Spinal Tap
États-Unis : 1984
Titre original : This is Spinal Tap
Réalisation : Rob Reiner
Scénario : Rob Reiner
Acteurs : Michael McKean, Christopher Guest, Harry Shearer
Éditeur : Sony Pictures
Durée : 1h23
Genre : Comédie, Musique
Date de sortie cinéma : 1er novembre 2000
Date de sortie DVD/BR/4K : 11 février 2026
Le groupe de hard-rock britannique Spinal Tap fait fureur. Nigel Tufnel, David St. Hubbins et Derek Smalls, les trois jeunes musiciens fougueux de cette bruyante formation, rendent les filles folles et font salle comble à chaque concert. Le reporter Marty DiBergi, qui les a découverts et lancés, prend sa caméra et décide de filmer leur tournée. Une tournée pas comme les autres…
Le film
[4/5]
Spinal Tap, c’est un documentaire qui aurait sniffé trop de laque dans les loges d’un concert d’Iron Maiden au début des années 80. Plus qu’une simple comédie, le film de Rob Reiner est le reflet d’une époque où le rock n’était pas seulement une musique mais une architecture sociale, un parfum de liberté qui s’accrochait aux vestes en cuir et aux pantalons trop serrés. Rob Reiner, encore jeune réalisateur mais déjà doté – comme son père – d’un radar comique affûté, captait cette fin de cycle où les groupes de hard rock se prenaient tellement au sérieux qu’ils en devenaient involontairement mythologiques.
Spinal Tap déploie un humour qui fonctionne comme un miroir déformant : les musiciens y sont des géants de pacotille, des demi-dieux en spandex qui se perdent dans les couloirs des salles de concert comme des enfants dans un magasin Ikea un peu trop vaste. La caméra de Reiner, faussement maladroite, suit leurs errances avec une précision chirurgicale. Chaque plan semble dire que le rock, à force de vouloir toucher le ciel, finit parfois par trébucher sur ses propres chaussures compensées. Le film rejoint ainsi la tradition des faux documentaires, héritier lointain du téléfilm The Rutles, mais avec une tendresse particulière pour ses sujets.
Spinal Tap explore la vanité artistique avec une poésie étrange, comme si la grandeur et la décadence du rock n’étaient séparées que par un ampli allant jusqu’à 11. Mais derrière ses éclats absurdes, le film interroge la manière dont les artistes construisent leur propre légende, souvent en décalage complet avec la réalité. Reiner filme cette dissonance avec une douceur inattendue, comme s’il caressait du regard les illusions de ses personnages. Car Spinal Tap évoque également la notion de déclin. Le groupe, autrefois au sommet, glisse lentement vers l’oubli. Mais ce déclin n’est jamais traité avec cruauté : il devient une métaphore de la condition humaine, cette lutte permanente pour rester pertinent dans un monde qui change trop vite. Le film accompagne le groupe dans sa chute avec une élégance discrète, utilisant le montage pour souligner la fragilité des egos et la beauté des illusions perdues.
Bien sûr, Spinal Tap ne serait rien sans les performances de ses acteurs principaux, qui frôlent le génie. Christopher Guest, Michael McKean et Harry Shearer incarnent leurs musiciens avec une sincérité désarmante. Ils ne jouent pas des caricatures : ils deviennent ces rockeurs persuadés d’être incompris, victimes d’un monde qui ne reconnaît pas leur génie… ou de leurs propres décisions catastrophiques. Leur jeu repose sur une précision millimétrée, un sens du timing qui transforme chaque silence en gag potentiel. Le film fonctionne parce que les acteurs y croient dur comme fer, et cette foi absurde devient contagieuse. On notera également, dans des petits rôles, des acteurs déjà connus ou qui allaient le devenir : Patrick Macnee en patron de maison de disques, Fran Drescher, future Nounou d’enfer, dans le rôle de l’attachée de presse du groupe, Anjelica Huston en sculptrice de dolmens, Dana Carvey et Billy Crystal dans des rôles de mimes ou Bruno Kirby (Le Parrain 2, La Chair et le Sang, La Vie, l’amour… les vaches) dans celui du chauffeur de taxi fan de Frank Sinatra.
Mais si Spinal Tap reste un film si profondément attachant plus de quarante ans après sa sortie, c’est parce qu’il célèbre autant qu’il moque. Il rappelle au spectateur que l’Art, même lorsqu’il frôle le ridicule, peut toucher à quelque chose de vrai. Le rock y apparaît comme une religion joyeusement bancale, un rituel collectif où chacun cherche à exister un peu plus fort que la veille. Et si le film continue de résonner aujourd’hui, c’est parce qu’il parle de nous tous : de nos rêves trop grands, de nos amplis intérieurs qu’on aimerait pousser jusqu’à 11, et de nos tentatives parfois maladroites pour briller dans un monde saturé de bruit.
Le Blu-ray 4K Ultra HD
[4/5]
Le Blu-ray 4K Ultra HD de Spinal Tap, édité par Sony Pictures, adopte un packaging étonnamment sobre : boîtier noir, fourreau cartonné minimaliste, presque ascétique. Une approche qui contraste avec les éditions précédentes du film, notamment en DVD, souvent plus tapageuses. C’est un peu comme si Sony avait voulu rappeler que derrière les perruques et les amplis, il existe un film qui mérite d’être redécouvert avec sérieux. L’image, proposée en Dolby Vision et HDR10, nous propose une restauration impressionnante. Les textures des costumes, les lumières de scène, les visages fatigués des musiciens : tout gagne en précision sans trahir l’esthétique documentaire d’origine. Le grain est respecté, la dynamique lumineuse renforcée, et les scènes de concert profitent d’un éclat nouveau, sans jamais basculer dans l’artifice numérique.
Côté son, nous aurons droit à une VF en DTS-HD Master Audio 2.0 et à une VO en DTS-HD Master Audio 5.1. La version originale est évidemment plus ample, notamment dans les séquences musicales où les guitares et la batterie se déploient avec une énergie réjouissante. Mais la version française, loin d’être reléguée au second plan, propose un mixage clair, équilibré, et parfaitement adapté au style du film. Si on aurait sans doute préféré un doublage en « voice-over » à la manière des vrais documentaires, les dialogues restent nets, les ambiances de coulisses bien présentes, et les chansons sont bien sûr conservées en VOST. Les deux pistes se complètent plus qu’elles ne s’opposent, et chacune permet d’apprécier Spinal Tap dans une perspective différente, mais on privilégiera naturellement la VO, pour l’authenticité et la saveur des dialogues improvisés sur le tournage.
Cette édition Blu-ray 4K Ultra HD de Spinal Tap ne propose malheureusement aucun supplément, mais la qualité technique compense largement cette absence. Sony Pictures signe une restauration qui redonne au film toute sa vigueur, tout son charme, et toute sa folie douce. Redécouvrir Spinal Tap dans ces conditions, c’est comme retrouver un vieux vinyle qu’on croyait rayé, et constater qu’il sonne mieux que jamais.






















