Kes
Grande-Bretagne : 1969
Titre original : –
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Barry Hines, Ken Loach, Tony Garnett
Interprètes : David Bradley, Colin Welland, Freddie Fletcher
Éditeur : Potemkine Films
Durée : 1h51
Genre : drame
Date de sortie cinéma : 19 juin 1970
Date de sortie DVD/BR : 15 juillet 2025
Billy, douze ans, vit dans une petite ville minière du nord-est de l’Angleterre. Il ne supporte plus son univers : sa mère l’ignore, son frère le traite en souffre-douleur et à l’école, distrait et indiscipliné, ses camarades et professeurs lui sont hostiles. Un jour, il trouve un jeune rapace et décide de dresser l’oiseau. Son professeur lui demande d’exposer à la classe l’art de dresser un faucon. Billy réussit enfin à intéresser ses camarades…
Le film
[3.5/5]
Lorsque, en 1969, Ken Loach vient présenter Kes au Festival de Cannes où son film a été sélectionné par la Semaine de la Critique, il est encore un cinéaste débutant. Certes, il a déjà pas mal tourné pour la télévision mais Kes n’est que son 2ème long métrage de cinéma. En fait, il n’est même pas encore Ken Loach, puisque, dans le générique, le nom qui apparait est encore Kenneth Loach. Kes est l’adaptation cinématographique du roman « A Kestrel for a Knave » ( un faucon crécerelle pour un fripon) de l’écrivain Barry Hines paru en 1968. Originaire de Hoyland, dans le Yorkshire, l’écrivain avait situé dans ce comté l’action de son roman, mais sans autre précision. C’est à quelques kilomètres au nord de Hoyland, à Barnsley, une ville minière, que Ken Loach a tourné son film. Dans cette région, à la fin des années 60, l’anglais était parlé avec un accent très prononcé et, en plus, comme le montre le film, en particulier à son début, les discussions se faisaient très souvent dans un dialecte local. Si cela ne pose guère de problème pour nous français, le film étant de toute façon sous-titré, il n’en est pas de même dans les pays de langue anglaise, ce qui peut avoir nui au succès de ce film, en particulier aux Etats-Unis, et a, en tout cas, incité les producteurs du film à organiser l’avant-première du film à Doncaster, une ville située à une vingtaine de kilomètres de Barnsley, de façon à avoir un premier public capable de comprendre tous les dialogues du film. Kes, dont le scénario a été écrit par Barry Hines, Ken Loach et Tony Garnett, raconte l’histoire de Billy Casper, un gamin d’une douzaine d’années, mal dans sa peau, plutôt solitaire, un brin chapardeur, un père dont on se saura jamais s’il est mort ou s’il a quitté sa famille, une mère souvent absente, un frère ainé, Jud, qui a fait de Billy son souffre-douleur. Alors que Jud se lève tôt pour rejoindre son travail de mineur, Billy, afin de gagner quelques shillings, se lève presque aussi tôt pour se rendre chez le marchand de presse local pour le compte duquel il assure une distribution de journaux dans la ville avant de se rendre à l’école. Au cours de cette tournée, c’est dans la camionnette du laitier qu’il chaparde de quoi assurer son petit déjeuner. A l’école, qui, à dire vrai, ne l’intéresse guère, il n’est pas mieux traité qu’au sein de sa famille : des camarades de classe qui ont tendance à le persécuter, des professeurs qui, à l’exception d’un seul, ont une conception archaïque de la pédagogie et n’hésitent pas à utiliser la violence sur les enfants, persuadés que c’est ainsi qu’ils se feront respecter. Malgré toutes les humiliations, malgré toutes les persécutions qu’il subit, Billy refuse de perdre pied et il ne cesse de se persuader que jamais, au grand jamais, il ne deviendra mineur. En fait, son plaisir, il le trouve dans la nature et, particulièrement, dans les relations qu’il entretient avec les animaux en général, et les oiseaux en particulier. Au point, un jour, de repérer de loin un nid de faucons en haut d’un mur et de prendre le risque d’escalader ce mur afin d’y attraper un jeune faucon, à qui il va donner le nom de Kes, les 3 premières lettres de kestrel. Ce faucon, Billy va arriver à le dresser et le seul professeur ayant un peu de jugeote saura profiter de cette compétence dont il a fait preuve pour le mettre en valeur auprès de ses camarades. Par contre, que cela suffise pour que Jud en arrive à reconsidérer le jugement négatif qu’il porte sur son frère, c’est une autre histoire. Ce qui intéresse Jud avant tout, ce sont les gains que peuvent lui rapporter des paris sur les courses de chevaux et gare à son frère si un gain substantiel ne tombe pas dans son escarcelle à cause de lui !
