Crows Zero 1 & 2
Japon : 2007-2009
Titre original : Kurozu Zero
Réalisation : Takashi Miike
Scénario : Shogo Muto
Acteurs : Shun Oguri, Shunsuke Daitô, Suzunosuke Tanaka
Éditeur : Roboto Films
Durée : 4h40 environ
Genre : Action
Date de sortie DVD/BR : 21 mai 2026
Crows Zero (2007) : Takiya, un nouveau venu au sein du lycée Suzuran, où des bandes très violentes s’affrontent quotidiennement, veut tenter d’en prendre le contrôle. Pour ce faire, il est entraîné par Katagiri, un ancien Yakuza, et doit lutter contre son rival Serizawa… Crows Zero II (2009) : Huit mois après les derniers événements, alors que Genji est sur le point d’être diplômé du lycée Suzuran, il se voit contraint de régler une dernière affaire avec une école rivale…
Les films
[3,5/5]
Vous souvenez-vous de Takashi Miike ? En France, on a découvert ce réalisateur japonais en 2002 avec Audition, à un moment où tous les yeux cinéphiles étaient braqués vers l’Asie. En se penchant sur sa filmographie, on s’est ensuite rendu compte qu’il s’agissait d’un cinéaste extrêmement prolifique et touche-à-tout (il a tourné plus de 120 films et séries TV en trente-cinq ans de carrière). Et comme l’explosion de la carrière de Takashi Miike coïncidait avec l’explosion du format DVD, dans les dix années qui suivirent, une vingtaine de ses films sortirent en DVD et Blu-ray. Ce fut notamment le cas des deux premiers opus de la saga Crows Zero, tournés en 2007 et 2009, qui furent distribués par Wild Side en vidéo en 2009/2010. Un peu plus de quinze ans plus tard, les deux films de Miike réapparaissent aujourd’hui sous la bannière de Roboto Films. Vous les aviez oubliés ? On va vous rafraîchir la mémoire…
L’énergie qui circule dans Crows Zero et Crows Zero II ressemble à un mélange de fièvre adolescente, presque hormonale, et de chaos chorégraphié. Adaptant les mangas Crows et Worst d’Hiroshi Takahashi (sortis en France chez Kana et Panini), Takashi Miike transforme un lycée japonais en un volcan social prêt à cracher des étincelles de testostérone. Les deux films ne cherchent pas à expliquer le monde : ils le frappent, le secouent, le tordent, et le renvoient au spectateur sous forme de fresque furyô où chaque couloir devient une arène et chaque toit un champ de bataille miniature. L’univers de Crows Zero évoque ces mangas où les émotions sont des uppercuts et les doutes des coups de pied retournés, mais Miike y ajoute une poésie brute, presque primitive, qui transforme les affrontements en rituels d’initiation, que l’on passe les poings serrés et un sourire en coin sur le visage.
Dans Crows Zero et Crows Zero II, l’éternel provocateur Takashi Miike filme la jeunesse comme une force tectonique, imprévisible et magnifique. Les deux films transforment le lycée Suzuran en microcosme où les alliances se font et se défont avec la rapidité d’un tweet viral, mais sans jamais perdre de vue l’humanité de ces garçons qui cherchent à exister dans un monde trop étroit pour leurs rêves. L’énergie est brute, on sent l’envie du cinéaste de faire exploser l’écran, à la façon d’un garnement foutant des pétards dans les boîtes aux lettres. Les thématiques des mangas, qui se retrouvent en filigrane dans les deux films (loyauté, héritage, solitude, besoin de reconnaissance…) sont donc ici mêlées à une mise en scène nerveuse, faite de travellings rapides, de ralentis presque mythologiques et de cadres serrés qui rappellent presque le western spaghetti.
Formellement, Crows Zero et surtout Crows Zero II reposent sur une stylisation extrême, presque baroque, où les coups deviennent des ponctuations et les silences des respirations lourdes de sens. En état de transe, Takashi Miike filme les corps comme des idéogrammes mouvants, inscrivant dans chaque geste une part de destin, comme si les personnages tentaient d’écrire leur propre légende à coups de phalanges dans la gueule. Les couleurs saturées, les contrastes violents, les cadrages obliques donnent aux deux films une identité visuelle immédiatement reconnaissable, presque iconique. Fidèle à ses habitudes, Miike utilise l’excès et la surenchère comme un langage, un moyen de traduire la violence émotionnelle des personnages qui se fightent à l’écran – une certaine idée de la construction de soi.
