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Critique : Reconnu coupable

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Reconnu coupable

États-Unis, 2026
Titre original : Mercy
Réalisateur : Timur Bekmambetov
Scénario : Marco van Belle
Acteurs : Chris Pratt, Rebecca Ferguson, Kali Reis et Annabelle Wallis
Distributeur : Sony Pictures Entertainment France
Genre : Anticipation
Durée : 1h40
Date de sortie : 28 janvier 2026

3/5

Tour à tour l’épouvantail du monde du travail de demain et la vague promesse d’une vie plus facile, l’intelligence artificielle n’a certainement pas fini de faire parler d’elle. En attendant que les choses se tassent et qu’on en voie un peu plus clairement à quoi ressemblera notre quotidien à travers le filtre de cet outil à double tranchant, elle a tout loisir de déclencher les passions, les fantasmes et les pires craintes apocalyptiques. Bien sûr, la fiction n’a point tardé à s’emparer du sujet. Parmi les résultats de cette quête un brin opportuniste, voici ce thriller haletant et finalement pas aussi bourrin qu’on aurait pu le supposer. Globalement, le réalisateur kazakh Timur Bekmambetov l’a même orchestré avec brio.

Par contre, le propos de Reconnu coupable tend à tergiverser entre deux extrêmes : des louanges ferventes à l’égard des prouesses techniques de cette nouvelle façon d’envisager la justice d’un côté et une mise en garde déjà plus molle par rapport à ses probables dérives de l’autre. En plus, les coups de théâtre successifs pendant le dernier quart d’heure du film deviennent de moins en moins plausibles. Il n’empêche que, jusque là, le divertissement est des plus percutants.

Car contrairement à certains films précédents du réalisateur, à l’esthétique à la fois soignée et surchargée, celui-ci trouve le plus souvent un équilibre saisissant entre le grand spectacle et une course contre la montre, aux ressorts certes classiques, mais qui arrive néanmoins à nous passionner pendant une bonne heure. Le jeu des clichés entre le flic colérique et le froid rationnel de la juge virtuelle y gagne considérablement de l’interprétation impliquée de Chris Pratt en guise de héros aux pieds d’argile et de Rebecca Ferguson en algorithme dépourvu d’états d’âme, qui sait apprendre pourtant des erreurs dans la matrice. Le tout emballé dans une tempête enivrante de moyens de surveillance et d’espionnage de la sphère privée, qui ne nous paraissent hélas plus si futuristes que ça.

En effet, la seule différence notable entre ce monde-là qui relève à peine de la science-fiction et le nôtre, c’est que nous disposons encore de quelques garde-fous durement éprouvés, qui risquent de céder avec fracas au prochain dérèglement de notre système démocratique en perte de vitesse. A en croire ce film qui affiche parfois des signes de propagande en soutien à ce meilleur des mondes de demain, ce pourrait bien être le moindre mal en comparaison au chaos d’une civilisation en roue libre …

© 2026 Justin Lubin / Atlas Entertainment / Bazelevs Production / Big Indie Pictures / Amazon MGM Studios / Sony Pictures Entertainment France
Tous droits réservés

Synopsis : Face à une violence urbaine de plus en plus déchaînée, la Californie a adopté une loi draconienne contre les assassins. Chaque individu considéré d’emblée coupable de meurtre est présenté devant une intelligence artificielle ultra-performante, la cour Mercy, qui lui accorde une heure et demie pour prouver son innocence. A l’issue de ce procès en accéléré et à huis clos, si un pourcentage élevé de culpabilité persiste, l’accusé sera immédiatement exécuté. Initialement l’un des concepteurs de ce processus judiciaire expéditif, le policier Chris Raven se trouve à son tour face à la juge impitoyable Maddox. Alors que cette dernière ne se fie qu’aux faits du meurtre sauvage de la femme de l’accusé, Nicole, Raven fait appel à son instinct pour trouver au plus vite le véritable coupable.

© 2026 Justin Lubin / Atlas Entertainment / Bazelevs Production / Big Indie Pictures / Amazon MGM Studios / Sony Pictures Entertainment France
Tous droits réservés

Comme le dit Tom Cruise en flic trahi lui aussi par le système qu’il a lui-même mis en place dans Minority Report, « tout le monde court ». Alors que Reconnu coupable ne prétend visiblement pas à la même maestria formelle que le film de Steven Spielberg, par ailleurs à la conclusion tout aussi bancale, il pose quelques pistes de réflexion pas sans intérêt sur le bien-fondé des rouages de ce système judiciaire singulier.

