Test Blu-ray : Together

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Together

États-Unis, Australie : 2025
Titre original : –
Réalisation : Michael Shanks
Scénario : Michael Shanks
Acteurs : Alison Brie, Dave Franco, Damon Herriman
Éditeur : Metropolitan Film & Video
Durée : 1h42
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 13 août 2025
Date de sortie DVD/BR : 16 janvier 2026

Tim et Millie sont ensemble depuis des années quand ils décident de tout abandonner pour s’installer à la campagne. Alors que les tensions sont déjà vives, une force surnaturelle transforme leur rêve en cauchemar, menaçant leur relation, leur amour… et jusqu’à leur intégrité physique…

Le film

[4/5]

Le genre du « Body Horror », largement popularisé par David Cronenberg, a toujours eu ce petit côté malpoli : il entre sans frapper, tripote les organes, mélange les fluides, et repart en laissant une odeur de métaphysique humide. Le premier long-métrage de Michael Shanks, Together s’inscrit dans cette tradition-là, mais avec un sourire en coin, comme si le cinéaste s’amusait à souffler dans les narines du genre pour voir si ça fait des bulles. La chair n’y est pas seulement un terrain de jeu : c’est un champ de bataille conjugal, un espace où les tensions s’incrustent comme des échardes sous la peau. Le film rappelle que le corps, ce vieux colocataire encombrant, finit toujours par dire tout haut ce que les couples préfèrent taire tout bas.

Together repose sur une idée simple et brillante : puisque les deux personnages au centre du film semblent avoir des problèmes de communication, ce sont leurs corps qui vont prendre le relais – et pas de la manière la plus élégante. Michael Shanks, dont la personnalité artistique ressemble à un mélange improbable entre un bricoleur de l’absurde et un poète du cartilage, orchestre cette fusion forcée avec une précision presque tendre. Le film suit donc la trajectoire de Tim et Millie, alias Dave Franco et Alison Brie – couple à la ville, couple à l’écran, couple en train de devenir… autre chose. Et Alison Brie, qui s’impose décidément comme une des actrices les plus sous-estimées de sa génération, irradie ici avec une intensité qui ferait fondre un iceberg.

L’une des particularités les plus étonnantes de Together, c’est qu’il n’hésite pas à glisser une bonne dose d’humour très noir au cœur d’un genre généralement plutôt considéré comme sérieux. Le résultat est inattendu, mais terriblement libérateur. Michael Shanks joue avec les codes du genre, détourne les moments de tension avec une désinvolture presque cruelle. Et le pire, c’est que l’ensemble se tient plutôt fort bien, à sa façon débraillée et corporelle, réussit l’exploit étrange de faire rire tout en parlant de l’usure du couple, de ces petites fissures qui deviennent des crevasses, puis des gouffres où l’on tombe à deux, en se tenant la main ou en se tirant les cheveux.

La mise en scène de Together épouse les thématiques du film : caméra proche des visages, presque collée aux pores, comme pour rappeler que l’intimité n’est jamais propre. Les corps se frôlent, se heurtent, se déforment, et Michael Shanks filme tout cela avec une douceur paradoxale, comme un chirurgien qui aurait appris son métier dans un atelier de poterie. Les couleurs oscillent entre le naturel et le maladif, comme si la lumière elle-même hésitait à prendre parti dans cette histoire de fusion involontaire. Le montage, nerveux mais jamais hystérique, accompagne la transformation progressive du couple, jusqu’à ce moment où l’on ne sait plus si l’on regarde une métaphore ou un cauchemar.

Car Together parle de l’amour comme d’un organisme vivant : ça respire, ça grogne, ça réclame de l’attention, et parfois ça dégouline. Le film ose montrer que le couple n’est pas seulement une construction sociale, mais une mécanique biologique, avec ses ratés, ses courts-circuits et, parfois, ses envies de tout envoyer valser. Dave Franco incarne un homme paumé, fragile, dont les ambitions artistiques se dissolvent comme un suppositoire oublié au soleil. Alison Brie, elle, compose une femme qui avance, qui doute, qui se bat, et dont la force tranquille finit par fissurer la carapace du récit. Leur alchimie rend Together profondément touchant, même quand le film s’aventure dans des zones franchement dégoûtantes.

Et puis il y a ces moments durant lesquels Together semble vouloir tester les limites du genre, et par la même occasion celles du bon goût. Le film rappelle que l’amour, ce sont des humeurs, des fluides, et que parfois, ça colle – on pense à une séquence en particulier qui s’avère à la fois excessive et hilarante. Pour autant, pour chaque séquence où Michael Shanks semble pousser le bouchon un peu loin, il contrebalance l’excès en nous proposant une idée forte, une observation fine sur la communication, la peur de vieillir, la difficulté de grandir à deux. Le scénariste / réalisateur ne se moque d’ailleurs jamais de ses personnages : il les aime, même quand il les malmène.

En fin de compte, Together réussit ce que peu de films de body-horror tentent : parler du couple sans cynisme, de la transformation sans fatalisme, du corps sans voyeurisme. Le film rappelle que l’amour n’est pas une fusion parfaite, mais un collage bancal, un bricolage permanent, un organisme mutant qui survit tant bien que mal. Et si l’on rit, si l’on grimace, si l’on détourne parfois les yeux, c’est parce que Together touche juste : il parle de nous, de nos peurs, de nos contradictions, de nos élans maladroits. Un film étrange, drôle, tendre, et un peu dégoûtant — comme la vie de couple, finalement !

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de Together, édité par Metropolitan Film & Video, nous propose une image solide, précise, qui met parfaitement en valeur les textures organiques du film. Les détails de peau, les micro-gouttelettes de sueur, les déformations corporelles – tout ressort avec une netteté presque clinique. Le master respecte les intentions de Michael Shanks et de son directeur photo Germain McMicking : contrastes marqués, couleurs légèrement désaturées, et une gestion des noirs qui évite l’écrasement même dans les scènes souterraines. Quelques plans très sombres montrent un léger bruit vidéo, mais rien qui ne vienne gâcher l’expérience. Côté enceintes, les mixages VF et VO en DTS-HD Master Audio 5.1 nous offrent une spatialisation plus que convaincante. La version originale se distingue par une meilleure précision des ambiances, tandis que la version française, plus frontale, conserve une énergie brute qui colle bien au ton du film. Les grognements, les craquements corporels et les respirations haletantes profitent d’une dynamique sonore qui renforce l’immersion.

Dans la section suppléments, on trouvera tout d’abord un entretien avec Dave Franco et Alison Brie (6 minutes), dans laquelle les deux acteurs reviennent sur leur collaboration avec Michael Shanks, leur travail en couple et la manière dont les effets pratiques ont influencé leur jeu. On terminera avec un entretien avec Michael Shanks (5 minutes), qui reviendra sur ses influences, son approche du body-horror et la construction du film intégralement storyboardé. Ces deux modules, bien que brefs, offrent un éclairage intéressant sur la conception du film, et une sélection de bandes-annonces complète le programme.

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