Accueil Blu-ray, DVD, livres Blu-ray Test Blu-ray : Super Gun Lady

Test Blu-ray : Super Gun Lady

0
89

Super Gun Lady

Japon : 1979
Titre original : Sûpâ gun redei Wani Bunsho
Réalisation : Chûsei Sone
Scénario : Haruhiko Arai, Chûsei Sone, Jun Takada
Acteurs : Mickey Hargitay, Rita Calderoni, Raul Lovecchio
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h36
Genre : Action, Policier
Date de sortie DVD/BR : 1 octobre 2025

Mika Hino est une détective d’élite au tir précis, membre de la redoutée « Gator Branch », une unité spéciale de la police de Shinjuku. Chargée de surveiller un cadre supérieur d’une grande entreprise de négoce impliqué dans une affaire de corruption, elle découvre son corps sans vie au pied de son immeuble de bureaux. Bien que la police conclut à un suicide, Mika soupçonne un meurtre et décide de mener sa propre enquête avec l’aide de sa partenaire Rin Kakura…

Le film

[4/5]

Il suffit de quelques plans de Super Gun Lady pour sentir le parfum si particulier de la Nikkatsu des années 70, cette époque où les studios japonais semblaient tourner leurs films comme d’autres improvisent des karaokés à trois heures du matin : avec une énergie débridée, une audace presque insolente et une joie de filmer qui transperce chaque photogramme. Le film de Chûsei Sone appartient à cette veine délicieusement incontrôlable, celle où les actrices – souvent sous-estimées – portaient des récits plus grands que nature avec un mélange de grâce, de culot et de professionnalisme qui ferait rougir bien des productions contemporaines. Super Gun Lady s’inscrit donc dans cette tradition, héritière lointaine des pinky violence, des séries policières pop et des héroïnes badass qui faisaient trembler les yakuzas rien qu’en ajustant leur brushing.

Dans Super Gun Lady, l’héroïne Mika Hino (Emi Yokoyama) surgit comme une déesse de la gâchette, mi-ange vengeur, mi-icône pop, avec ce charisme typique des productions Nikkatsu où les femmes ne se contentaient pas d’être regardées : elles prenaient l’écran d’assaut. Le film joue avec les codes du film policier, du film d’exploitation et du film d’action, mais le fait avec une légèreté presque aérienne, comme si chaque scène avait été tournée sur un trampoline émotionnel. Les thématiques – justice, corruption, désir de liberté – se mêlent à une esthétique saturée de couleurs, de zooms nerveux et de cadrages qui semblent parfois vouloir s’échapper du cadre pour aller danser ailleurs. Super Gun Lady rappelle ainsi certains titres de la Toei de la même époque, ou même les délires pop des Menottes rouges, mais avec une personnalité propre, plus joueuse, plus espiègle, et une volonté manifeste de se tourner le plus possible vers l’action, quitte à tomber dans l’absurde.

A ce titre, l’une des grandes forces de Super Gun Lady réside dans son humour involontairement génial, ce mélange de sérieux absolu et de situations tellement outrancières qu’elles frôlent le surréalisme. La psychologie des personnages est totalement ignorée, et les rebondissements parfois absurdes, mais derrière les excès et les enchaînements action / violence / nichons propres à la Nikkatsu, le film interroge la place des femmes dans un monde policier dominé par des hommes souvent incompétents, et le fait avec une ironie douce-amère qui n’a rien perdu de sa pertinence. Les cadrages serrés, les plongées abruptes et les mouvements de caméra presque acrobatiques traduisent cette tension entre oppression et émancipation, donnant à Super Gun Lady une dimension presque politique, mais sans jamais sombrer dans le discours pesant.

Super Gun Lady repose sur cette alchimie rare : un mélange de sincérité, de folie douce et de maîtrise technique qui transforme un simple film policier en expérience sensorielle. L’esthétique du film repose sur des couleurs saturées, des éclairages presque expressionnistes et des décors urbains filmés comme des labyrinthes psychédéliques : tout dans Super Gun Lady respire la liberté créative. Les zooms rapides, typiques de la Nikkatsu, deviennent ici des ponctuations visuelles, presque des clins d’yeux, comme si le film lui-même riait de son propre excès. Et pourtant, il ne tombe jamais vraiment dans le pastiche ou la parodie : il assume au contraire pleinement son style, son époque, ses outrances, et c’est précisément ce qui le rend si attachant. Même les scènes les plus improbables (explosions soudaines, fusillades chorégraphiées comme des ballets, dialogues qui semblent écrits sous l’influence d’un pachinko détraqué…) trouvent leur place dans l’ensemble.

