Flaming Brothers
Hong Kong : 1987
Titre original : Gong woo lung foo dau
Réalisation : Joe Cheung
Scénario : Jeffrey Lau, Wong Kar-wai
Acteurs : Chow Yun-Fat, Alan Tang, Patricia Ha
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h42
Genre : Action, Thriller
Date de sortie DVD/BR : 1 octobre 2025
Deux jeunes orphelins livrés à eux-mêmes, Alan Chan et Cheung Ho-tin, errent dans les rues de Macau. Liés comme des frères, ils vivent de larcins. Un jour, Tin vole de la nourriture dans une église. Il rencontre une jeune femme, Ho Ka-hei, qui l’encourage à devenir honnête. Cependant, Tin et Chan sont finalement enrôlés par la pègre. Les années passent… Désormais adultes, ils travaillent dans les cabarets et les casinos de la ville. Mais le destin va à nouveau réunir Cheung Ho-tin et Ho Ka-hei, et entraîner un conflit entre les deux orphelins…
Le film
[4/5]
Flaming Brothers surgit dans le cinéma hongkongais comme un fantôme parfumé à la poudre, glissant entre les ruelles de Macao avec l’élégance d’un danseur qui aurait appris le tango en lisant un manuel de self-défense. Le film de Joe Cheung appartient à cette époque bénie où le polar asiatique se prenait pour une tragédie grecque sous amphétamines, et où les héros portaient leurs destins comme des vestes trop lourdes. Le film respire cette atmosphère de fraternité virile, de loyauté impossible, de fatalité qui colle aux semelles comme un chewing-gum oublié sur un trottoir brûlant. Et quelque part, dans cette tension permanente, Flaming Brothers trouve une forme de poésie brute, presque animale, qui rappelle que la violence peut être un langage, et l’amitié une religion.
Flaming Brothers explore la relation entre ses deux protagonistes, incarnés à l’écran par Chow Yun-fat (À toute épreuve) et Alan Tang, comme un fil électrique dénudé, vibrant, prêt à déclencher un incendie au moindre contact. Le film s’inscrit dans la lignée du genre « Heroic Bloodshed », ces polars tragiques made in HK comme Le Syndicat du Crime ou City on Fire, mais il développe une douceur inattendue, presque pudique, dans la manière de filmer les liens qui unissent les personnages. Le film de Joe Cheung montre que la fraternité n’est pas un concept abstrait, mais une matière vivante, mouvante, parfois gluante comme une métaphore sexuelle mal contrôlée — mais toujours sincère. Et derrière les fusillades, les trahisons et les regards lourds de sens, Flaming Brothers glisse une réflexion sur la manière dont les hommes tentent de se construire une famille dans un monde qui ne cesse de leur rappeler qu’ils sont seuls.
Flaming Brothers déploie une mise en scène qui ressemble à un poème écrit avec des balles traçantes. Les cadrages, souvent serrés, donnent l’impression que les personnages sont prisonniers de leurs choix, enfermés dans des cadres trop étroits pour leurs ambitions. Flaming Brothers utilise la lumière comme une arme : néons agressifs, ombres profondes, éclats de couleurs qui semblent vouloir hurler quelque chose que les personnages n’osent pas dire. Les scènes d’action, chorégraphiées avec une précision presque sensuelle, rappellent les grandes heures du cinéma hongkongais, mais Joe Cheung y ajoute une douceur inattendue, une manière de filmer les corps comme des fragments d’histoire, des morceaux de vie qui refusent de disparaître. La violence n’est pas un spectacle : elle devient une langue, un poème, un souffle brûlant.
Flaming Brothers offre aussi des moments où la réalité semble se fissurer, comme si le film laissait entrer un peu de folie pour mieux révéler la vérité. Joe Cheung n’hésite pas à glisser des scènes où les personnages semblent se transformer en statues vivantes, figées dans des poses héroïques qui évoquent autant les affiches de films d’action que les fantasmes d’un adolescent découvrant Photoshop. Une scène en particulier, où un personnage traverse un couloir saturé de lumière, évoque une vision improbable : celle d’un corps qui se dissout dans son propre destin, comme un appareil électronique qui surchauffe jusqu’à devenir incandescent. Et pourtant, derrière cette excentricité visuelle, Flaming Brothers touche à quelque chose de profondément humain : la peur de perdre l’autre, la peur de se perdre soi-même.
Flaming Brothers, au fond, n’est pas un film de gangsters. Flaming Brothers est un chant, un cri, une prière adressée à ceux qui ont déjà aimé quelqu’un au point de se brûler les mains en essayant de le retenir. Joe Cheung ne cherche pas la perfection : il cherche la vérité, même si elle est sale, même si elle fait mal, même si elle laisse des traces. Flaming Brothers avance comme un cœur trop lourd, comme une promesse trop grande, comme une balle tirée sans certitude d’atteindre sa cible. Et c’est précisément là que réside sa beauté : dans cette manière de transformer la violence en poésie, la fatalité en musique, la fraternité en tragédie lumineuse.
Le Blu-ray
[4/5]
Le Blu-ray de Flaming Brothers édité par Le Chat qui Fume nous arrive dans un boîtier Scanavo avec étui, un choix qui donne immédiatement au film une allure de pièce de collection. Le fourreau, élégant et sombre, capture parfaitement l’atmosphère tragique et flamboyante du film de Joe Cheung. Le visuel, travaillé avec soin par le graphiste du Chat Frédéric Domont, évoque autant la fraternité que la fatalité, comme si l’image elle même portait les cicatrices des personnages. Du très beau travail !
Côté technique, l’image du disque, restaurée avec une précision remarquable, offre au film une nouvelle jeunesse : les couleurs retrouvent leur éclat, les noirs sont profonds, les contrastes maîtrisés. Les scènes nocturnes, souvent délicates dans les polars hongkongais de cette époque, gagnent ici en lisibilité, révélant des détails qui étaient autrefois noyés dans l’ombre. Le mixage sonore, proposé en VO et DTS-HD Master Audio 2.0, restitue parfaitement les ambiances sonores, les dialogues, les coups de feu, les respirations, donnant à Flaming Brothers une intensité nouvelle. La piste conserve sa rugosité d’origine, tout en offrant une clarté qui permet de redécouvrir la richesse sonore du film.
Les suppléments du Blu-ray de Flaming Brothers sont à la fois généreux et pertinents. On commencera par un entretien avec Joe Cheung (22 minutes), qui nous offre un regard précieux sur la création du film, ses influences, ses ambitions, et la manière dont Flaming Brothers s’inscrit dans l’histoire du cinéma hongkongais. Le réalisateur y évoquera rapidement sa rencontre avec Alan Tang, puis abordera les choix esthétiques, les thèmes du film, les contraintes de tournage, les relations avec les acteurs, et la manière dont il a voulu mêler action, émotion et tragédie. Il s’étonnera d’ailleurs du fait que certains critiques aient pu voir une dimension homo-érotique dans le final du film.
On continuera ensuite avec un entretien avec le chorégraphe Benz Kong (18 minutes) plonge dans les coulisses des scènes d’action : chorégraphies millimétrées, contraintes physiques, improvisations, tout y passe. Il reviendra sur sa collaboration avec Tung Wei et Tony Poon, avec qui il formait dans les années 80 un trio surnommé « les trois mousquetaires ». On y découvrira ses méthodes de travail et la façon dont il a construit ses fusillades comme des ballets meurtriers, où chaque mouvement compte. Ces suppléments, qui dénotent du soin irréprochable du Chat qui fume à nous livrer des galettes complètes et soignées, permettent de redécouvrir ce petit classique sous un angle nouveau, plus intime, plus analytique, plus passionnant. Pour vous procurer cette édition Blu-ray de Flaming Brothers, rendez-vous sur le site du Chat qui fume !























