Accueil Critiques de films Comédie dramatique Critique : Le Rêve américain

Critique : Le Rêve américain

0
99

Le Rêve américain

France, Canada, 2026
Titre original : –
Réalisateur : Anthony Marciano
Scénario : Anthony Marciano
Acteurs : Raphaël Quenard, Jean-Pascal Zadi, Olga Mouak et Djibi Diakhaté
Distributeur : Gaumont
Genre : Comédie dramatique
Durée : 2h06
Date de sortie : 18 février 2026

3/5


Entre les deux sorties sportives de ce mercredi, ping-pong côté américain et basket côté français, notre choix s’est porté sur ce dernier. Et finalement, nous pensons avoir bien fait, tant Le Rêve américain remplit très convenablement la promesse d’une histoire édifiante qui sait garder les pieds sur terre. Certes, la musique à forte tendance manipulatrice joue régulièrement les trouble-fêtes. Ce qui est d’autant plus étonnant que Anthony Marciano signe à la fois coresponsable de ces mélodies purement illustratives et d’une narration beaucoup plus sobre.

Mais au fond, c’est peut-être cette double casquette de la musique pour les aspects plus consensuels et de la mise en scène pour raconter sans trop d’emphase le destin hors normes de ces deux agents français qui fait le succès du quatrième long-métrage du réalisateur. Car grâce à l’interprétation très impliquée de Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard, on croit corps et âme en cette odyssée semée d’embûches en terre américaine.

Or, le sujet principal de cette comédie à l’opposée d’une utopie bling-bling n’est guère le fonctionnement alambiqué de la ligue nationale de basket aux États-Unis. Nul besoin en effet d’être un expert de cette discipline pour apprécier les hauts et les bas de cette entrée maintes fois empêchée dans la cour des grands. Non, le récit s’emploie avec une hardiesse tout à fait appréciable à explorer la culture de l’échec. Nous n’avons pas fait les comptes, mais il est sûr et certain que ce duo de fanatiques gentils enchaîne sensiblement plus de revers cuisants que de moments d’une consécration amplement méritée. Pour le dire autrement, ce rêve américain-ci n’est point un conte supplémentaire sur le pays des possibilités illimitées, où tout un chacun peut réussir si seulement il le veut vraiment.

Son approche s’avère infiniment plus factuelle et presque didactique. Par exemple, en ne jamais perdant de vue le risque accru de banqueroute financière pour quiconque ose se mesurer à ce marché sportif outre-Atlantique qui brasse autant les millions, voire les milliards de dollars que les jeunes athlètes, prêts à tout pour obtenir leur part du gâteau.

© 2026 Mika Cotellon / Quad Films / Proball Consulting / MJ Sports Management / Caramel Films / France 2 Cinéma /
Disney + France / Amazon Prime France / Gaumont Tous droits réservés

Synopsis : Quand Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana se sont croisés pour la première fois au milieu des années 1990 sur un terrain de basket, en vacances en Italie, ils ne savaient pas encore que leur amitié et leur association professionnelle allaient changer à jamais la place des joueurs français en NBA. Pourtant, leur chemin pour y arriver était aussi long que laborieux. Depuis leurs bureaux modestes en banlieue parisienne, en passant par des déceptions en cascade la première fois qu’ils ont mis les pieds sur le sol américain, jusqu’à la première sélection d’un de leurs joueurs dans un club prestigieux de la NBA. Toutefois, le plus important dans cette histoire, inspirée de faits réels, est la solidarité et la détermination de Bouna et Jérémy, convaincus que leur agence Comsport allait tôt ou tard devenir rentable et leur permettre de vivre de leur passion.

© 2026 Mika Cotellon / Quad Films / Proball Consulting / MJ Sports Management / Caramel Films / France 2 Cinéma /
Disney + France / Amazon Prime France / Gaumont Tous droits réservés

Prêts à tout, les deux protagonistes du Rêve américain le sont indéniablement. Néanmoins, leur soif de la réussite reste constamment accessible pour nous, spectateurs, guère mordus par le culte des ballons ronds. Le fil rouge précieux de cette alternance, entre leurs échecs dus à leur manque d’expérience et leur naïveté d’un côté et l’ascension très progressive de la montagne si lointaine et si haute de la NBA de l’autre, consiste en un optimisme inébranlable, surtout chez Bouna. Ce gars, qui ne paye pas de mine à première vue, sait ce qu’il veut. À peu de choses près, il sait également comment parvenir à l’accomplissement de ses aspirations. Un rôle de pôle tranquille, en somme, sur lequel toute l’agitation ambiante et les plans foireux n’ont pas d’emprise. Et un personnage dépourvu de fioritures, à qui Jean-Pascal Zadi sait conférer tout le sérieux nécessaire, sans en faire non plus un bosseur à l’acharnement terne. Bravo !

