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Critique Express : Minotaure

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Critique Express : Minotaure

Titre original : Minotaur
Réalisateur : Andreï Zviaguintsev
Scénario : Andreï Zviaguintsev, Simon Liashenko
Casting principal : Dmitri Mazourov, Iris Lebedeva, Boris Koudrine
Genre : Drame
Durée : 2h20
Pays : France, Allemagne, Lettonie (2026)
Distributeur : Les Films du Losange
Date de sortie : 14 octobre 2026

Note de la rédaction★★★★★★★★★★3,5 / 5

Synopsis : Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.

Critique Express : Minotaure

9 ans d’attente ! 9 ans que les cinéphiles attendaient un nouveau film de Andreï Zviaguintsev, un réalisateur qui, avec des films comme Le retour, Elena et Leviathan, s’est imposé parmi les cinéastes les plus importants du 21ème siècle. Le dernier film qu’on avait vu de lui avait pour titre Faute d’amour, c’était en 2017 et Andreï Zviaguintsev avait beau se targuer d’avoir obtenu le Prix du Jury de Cannes 2017 et le César du meilleur film étranger 2018, c’était loin d’être son meilleur ! Depuis, Andreï Zviaguintsev a été durement touché par une forme grave du Covid qui l’a mis sur le flanc durant de longs mois, puis l’invasion de l’Ukraine par la Russie l’a poussé à s’exiler. C’est la France qu’il a choisi pour s’installer, pays qu’il considère comme étant la « Mecque du cinéma », pays où le metteur en scène est le véritable auteur de son film. Et c’est un film français, La femme infidèle de Claude Chabrol qu’il a choisi d’adapter pour son retour. Une adaptation très libre dans laquelle ce drame familial trouve sa place en 2022, au cœur de la Russie poutinienne. Censé se dérouler dans une ville russe de province, Minotaure met en scène un couple, Greg et Galina. Lui doit avoir un peu plus que 40 ans, elle un peu moins. Leur demeure en pleine forêt est cossue, mais Galina s’y ennuie et elle ne supporte plus sa vie de femme au foyer qui doit avant tout s’occuper de la maison et de leur adolescent de fils, avec l’anniversaire de ce dernier qui arrive et dont elle doit organiser le déroulement. Greg, lui, est chef d’entreprise et ce sont les autorités qui sont à l’origine de son souci du moment : elles exigent de lui que 14 employés de son entreprise soient désignés pour partir au front. Comment continuer à faire fonctionner son entreprise en se privant d’une partie importante d’un personnel très bien formé ? La solution, Greg va la trouver comme il va, pense-t-il, avoir trouvé la solution au fait que cette épouse qui s’ennuie s’est mise à le tromper avec un photographe. C’est bien sûr dans cette partie du film qui s’apparente à un thriller qu’on retrouve vraiment le lien avec le film de Claude Chabrol même si la conclusion de ces 2 films s’avère finalement très différente. 

Que ce soit Greg ou Galina, ce sont des personnages qui, à tort ou à raison, ont le sentiment d’être enfermés dans un labyrinthe, une vie dont le cours n’est rempli que d’ennui pour Galina, les problèmes que rencontre son entreprise du fait de la guerre, puis la découverte que sa femme le trompe pour Greg, et qui essayent de s’en échapper par n’importe quel moyen, toute préoccupation éthique étant exclue. Le rapprochement avec le mythe du Minotaure est renforcé par le nombre d’employés de l’entreprise que dirige Greg exigé par les autorités : 14, comme le nombre de jeunes gens qu’Athènes devait envoyer régulièrement en Crète pour nourrir le monstre Minotaure. Par ailleurs, Minotaure est un film sur une guerre dans lequel on ne voit jamais de véritable scène de guerre. Ce que l’on voit, c’est la lettre Z sur de nombreux véhicules et un train dont les wagons sont pleins de tank qui défile à un passage à niveau ; ce sont les problèmes économiques et humains créés par les besoins en chair fraiche qu’il faut envoyer au combat ; c’est la façon dont le conflit rejaillit sur les comportements des personnages, amplifiant les phénomènes de corruption et leur faisant oublier toute notion de morale. Tout cela est montré sans outrance, il suffit à Andreï Zviaguintsev de suggérer la chape de plomb qui recouvre le pays pour dénoncer avec force la Russie de Poutine. Sinon, la vie dans ce pays en guerre donne l’impression d’être tout à fait normale et Andreï Zviaguintsev n’a rien perdu de son talent pour filmer la beauté de la nature contrastant avec les vilenies de l’âme humaine. En compétition au dernier Festival de Cannes, ce film dans lequel le politique et le thriller voisinent avec bonheur s’est vu décerner le Grand Prix du Jury. Depuis, Minotaure a été choisi par la commission française pour concourir à l’Oscar 2027 du meilleur film international. On peut regretter que ce soit un film réalisé en langue russe par un russe et tourné en Lettonie qui ait été choisi pour, peut-être, représenter la France à cette cérémonie (La liste des 5 nommés définitifs ne sera connue que le 21 janvier 2027). On peut se consoler en se disant qu’on a évité d’être représenté par L’inconnue, qui faisait partie des 5 finalistes retenus par la commission, ou par Notre salut, qui, de toute façon, n’en faisait pas partie.

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