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Test Blu-ray : I Spit on Your Grave – La Trilogie

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I Spit on Your Grave – La Trilogie

États-Unis : 2010 – 2015
Titre original : I Spit on your Grave
Réalisation : Steven R. Monroe, R.D. Braunstein
Scénario : Stuart Morse, Neil Elman, Thomas Fenton…
Acteurs : Sarah Butler, Jeff Branson, Andrew Howard
Éditeur : ESC Films
Durée : 5h environ
Genres : Horreur
Date de sortie DVD/BR : 7 janvier 2026

I Spit on Your Grave (2010) : Jennifer, jeune et jolie écrivain, s’isole dans un chalet pour y écrire son nouveau roman. Elle qui s’attendait à une retraite tranquille, se retrouve voilée et torturée par un groupe de locaux complètement tordus qui empestent la cruauté et la perversité. Abusée par chacun d’entre eux, laissée pour morte, elle se livrera à une vengeance sans pitié… I Spit on Your Grave 2 (2013) : Apprenti top model, Katie court les castings. L’un d’entre eux tourne au cauchemar. Violée, torturée et laissée pour morte, la jeune femme entreprend alors de se venger… I Spit on Your Grave 3 (2015) : Jennifer Hills est toujours tourmentée par l’agression sexuelle dont elle a été victime des années auparavant. Entre nouvelles identités et déménagements incessants, elle éprouve des difficultés à tourner la page et commencer une nouvelle vie. Quand le meurtrier de sa nouvelle amie échappe à la prison, Jennifer se met en tête de traquer et faire payer les hommes qui n’ont pas été punis pour leurs crimes…

Les films

[4/5]

Avec I Spit on Your Grave, Steven R. Monroe s’attaque à un monument de l’exploitation avec une audace presque suicidaire. Le film avance comme un animal blessé, méfiant, imprévisible, mais animé d’une énergie brute qui surprend encore aujourd’hui. Le film n’essaie pas de singer l’original : il le réinterprète, le modernise, le politise même par moments, tout en conservant cette structure implacable du rape and revenge qui a marqué l’histoire du cinéma d’horreur. En 2010, ce remake d’I Spit on Your Grave s’inscrivait dans une époque où le torture porn dominait encore les salles et les vidéoclubs, mais il refuse la complaisance visuelle : la violence y est moins un spectacle qu’un gouffre, un trou noir émotionnel autour duquel gravitent les personnages.

Si le film original signé Zeir Marchi ressemblait à une série Z, ce qui frappe dans ce remake, c’est le soin apporté à sa photo, absolument superbe, et la manière dont le réalisateur filme la nature. Les bois, les rivières, les cabanes isolées : tout semble respirer, observer, juger. La forêt devient un personnage à part entière, témoin silencieux de la barbarie humaine. Les plans larges, presque contemplatifs, contrastent avec la violence sèche des confrontations. A ce titre, I Spit on Your Grave s’inscrit dans la continuité de La Dernière maison sur la gauche version 2009 ou d’Eden Lake (2008), mais le film possède une identité propre, une manière de faire cohabiter la beauté et l’horreur sans jamais tomber dans l’esthétisation facile.

Ainsi, I Spit on Your Grave avance comme une bête tapie dans l’ombre, prête à bondir, mais consciente que le véritable choc ne vient pas du sang, mais de ce qu’il révèle. La deuxième partie du film, centrée sur la vengeance de Jennifer, s’impose comme un ballet mécanique, presque mathématique, où chaque piège semble avoir été conçu par un esprit à la fois méthodique et furieusement poétique. Jennifer Hills, interprétée par Sarah Butler, devient une sorte de spectre, une présence fantomatique qui hante ses agresseurs. Le film joue alors avec les codes du slasher, du survival, du thriller psychologique, sans jamais perdre de vue son objectif : montrer comment une victime peut reprendre le contrôle d’un monde qui l’a broyée. Et pourtant, derrière toutes les outrances orchestrées dans la deuxième moitié du film, I Spit on Your Grave propose une réflexion sur la justice, la résilience, la reconstruction — des thèmes rarement abordés avec autant de frontalité dans le cinéma d’horreur contemporain.