Les performances des acteurs de Crows Zero et Crows Zero II renforcent encore cette impression de force brute maîtrisée. Shun Oguri impose une présence magnétique, mélange de fragilité contenue et de rage sourde, tandis que Takayuki Yamada apporte à son personnage une intensité presque animale. Les seconds rôles, silhouettes charismatiques, gueules cassées, regards brûlants, composent également une galerie de tronches inoubliables, chacune portant en elle une part du chaos du lycée Suzuran. Avec ce diptyque, qui serait prolongé quelques années plus tard par l’intéressant Crows Explode, Takashi Miike signait des œuvres profondément généreuses – des films qui frappent fort mais qui savent aussi écouter, observer, laisser respirer leurs personnages. Et c’est peut-être là que réside leur force : dans cette capacité à mêler la violence la plus frontale à une forme de tendresse inattendue, comme si Miike nous murmurait à travers le vacarme que grandir, finalement, c’est apprendre à encaisser les torgnoles et les high-kicks sans y perdre son âme.
Le coffret Blu-ray
[4,5/5]
Le coffret Blu-ray Crows Zero 1 & 2, édité par Roboto Films, s’impose d’emblée comme un bel objet, avec son boîtier Scanavo glissé dans un fourreau rigide qui semble prêt à encaisser autant de coups que les élèves du lycée Suzuran. L’ensemble respire le sérieux, avec une impression nette, des couleurs profondes et un visuel qui capture parfaitement l’énergie brute des deux films de Takashi Miike. Côté technique, les deux Blu-ray nous offrent une image qui restitue avec précision les contrastes violents, les noirs d’encre et les couleurs saturées caractéristiques de ces deux films. Les scènes de combat gagnent en lisibilité, les mouvements sont fluides, les détails des visages et des costumes ressortent avec une netteté bienvenue. Le format 1.85:1 respecté permet de profiter pleinement de la composition des plans, souvent pensée comme une mosaïque de tensions prêtes à éclater. Côté son, Roboto Films nous propose, pour les deux films, une VF et une VO en DTS-HD Master Audio 5.1, et les mixages se défendent avec la même énergie du désespoir. La version originale japonaise offre sans doute une spatialisation légèrement plus fine, notamment dans les ambiances de cour de lycée ou les impacts de coups, mais la version française ne démérite jamais : dialogues clairs, dynamique solide, équilibre maîtrisé. Les deux pistes permettent de ressentir la puissance des affrontements de Crows Zero et Crows Zero II sans jamais sacrifier l’intelligibilité, ce qui mérite d’être salué.
Côté suppléments, ce coffret Blu-ray Crows Zero 1 & 2 nous permettra de nous plonger sans retenue dans les coulisses du diptyque. Le making of de Crows Zero (1h14) et celui de Crows Zero II (26 minutes) dévoilent des tournages intenses, sur lesquels Miike dirigeait ses acteurs avec une précision presque chorégraphique. L’entretien avec Takashi Miike (6 minutes) permettra au cinéaste de nous proposer un aperçu de sa vision du genre furyô, tandis que les images de l’avant-première japonaise (16 minutes) capturent l’enthousiasme du public local. La présentation du film par Azz l’épouvantail (17 minutes) et la présentation du genre furyô par Babilonya (6 minutes) apportent un éclairage contextuel et analytique intéressant, les deux Youtubeurs reliant habilement les films à une tradition culturelle plus large. On continuera ensuite avec une série de bandes-annonces et teasers TV (6 minutes), accompagnées d’une poignée de bandes-annonces de films édités par Roboto Films. L’ensemble des bonus forme un ensemble intéressant, permettant de comprendre comment Takashi Miike a transformé un manga en fresque explosive. Le coffret Blu-ray Crows Zero 1 & 2 s’impose ainsi comme une édition indispensable pour quiconque souhaite explorer l’univers Crows Zero, avec une générosité qui reflète parfaitement l’esprit des films. Pour vous procurer cette édition Blu-ray de Crows Zero 1 & 2, rendez-vous sur le site de l’éditeur Roboto Films !























