait probablement fait perdre une partie de son charme. Côté son, le français bénéficie d’un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 qui fait correctement le travail. Les dialogues restent propres et intelligibles, tandis que la partition de Georges Auric retrouve une présence appréciable. La piste demeure évidemment limitée par l’enregistrement d’époque, avec une dynamique relativement sage et quelques petites aspérités, mais l’ensemble se montre parfaitement adapté à cette œuvre essentiellement dialoguée.
Du côté des suppléments, StudioCanal ne se contente heureusement pas de jeter deux petits bonus dans le carton pour faire joli. On commencera un documentaire sur Jean Delannoy (37 minutes), réalisé par Dominique Maillet, qui revient sur le parcours du réalisateur et permet de replacer La Symphonie pastorale dans une filmographie beaucoup plus riche qu’on pourrait le penser. Les interventions de Claire Delannoy, Jean Ollé-Laprune et Emmanuel Papillon viennent compléter cette évocation et permettent notamment de revenir sur la personnalité du cinéaste et sur son rapport à la création. On continuera avec un intéressant making of rétrospectif (20 minutes), réalisé par Pierre Unia pour la sortie du film en DVD en 2003, et qui réunit notamment Jean Delannoy, Michèle Morgan, Jean Desailly, Roger Hanin, Yves Boisset ainsi que Mathieu Dupont et Mathieu Sissler. Ce second bonus possède évidemment une valeur patrimoniale supplémentaire : entendre les principaux intéressés revenir sur le film plusieurs décennies après son tournage donne à l’ensemble un parfum de mémoire du cinéma français.






