Et si la photo désaturée de Neil Lisk est de toute beauté, il faut également souligner la mise en scène de Steven R. Monroe, qui s’avère d’une précision chirurgicale. I Spit on Your Grave utilise les silences, les respirations, les regards, pour créer une tension presque insupportable. Les scènes de traque sont filmées comme des duels, où chaque geste compte, où chaque bruit devient une menace. Le film avance droit, sans détour, comme un couteau lancé dans la nuit. Et c’est précisément cette radicalité qui en fait un film marquant, un remake qui dépasse son modèle, un objet de cinéma qui ose regarder l’horreur en face sans cligner des yeux.

Trois ans après le succès du remake, les producteurs décident de mettre en boite I Spit on Your Grave 2, et Steven R. Monroe revient aux commandes. Pour autant, l’énergie n’est plus la même. Le film tente de reproduire la structure du premier opus, mais l’ensemble paraît plus mécanique, plus fabriqué, comme si la franchise cherchait à se justifier elle-même. I Spit on Your Grave 2 déplace l’action, change de décor, change de victime, mais conserve bien sûr cette idée de transformation radicale, de renaissance dans la douleur. Le problème, c’est que le film semble parfois courir après son propre concept, comme un chien qui essaierait d’attraper sa queue sans comprendre pourquoi. Pourtant, en dépit de son micro-budget de DTV tourné à Sofia avec des acteurs inconnus, I Spit on Your Grave 2 possède tout de même une poignée de qualités : une mise en scène solide, une actrice principale investie, et quelques idées visuelles qui rappellent qu’en bon artisan de la série B horrifique, Steven R. Monroe sait créer de la tension avec peu de choses.

Dans I Spit on Your Grave 2, la « grande ville » devient un labyrinthe hostile, un espace où la civilisation n’est plus qu’un vernis fragile. Le film explore la déshumanisation urbaine, la manière dont les individus peuvent disparaître dans l’anonymat d’une métropole. Cette thématique, bien que moins subtile que dans le premier film, apporte une dimension intéressante : la violence n’est plus un accident rural, mais un phénomène systémique, presque institutionnalisé. Mais si I Spit on Your Grave 2 interroge la fragilité des corps et des identités dans un monde qui broie littéralement les plus faibles, l’impact des images est moindre. Même si elle conserve une certaine efficacité, la vengeance de l’héroïne est moins inventive, moins organique ; Steven R. Monroe tente de retrouver la rage du premier opus, mais l’ensemble manque de souffle, comme si la franchise avait perdu une partie de son âme en route. Pour autant, I Spit on Your Grave 2 reste un petit thriller du samedi soir relativement solide, brutal, qui assume son héritage sans chercher à le trahir et se regarde sans déplaisir.

En 2015, avec I Spit on Your Grave 3, la franchise prend un virage inattendu : Jennifer Hills revient, toujours sous les traits de Sarah Butler, mais transformée, hantée, presque méconnaissable. Le film adopte une structure plus psychologique, plus introspective, comme si la saga tentait enfin de regarder ses propres démons en face. L’intrigue imaginée par Daniel Gilboy explore les conséquences du trauma, la manière dont la violence continue de résonner longtemps après les faits. Cette approche est audacieuse, même si le film peine parfois à trouver son équilibre entre drame psychologique et vengeance spectaculaire. De fait, dans I Spit on Your Grave 3, Jennifer devient une sorte de vigilante urbaine, une justicière improvisée qui tente de réparer un monde brisé. Le film flirte avec le film noir, avec le revenge movie classique, avec le drame social, sans jamais choisir complètement sa voie.