Les actrices de Super Gun Lady méritent une mention spéciale : leur jeu oscille entre la pure efficacité du film d’action et une expressivité presque théâtrale, héritée du cinéma de genre japonais de l’époque. L’héroïne, Emi Yokoyama, traverse Super Gun Lady avec une intensité qui transforme chaque scène en déclaration d’indépendance. Son regard, tantôt dur, tantôt malicieux, suffit à donner au film une profondeur inattendue, et soutient efficacement la thématique de la justice qui traverse le film comme un fil électrique. Chûsei Sone et ses coscénaristes Jun Takada et Haruhiko Arai interrogent la frontière entre loi et vengeance, entre ordre et chaos, entre institution et instinct. L’héroïne refuse de se laisser enfermer dans un rôle, bouscule les codes, et réinvente la figure de la policière en la transformant en icône pop avant l’heure. Cette dimension féminine, puissante, presque mythologique, donne à Super Gun Lady une résonance très contemporaine : le film, sans le savoir, anticipe des débats modernes sur l’autonomie, la résistance et la représentation féminine.

En deux mots comme en cent, Super Gun Lady s’avère un petit miracle de cinéma bis japonais : drôle, explosif, inventif, porté par des actrices incroyables et une mise en scène qui ose tout. Chûsei Sone nous y rappelle que le cinéma de genre japonais des années 70 n’était pas seulement un terrain d’exploitation, mais un laboratoire d’idées, de styles et de libertés. Et si Super Gun Lady continue de fasciner aujourd’hui, c’est parce qu’il incarne cette énergie brute, cette joie de filmer, cette audace qui manque parfois cruellement au cinéma contemporain. Jamais distribué en France jusqu’à présent, le film bénéficie enfin d’une sortie en Haute-Définition (une première mondiale) sous les couleurs du Chat qui fume.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de Super Gun Lady édité par Le Chat qui Fume arrive dans un packaging signé Frédéric Domont, et autant dire que l’objet attire l’œil comme un néon rose dans une ruelle d’Amsterdam. Le visuel, mélange de pop japonaise, d’iconographie policière et de couleurs saturées, capture parfaitement l’esprit du film de Chûsei Sone. Le boîtier respire l’amour du cinéma bis, avec cette élégance légèrement outrancière qui caractérise les meilleures éditions du Chat. Techniquement, l’image du Blu-ray surprend agréablement : le master est propre, parfaitement stable, avec un grain respecté et des couleurs qui pètent de tout leur éclat. Les scènes nocturnes sont parfaitement lisibles, et les décors urbains retrouvent cette ambiance électrique typique de la Nikkatsu. Le son, proposé en japonais et DTS-HD Master Audio 2.0, restitue fidèlement les dialogues, les bruitages et la musique, avec une clarté étonnante pour un film de cette époque. Super Gun Lady profite d’un mixage équilibré, sans souffle excessif, avec une dynamique correcte et une spatialisation modeste mais efficace. Les coups de feu claquent avec une énergie réjouissante, les voix restent nettes, et la bande-son retrouve sa dimension pop et nerveuse. Du beau travail !

Côté suppléments, le Blu-ray de Super Gun Lady édité par Le Chat qui fume constitue une véritable plongée dans l’univers du film et de la Nikkatsu. On commencera donc avec un entretien avec Clément Rauger (26 minutes), qui nous propose une analyse passionnante du contexte de production, de la place du film dans la tradition policière japonaise et du rôle des actrices dans ce cinéma d’exploitation. Le spécialiste du cinéma japonais replace Super Gun Lady dans une époque où la Nikkatsu cherchait à renouveler son image en misant sur des héroïnes fortes, des récits nerveux et une esthétique pop. Ce supplément sera complété par un livret de 16 pages, rempli de photos rares issues des archives de la Nikkatsu, qui constitue un véritable trésor pour les amateurs. On y découvre des clichés de tournage, des portraits d’actrices, des documents promotionnels, autant de fragments qui enrichissent la compréhension du film de Chûsei Sone et de son univers. On terminera avec une sélection de bandes-annonces de la collection Nikkatsu chez Le Chat qui fume. Pour vous procurer cette édition Blu-ray de Super Gun Lady, rendez-vous sur le site du Chat qui fume !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici