Rue Málaga
Maroc : 2025
Titre original : Calle Málaga
Réalisation : Maryam Touzani
Scénario : Maryam Touzani, Nabil Ayouch
Interprètes : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane
Distribution : Ad Vitam
Durée : 1h56
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 25 février 2026
4/5
Synopsis : Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l’a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d’une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.
On avait découvert la réalisatrice marocaine Maryam Touzani il y aura bientôt 7 ans avec le très beau Adam, film sur l’amitié qui se noue entre 2 femmes et sur la situation des femmes au Maroc, film qui faisait partie de la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2018. 3 ans plus tard, avait suivi Le bleu du caftan, un magnifique hymne à l’amour, à la beauté du métier d’artisan et à la liberté, de nouveau sélectionné à Un Certain Regard. Avec Rue Málaga, c’est cette fois ci la Biennale de Venise qui a eu droit en août dernier à l’avant-première de ce 3ème long métrage de Maryam Touzani, dans le cadre de la section Venice Spotlight. Après avoir tourné Adam à Casablanca, puis Le bleu du caftan à Salé, tout près de Rabat, la réalisatrice a continué son périple vers le nord du pays en s’installant à Tanger, sa ville natale, pour tourner Rue Málaga. Cette ville située à proximité de l’Espagne a accueilli de nombreux espagnol(e)s fuyant la dictature franquiste et certain(e)s y sont resté(e)s lors du retour de la démocratie dans leur pays.
Maria Ángeles, une veuve de 79 ans que Maryam Touzani a choisie comme personnage principal de son nouveau film, fait partie de cette population espagnole de Tanger, elle y est née, elle est parfaitement intégrée, elle est en parfaite harmonie avec la population marocaine, elle prend énormément de plaisir à s’occuper de ses fleurs sur son balcon et à écouter des disques sur son vieil électrophone. Pour tout dire, il ne lui viendrait pas à l’idée de quitter son appartement de la rue Málaga ! Certes, elle se plaint de ne pas voir plus souvent ses petits enfants qui habitent à Madrid avec sa fille Clara, leur mère, une infirmière divorcée, mais, pour autant, il n’est pas question pour elle de passer de l’autre côté du détroit de Gilbraltar. Sauf que c’est ce qui risque fort de lui arriver lorsque Clara, qui ne supporte plus de payer un loyer pour se loger et qui est confrontée à un manque d’argent pour acheter un appartement proche de son lieu de travail, lui annonce qu’elle envisage de mettre en vente l’appartement de la rue Málaga. Elle en a parfaitement le droit, cet appartement étant à son nom. Sera-ce pour Maria Ángeles le départ vers Madrid ou bien l’emménagement dans une sorte d’EHPAD tangéroise pour ressortissants espagnols ? Mais Maria Ángeles n’est pas née de la dernière pluie et cet épisode qui semblait partir pour s’apparenter à un véritable séisme dans la vie de Maria Ángeles va, au contraire, lui permettre de vivre une nouvelle jeunesse avec la naissance d’un nouvel amour avec Abslam, un antiquaire, malgré un très mauvais début de relation.
Rue Málaga est un film très personnel pour Maryam Touzani, elle qui est née à Tanger, elle dont une des grands-mères faisait partie de la communauté espagnole de cette ville. Dans ce film où la langue qu’on entend le plus est l’espagnol, on sent toute l’affection que porte la réalisatrice aux tangérois et aux tangéroises, quelles que soient leurs origines. Comme dans ses 2 longs métrages précédents, Maryam Touzani excelle dans un mélange de sensibilité, d’humour et de finesse qui apparait de plus en plus comme étant sa marque de fabrique. C’est avec beaucoup de sensibilité qu’elle décrit la relation qui se noue entre Maria Ángeles et Abslam, tout en n’hésitant pas à montrer qu’une belle intimité sexuelle peut se créer dans un couple dont les 2 membres ont atteint un âge … avancé. Même si on sent quelques piques face au choix effectué par Clara, c’est sans acrimonie qu’elle dépeint la relation difficile entre Maria Ángeles et sa fille, chacune ayant ses motivations concernant le futur à apporter à l’appartement de la rue Málaga.
C’est avec beaucoup de finesse et d’humour qu’est dépeinte la relation entre Maria Ángeles et Josefa, une religieuse amie d’enfance de Maria Ángeles et qui fait partie d’un ordre où l’usage de la parole lui est interdit. Par contre, il ne lui est pas interdit d’écouter et Maria Ángeles ne se prive pas de lui raconter par le menu l’évolution de sa relation avec Abslam. Avec finesse, Maryam Touzani nous fait comprendre combien la vie dans une EHPAD que Carla envisage pour sa mère ne serait pas très éloignée de celle de Josefa dans son couvent. Le film glisse même vers la comédie lorsque Maria Ángeles organise chez elle des soirées payantes de visionnage TV de matchs de football avec quelque chose en plus par rapport à ce que proposent les cafés du quartier : la possibilité de boire de la bière ! Des soirées qui montrent la passion des marocains pour le football espagnol, avec, bien entendu, l’antagonisme entre les partisans du Real Madrid et ceux du Barça. Dans cette nouvelle réussite qu’est Rue Málaga, Maryam Touzani est de nouveau bien aidée par Virginie Surdej, sa Directrice de la photo, déjà présente sur Adam et sur Le bleu du caftan. Et que dire de Carmen Maura, dont l’interprétation du rôle de Maria Ángeles est tout simplement grandiose !


