Et si bancal soit-il, I Spit on Your Grave 3 demeure un film attachant : il avance, il dévie, il couine occasionnellement, mais il finit tout de même par arriver quelque part. Malgré ses maladresses, le film possède une sincérité touchante, une volonté réelle de donner une voix à la colère, à la douleur, à la reconstruction. La mise en scène, signée Richard Schenkman (réalisateur de la formidable fable ésotérique The Man from Earth en 2007), est assurément plus sobre, plus contenue – sans doute trop malheureusement. Mais Schenkman a au moins le mérite de ne pas chercher à reproduire les excès des deux premiers films : il tente autre chose, une exploration plus intime, plus fragile, qui donne au personnage de Jennifer une profondeur inattendue. Ainsi, I Spit on Your Grave 3 n’est pas un chef d’œuvre, mais il possède une âme, une honnêteté brute qui mérite d’être saluée.

Le coffret Blu-ray

[4/5]

Vous l’aurez compris à la lecture de notre bafouille concernant les trois films : ESC Films propose avec I Spit on Your Grave – La Trilogie un coffret qui ne fait pas semblant : trois films, trois ambiances, trois manières de tordre le revenge movie jusqu’à l’épuisement, le tout emballé dans un packaging solide, sobre, presque clinique. Le boîtier, sans chercher l’esbroufe, impose une cohérence visuelle appréciable : typographie agressive, visuel sombre, et cette impression tenace selon laquelle le coffret pourrait servir d’arme contondante en cas d’intrusion nocturne. L’ensemble respire le respect du matériau d’origine, doublé de la volonté de proposer un objet qui ne trahit pas l’ADN rugueux de la trilogie.

Côté image, ESC Films nous livre un travail propre, parfois même surprenant. Les trois films, tous tournés en numérique, bénéficient d’un rendu net, précis, avec un grain électronique assumé. I Spit on Your Grave profite de contrastes solide, idéal pour ses séquences nocturnes et ses plans forestiers où la lumière semble hésiter entre caresse et menace. I Spit on Your Grave 2 affiche une image plus froide, plus métallique, parfaitement adaptée à son ambiance urbaine déshumanisée. I Spit on Your Grave 3, plus sobre, conserve une palette plus neutre, mais gagne en lisibilité dans les scènes intérieures. Aucun des trois disques ne souffre de macroblocking ou de compression visible : ESC Films a soigné son encodage, et ça se voit. Côté son, VF et VO nous sont proposées dans des mixages DTS-HD Master Audio 5.1, et font dans l’efficacité. Les versions originales restent les pistes de référence : dialogues clairs, ambiances bien réparties, effets sonores percutants sans jamais tomber dans la surenchère. Les basses sont présentes mais maîtrisées, et les musiques — souvent discrètes — trouvent leur place sans étouffer le reste. Les versions françaises, de leur côté, s’en sortent honorablement : mixages propres, spatialisation correcte, même si certaines voix françaises manquent parfois de naturel. Rien de rédhibitoire : l’ensemble reste solide, ample, et parfaitement adapté à une redécouverte de la trilogie.

Côté suppléments, le premier film hérite des suppléments déjà disponibles sur le Blu-ray édité par TF1 Vidéo en 2011 : on commencera avec le commentaire audio du réalisateur Steven R. Monroe et de la productrice Lisa Hansen. Les deux intervenants y reviennent sur leurs batailles avec la MPAA (Comité de censure US), les choix narratifs, les différences avec le film original, et les défis liés à la direction d’acteurs dans un projet aussi extrême. On continuera ensuite avec un making of (16 minutes) honnête, avec interviews et images de tournage, qui éclaire la volonté de moderniser un classique sans le trahir. Enfin, les scènes coupées (12 minutes) offrent quelques variations narratives intéressantes. Pour I Spit on Your Grave 2 et 3, jusqu’ici inédits en Haute-Définition, les bonus sont plus modestes : on commencera avec quelques scènes coupées (5 minutes) pour le deuxième opus, qui témoignent de choix de montage parfois serrés, et les traditionnelles bandes-annonces complètent le tableau.

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