La présomption d’innocence, déjà de nos jours guère plus qu’une coquille de communication vide à brandir sur les plateaux de télévision, y est remplacée par une culpabilité collective, bâtie sur un climat social qui a tristement accentué toutes les dérives à l’œuvre dès maintenant. A l’image de ce héros avec lequel l’identification devient de plus en plus difficile, au fur et à mesure que nous en apprenons plus sur ses antécédents d’alcoolique et de conjoint violent, en théorie tout à fait capable de poignarder son épouse.

Ainsi, les dispositifs de manipulation sont nombreux dans ce film de Timur Bekmambetov, qui multiplie les fausses pistes autant que les gadgets visuels, toutefois pas non plus trop envahissants. Le plus astucieux entre eux pourrait bien être la transformation du protagoniste. Celui-ci fait le grand écart, allant d’une épave tout juste dégrisée et privée du temps nécessaire pour faire son deuil jusqu’au rôle exemplaire de justicier aux méthodes musclées qui réussit in extremis à délier les fils de plus en plus emmêlés de l’intrigue.

Il n’est pas exclu que la crédulité la plus importante nous soit demandée à ce niveau-là, en acceptant que Chris Pratt – aussi solide soit-il – accomplit un revirement spectaculaire en un temps record. Le tout alors qu’il est soumis aux exigences progressivement plus abracadabrantes d’un scénario, qui choisit à partir d’un certain point des options de moins en moins réalistes. Dommage donc que cette prémisse prometteuse succombe petit à petit aux règles éculées du grand spectacle hollywoodien !

© 2026 Justin Lubin / Atlas Entertainment / Bazelevs Production / Big Indie Pictures / Amazon MGM Studios / Sony Pictures Entertainment France
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Avant cet emballement irréversible du moteur narratif, impossible à ramener à un rythme plus raisonnable, ce sont surtout les pouvoirs octroyés à l’intelligence artificielle qui nous intriguent. Derrière la façade imperturbable de l’écran, le visage de Rebecca Ferguson fait des merveilles. L’actrice arrive à alterner entre la froideur d’un regard factuel, programmé pour n’autoriser aucun écart au règlement, et de timides lueurs de doute. Ces dernières deviennent son seul et unique mode opératoire, une fois que les enjeux de l’histoire auront basculé du côté d’une chasse à l’homme plus conventionnelle.

Mais l’autorité qu’elle sait imposer ne serait-ce qu’à partir de sa voix désincarnée et de son regard inquisiteur a failli nous faire froid dans le dos. De surcroît, elle se voit investie de pleins pouvoirs rendant les agissements de chaque personnage parfaitement transparents, mais qui se heurtent en même temps à la moindre soustraction à ce lien funeste, d’ores et déjà mis en place, entre l’homme et ses appareils électroniques.

Puis, cette juge si impeccable dans son aspect visuel et si ferme dans sa prise de décisions peut aisément être interprétée comme le symbole par excellence d’un monde basé sur l’exclusion. Aux côtés de la population sans foi, ni loi, parquée dans ces zones rouges abandonnées à leur triste sort, il est tout de même étonnant, voire préoccupant que les personnages les plus dispensables ou dangereux soient essentiellement interprétés par des comédiens non-blancs. Si pareil casting était survenu de manière aléatoire, on ne l’aurait sans doute pas mentionné ici.

Or, le monde de demain imaginé par Reconnu coupable ressemble à s’y méprendre à un microcosme fasciste, dans lequel les valeurs ancestrales sont maintenues par des héros blancs et même blonds, face aux attaques sournoises d’hommes et de femmes ne correspondant pas à ce cahier de charges archaïque. Et si le vrai danger de la suprématie de l’intelligence artificielle était celui-là : qu’elle ne disposera pas d’un compas moral suffisamment affirmé pour contrer le retour à des schémas ségrégationnistes qui commencent déjà à ressusciter sur la décharge de l’Histoire plus ou moins ancienne ?

© 2026 Justin Lubin / Atlas Entertainment / Bazelevs Production / Big Indie Pictures / Amazon MGM Studios / Sony Pictures Entertainment France
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Conclusion

A première vue, Reconnu coupable n’est qu’un divertissement rondement mené, qui court un peu trop le risque de partir en vrille une fois que l’étau se sera desserré du cou du flic évidemment accusé à tort. Respectivement vigoureux et glacial, le jeu de Chris Pratt et de Rebecca Ferguson fait le sien pour nous impliquer corps et âme dans cette plaidoirie rythmée par un compte à rebours. Cependant, la manipulation de la part d’une narration globalement habile y rate parfois le dosage adéquat. Notamment lorsqu’il s’agit de mettre en garde contre le dévoiement de l’intelligence artificielle, plutôt que de s’extasier à intervalles réguliers sur sa capacité de rendement technologique. Un piège idéologique qui se referme d’autant plus facilement sur le public crédule qu’il lui est présenté sous un aspect cinématographique diablement efficace !

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