On connait la suite de la carrière de Ken Loach et, avant même de revoir ce film, on ne peut s’empêcher de se poser au moins 2 questions : ce film qui a véritablement lancé la carrière de Ken Loach, comment a-t-il vieilli ? Certains cinéphiles affirment que Kes et Family life, le film suivant de Ken Loach, représentent les sommets de sa carrière : ont ils raison ? Les réponses qu’on peut apporter à ces 2 questions sont forcément subjectives. En plus, il s’est écoulé pas moins de 60 ans depuis la sortie de Kes et pas mal de sujets abordés dans le film sont vus avec des yeux différents, ce qui peut contribuer à nous faire considérer qu’il a beaucoup vieilli. Prenons par exemple l’amour de la nature et des animaux que ressent Billy : à l’époque, tout le monde ou presque avait dû considérer que Billy se comportait bien avec les animaux, puisque, en le dressant, il était devenu ami avec un faucon. Aujourd’hui, l’esprit végan étant passé par là, de nombreux spectateurs, de nombreuses spectatrices, ne manqueront pas d’affirmer que Billy a « fait sa chose » d’un animal qui n’avait rien demandé et que la relation entre Billy et Kes n’est pas une relation d’amitié mais une relation de maître à esclave. Alors que dans Pas de larmes pour Joy, son premier long métrage de cinéma, il avait fait appel à Carol White et, surtout, à Terence Stamp, une comédienne et un comédien ayant déjà acquis une certaine réputation dans le cinéma britannique, Ken Loach va, pour Kes, se convertir à une approche différente qui deviendra plus ou moins sa marque de fabrique : choisir des interprètes ayant très peu d’expérience cinématographique, voire pas du tout, mais qui, étant le plus souvent originaires de la région où se déroule l’action du film, sauront se montrer aptes à sonner vrai, à sonner juste, d’autant plus que, dès ses débuts au cinéma, Ken Loach a montré une grande maîtrise dans la direction d’acteur. Autre marque de fabrique « loachienne » déjà présente dans Kes : sa volonté d’introduire des scènes drolatiques en plein drame. Dans Kes, l’exemple le plus notable est sans conteste l’épisode du matche de football organisé par un prof d’EPS : un homme rondouillard se prenant très au sérieux, un tricheur d’une mauvaise fois confondante, qui ne se rend même pas compte de l’exemple déplorable qu’il donne aux adolescents qu’il est chargé d’instruire. Alors, Kes, sommet de l’œuvre de Ken Loach ? Film qui n’a pas vieilli ? Ce qu’on peut affirmer, en s’efforçant de ne pas être subjectif, c’est que Kes est un grand film, un jalon important dans l’histoire du cinéma au même titre que Les 400 coups de François Truffaut auquel il peut être comparé. En se montrant plus subjectif, on a tout à fait le droit de trouver que, concernant le montage, Ken Loach, dans Kes, n’était pas encore au sommet de son art, certaines scènes n’ayant pas tout à fait la bonne longueur, d’autres, celle du match de football par exemple, qui aurait sans doute gagné à être annoncées de façon moins abrupte. Bref, Kes est un film que tout cinéphile passionné se doit d’avoir vu mais d’autres films plus récents de Ken Loach peuvent lui être préférés !
Le Blu-ray
[4/5]
Pour la première édition de Kes en Blu-ray, Potemkine Films a procédé à une restauration du master qui profite également au DVD et qui permet de mettre en valeur la photographie « vintage » du très réputé Chris Menges. Le film n’est visible qu’en VO (à titre personnel, on s’en félicite !), sous-titré en français, avec un son en mono (Rappelons que le film est sorti en 1969 !).
Deux suppléments de grand intérêt accompagnent le film sur le Blu-ray et sur le DVD. Tout d’abord un entretien de 17 minutes avec Robert Guediguian, dont on dit souvent qu’il est le Ken Loach français. Guediguian connait bien la façon de travailler de Ken Loach et il prend manifestement beaucoup de plaisir à nous faire partager cette connaissance. On est bien informé sur l’entente politique entre les 2 hommes et on s’amuse à entendre Guediguian dire ce qui suit à propos de Ken Loach et qui pourrait tout aussi bien lui être destiné : « pour être bien insoumis, bien révolutionnaire, il faut être dans la fête ». On doit le deuxième supplément à Louise Dumas, critique à Positif. D’une durée totale de 26 minutes, il consiste en une présentation de la place de Ken Loach dans le cinéma britannique de la fin des années 60 suivie d’une analyse très fouillée et très pertinente des 12 premières minutes de Kes.