Critiques de films Drame — 18 mars 2012
38 témoins

38 témoins l'affiche du film

Français : 2011
Titre original : 38 témoins
Réalisateur :
Scénario : Lucas Belvaux
Acteurs : , ,
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h44
Genre : Drame
Date de sortie : 14 mars 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

Lucas Belvaux accoste au Havre, ville décidément très en vogue au cinéma ces derniers temps, et offre un faux polar qui lorgne à la fois sur Hitchcock et Clouzot tout en se revendiquant très clairement d’une filmographie dont on finit par deviner l’auteur sans avoir à lire son nom au générique. Un film très abouti où excellent une brochette de comédiens au mieux de leur forme.  

Synopsis : A quelques encablures du port du Havre, un meurtre a été commis. La victime, malgré ses hurlements avant de succomber, n’a eu aucune aide en dépit de très nombreux témoins qui au départ nient avoir vu quoi que ce soit avant d’être obligés, à la faveur d’un plus courageux qu’eux qui va se rendre à la police, de passer aux aveux. Ce dernier, détruit par le remord, voit son existence s’écrouler.

38 témoins, image du film

La lâcheté à tous les étages 

Malgré son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, Le Havre a tout de la ville où il ne semble guère faire bon vivre. Le récent film de Kaurismaki en donnait une idée. Belvaux enfonce le clou en s’appesantissant sur les formes très géométriques, des plans aux profondeurs de champs aussi énigmatiques que vertigineuses. Un univers bétonné circonscrit par un port qui ne symbolise jamais vraiment l’appel du large, le personnage principal ramenant sans cesse les navires à quai et lui avec.

Au milieu de ce décorum dont l’aspect spectral et fantomatique est renforcé par une importante quantité de plans de nuits, un déterminisme de la petitesse d’esprit semble sonner comme un pléonasme. Un peu comme dans «  » de Clouzot, le village de ce dernier étant ici transposé à cet immeuble peuplé de lâches et de menteurs. C’est un constat assez désillusionné sur l’humanité que dresse le cinéaste, sans manquer toutefois d’y insérer quelques éléments sociaux comme dans son excellent «  » (boulots exténuants, horaires d’esclaves).

38 témoins, photo du film

D’excellents comédiens

De tous ces personnages, aucun ne sauvera vraiment la part d’humanité qu’il est censé détenir. Qu’il s’agisse de Morvand (Attal, très bon), genre de Raskolnikov des temps modernes, son épouse (Sophie Quinton parfaite) trop amoureuse pour être tout à fait lucide, la voisine sous lexomil (Natacha Reigner impeccable comme toujours) ou la journaliste au cynisme qui se retourne contre elle (impériale Nicole Garcia), l’aréopage ne s’illustre pas par sa folle témérité.

En se concentrant plus sur ces psychologies cabossées que sur le meurtre proprement dit qui passe même au deuxième voire troisième plan, Belvaux continue de creuser son sillon d’un cinéma social lorgnant sur Simenon. Un peu à la manière de Jolivet dans ses premiers films («  », «  »), il maintient un rythme de thriller tout en se désintéressant de l’enquête et plus encore de son issue. La non-fin du film est en ce sens un modèle du genre…

La mise en scène tirée au cordeau qui ménage un suspens d’un autre genre que celui dévolu au polar hisse ce film vers des sommets, convoquant quelques références assumées («  », « Le Corbeau » pour ne citer qu’elles). Si l’on excepte quelques dialogues inutiles notamment dans la déliquescence progressive du couple, voilà un film qui flirte avec le prix d’excellence.

Résumé

Un thriller psychologique mené par d’excellents comédiens qui opère un chassé croisé entre polar et étude de mœurs pour emprunter la seconde voie. Un miroir à peine déformant de notre triste condition d’homme. A la fois fascinant et dérangeant.

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Franck

Cet article a été rédigé par Franck Bortelle, Rédacteur de Critique Film.