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Cannes 2026 : Park Chan-wook président

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JSA Joint Security Area © 2000 Myung Film Company / CJ Entertainment / The Jokers Films Tous droits réservés

Si l’on ne regardait pas de trop près l’annonce très matinale ce jour du président du jury au prochain Festival de Cannes, on pourrait considérer que – pour une fois – les trois grands festivals de cinéma européen n’ont point cherché à se faire mutuellement de l’ombre. Car dans le passé, nombreux sont les cas où l’un ou l’autre, dans le désordre Cannes, Berlin et Venise, était venu jouer au trouble-fête en lançant une grande nouvelle à son sujet, alors que l’arène médiatique aurait dû être réservée à la concurrence directe à ce moment-là.

Certes, le Festival de Berlin vient de se terminer le week-end dernier. En toute logique, c’était à son pendant cannois de dévoiler à présent sa sélection au rythme d’innombrables communiqués de presse. Pourtant, le fait que la déléguée générale de la Berlinale Tricia Tuttle est plutôt sur la sellette, suite à la 76ème édition assez houleuse de son festival, et que son sort aurait pu se sceller également aujourd’hui à l’occasion d’une réunion avec le secrétaire d’état à la culture allemand nous fait quand même buter sur cette heure presque nocturne de l’annonce cannoise.

Tout cela n’est-il que de la déformation professionnelle au bord de la paranoïa de la part de quelqu’un qui suit le microcosme festivalier depuis trop longtemps ? Peut-être. Toujours est-il que nous sommes ravis de la désignation du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook au poste prestigieux de président du jury du Festival de Cannes. Il succède à l’actrice française Juliette Binoche dont le jury avait remis sa Palme d’or en mai dernier à Un simple accident de Jafar Panahi. Le 79ème Festival de Cannes aura lieu du mardi 12 au samedi 23 mai prochains. Sa sélection officielle sera dévoilée à la mi-avril.

Old Boy © 2003 Show East / Egg Films / CJ Entertainment / Metropolitan Filmexport Tous droits réservés

Park Chan-wook (* 1963) doit beaucoup au Festival de Cannes et inversement. C’est là que sa carrière internationale avait pris son envol, grâce à la sélection en compétition en 2004 suivie du Grand Prix de Old Boy. Park y était revenu à trois reprises avec ses films entre 2009 et 2022, toujours en compétition. Et presque toujours avec un trophée pour récompenser son style audacieux, entre le Prix du jury pour Thirst Ceci est mon sang et le Prix de la mise en scène pour Decision to Leave. Seul Mademoiselle avait dû se contenter du prix de la Meilleure contribution artistique pour ses décors en 2016.

Un habitué de la Croisette donc, Park Chan-wook avait de même fait escale à Berlin (JSA Joint Security Area et Je suis un cyborg, en compétition respectivement en 2001 et en 2007, ainsi que Sympathy for Mr Vengeance au Forum en 2003) et à Venise (Lady Vengeance et Aucun autre choix, en compétition respectivement en 2005 et 2025).

Autant dire que sa carrière sud-coréenne est suivie de près par le public festivalier et les cinéphiles du monde entier depuis le début du siècle. Ou presque, puisque comme pour la plupart de ses compatriotes, la découverte de son œuvre cinématographique a pu se faire dans un léger désordre. Profondément attaché à son pays d’origine, Park Chan-wook s’était essayé à deux reprises à des histoires en anglais. Avec un succès mitigé, puisque Stoker avec Mia Wasikowska et Nicole Kidman compte parmi ses films les moins ardemment défendus par ses fans et que sa mini-série « The Sympathizer » produite pour HBO en 2024 lui avait valu l’exclusion du syndicat des scénaristes américains. Sa faute aux yeux des syndicalistes : avoir continué à travailler dessus pendant la grève des scénaristes en 2023.

Je suis un cyborg © 2006 Moho Film / Joy Fund / CJ Entertainment / Wild Side Films Tous droits réservés

Enfin, Park Chan-wook a beau être le tout premier président du jury sud-coréen à Cannes, il connaît d’ores et déjà quelque chose aux tâches d’un juré de grand festival. Du côté de la Croisette, il avait fait partie de celui de l’Espagnol Pedro Almodóvar en 2017 qui avait voté sa Palme d’or à The Square de Ruben Östlund. Et onze ans plus tôt, il avait contribué au Lion d’or du 63ème Festival de Venise attribué sous la présidence de l’icône française Catherine Deneuve à Still Life de Jia Zhang-Ke.

Tandis que la reconnaissance du cinéma asiatique par les trois grands festivals européens remonte par conséquent à assez loin – ne citons ici que les huit Palmes d’or d’origine asiatique à Cannes : La Porte de l’enfer de Teinosuke Kinugasa dès 1954, Kagemusha de Akira Kurosawa en 1980, La Ballade de Narayama en 1983 et L’Anguille en 1997 de Shohei Imamura, Adieu ma concubine de Chen Kaige en 1993, Oncle Boonmee de Apichatpong Weerasethakul en 2010, Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda en 2018 et Parasite de Bong Joon-ho en 2019 –, beaucoup plus rares sont les célébrités chinoises, japonaises ou sud-coréennes ayant été conviées à veiller sur le sort du jury.

Alors qu’à Cannes, Park Chan-wook n’est que le troisième, après le poète japonais Tetsuro Furukaki en 1962 (La Parole donnée de Anselmo Duarte) et son confrère chinois Wong Kar-Wai il y a vingt ans (Le Vent se lève de Ken Loach), ils étaient également deux à Berlin (l’actrice chinoise Gong Li en l’an 2000 et Wong Kar-Wai en 2013). Seulement à Venise, la présence asiatique tout en haut de l’échelle du prestige a été légèrement plus soutenue, grâce à Gong Li – encore elle – en 2002, ainsi qu’aux réalisateurs chinois, taïwanais et sud-coréens Zhang Yimou, Ang Lee et Bong Joon-ho respectivement en 2007, 2009 et 2021.

The Sympathizer © 2024 Moho Film / Rhombus Media / Team Downey / A24 / HBO Max Tous droits réservés

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