Critique : Quitter la nuit

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Quitter la nuit

Belgique, France, Canada : 2024
Réalisatrice: Delphine Girard
Scénario : Delphine Girard
Acteurs : Selma Alaoui, Veerle Baetens, Guillaume Duhesme
Distributeur : Haut et Court
Genre : Drame
Durée : 1h45
Date de sortie : 20 Mars 2024 (France)

3/5

Abordant de front le sujet difficile du viol et de sa considération judiciaire, le premier long métrage de Delphine Girard (réalisatrice bruxelloise dont le court-métrage, “Une soeur”, était nominé aux Oscars 2020) confirme ici l’exigence de sa mise en scène et la précision de sa direction d’acteur.

Le film évite de justesse un traitement trop manichéen, en grande partie grâce à un casting de haute volée, dominé par la présence hypnotisante de Selma Alaoui.

Le récit sait accorder des moments de respiration nécessaires au spectateur afin de conserver toute l’humanité des personnages; en particulier les victimes “périphériques” du drame.

Si l’on pourrait déceler quelques raccourcis dans les dialogues et des ruptures de tons rapides, il s’agit sans nul doute de l’éclosion d’une réalisatrice et d’un regard tourné vers la lumière.

Synopsis : Une nuit, une femme en danger appelle la police. Anna prend l’appel. Un homme est arrêté. Les semaines passent, la justice cherche des preuves. Aly, Anna et Dary font face aux échos de cette nuit qu’ils ne parviennent pas à quitter.

Après une introduction terrible qui vient faire exploser tous les rapports humains, le titre du film annonce le défi d’Aly, noctambule contrainte de “se réveiller”. Avançant, à rebours, encore paralysée par le souffle de l’explosion, elle essaiera tant bien que mal à tourner ses pas pour retrouver le sens de la marche.

Car c’est sans essentialiser, condamner ou  expliciter les souffrances que le film présente le drame plutôt comme le récit journalistique d’un affrontement armé. Les vétérans retrouvent petit à petit la vue, la mémoire et peut-être le toucher. 

L’on pourrait être surpris de retrouver presque du comique de situation dans les scènes égrenées tout au long du parcours d’Aly. C’est peut-être parce que le film a l’intelligence de chercher résolument à regarder vers la suite, en évitant par là même tous les stéréotypes, ouvrant la brèche pour une solidarité retrouvée.

Pour autant, la culpabilité est au cœur du propos. La justice, dans toute sa vertu, pourrait-elle réparer ce qui est déjà brisé? Exercice complexe que celui de ne pas sombrer dans le didactisme face à des sujets aussi brûlants. Si le film réussit à l’éviter, c’est parce qu’il fonctionne de l’intérieur, au risque de se reposer entièrement sur les épaules de son casting.

Si, au moment de conclure, le film chancelle un moment en cherchant à se rassurer quant au message délivré par le film, il sait heureusement retrouver pied dans une dernière note de douceur alors qu’au dehors le jour se lève enfin, nous laissant rêveur.

Conclusion

“Quitter la nuit” naît dans une inquiétude sourde, un doute douloureux; comme la sirène d’un acouphène lancinant qui va s’estomper progressivement pour raconter le retour de ces personnages à la lumière. C’est certainement l’éclosion d’une réalisatrice dont l’exigence du regard nous rend très optimiste de la suite.

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