Face à lui ou plutôt à ses côtés, Raphaël Quenard agrandit, lui aussi, le spectre de rôles dans lesquels il se montre entièrement à l’aise. Car son Jérémy est aucunement le bouffon, l’imposteur ou le gaffeur de service. Un emploi que des films moins scrupuleux et en quête de la blague facile lui auraient probablement attribué sans la moindre hésitation. Alors qu’ici, son apport est essentiel en ce qu’il sait épauler son partenaire professionnel en toute circonstance. Leurs numéros successifs pour attirer l’attention et s’imposer malgré le fait qu’ils dénotent forcément dans le microcosme codifié de la NBA fonctionnent, parce qu’ils ne sont jamais dupes de leur supercherie. Mieux encore, par une réplique judicieusement placée par ci et par là, le scénario fait de nous les complices de cette conquête à l’issue incertaine. À chaque nouveau coup de poker, ce duo de choc perd ainsi en ringardise, même si le ton global du film ne les décrit jamais de cette façon condescendante. En revanche, il gagne en roublardise nullement mal intentionnée.

© 2026 Mika Cotellon / Quad Films / Proball Consulting / MJ Sports Management / Caramel Films / France 2 Cinéma /
Disney + France / Amazon Prime France / Gaumont Tous droits réservés

En effet, l’authenticité des bons sentiments est bluffante dans Le Rêve américain. De quoi presque soupçonner que les deux principaux intéressés, Ndiaye et Medjana, n’aient donné leur accord pour ce projet qu’à condition que le résultat final ressemble à une hagiographie cinématographique de leurs exploits. Heureusement, il n’en est rien puisque, même si les deux agents officient comme producteurs associés, cette version-ci de leur histoire est exclusivement l’œuvre de Anthony Marciano. Et quel bel ouvrage filmique, capable de maintenir le rêve en vie tout au long de leur périple cabossé ! Attention, l’agencement de ce but à atteindre ne s’aménage aucun raccourci, ni grands coups de théâtre mélodramatiques où tout risque de basculer soudainement vers le drame larmoyant. Ces incidents y surviennent, soit. Mais toujours dans l’optique de sceller un peu plus l’amitié entre les deux personnages principaux, selon un cahier de charges qui ne paraît jamais poussif ou artificiellement prémédité.

Est-ce que cette ode magnifique à l’amitié indéfectible est dès lors dépourvue de défauts ? Après ses films précédents qui célébraient en quelque sorte l’immaturité dans toute sa splendeur, dont son premier long très prometteur Les Gamins sorti il y a treize ans déjà, Anthony Marciano a-t-il accompli le pas décisif vers un cinéma plus philosophe, quoique toujours aussi divertissant ? On aurait eu envie d’acquiescer. Très envie, même. Si, au sein de cette histoire aux personnages joliment modestes et conscients de la tâche immense qu’ils cherchent à accomplir, il n’y avait pas cette couche musicale superflue, trop présente et intrusive pour passer inaperçue. Surtout, elle enfonce inutilement le clou là où la trame agréablement dépouillée du scénario, aidée par un ton qui ne cherche jamais l’esbroufe et un duo d’acteurs renversant de sincérité réussissent à eux seuls parfaitement à nous faire rêver en leur exquise compagnie.

© 2026 Mika Cotellon / Quad Films / Proball Consulting / MJ Sports Management / Caramel Films / France 2 Cinéma /
Disney + France / Amazon Prime France / Gaumont Tous droits réservés

Conclusion

En cette fin d’hiver maussade, quand le printemps et ses promesses de renouveau ne peuvent pas arriver assez tôt, la France a indiscutablement besoin d’un peu de baume au cœur. Un film aussi doucement édifiant que Le Rêve américain peut vous l’administrer sans pour autant frôler l’indigestion de bons sentiments. Porté par le binôme en or formé par Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard – en fait, pendant deux heures, il n’y en a que pour eux, mais qui viendra s’en plaindre ? –, le film de Anthony Marciano réussit l’exploit considérable de nous faire croire, le temps de la projection et un peu au-delà, qu’il suffit d’une forte dose de détermination et de passion pour voir ses rêves devenir réalité. Pareille propagande volontariste a tendance à nous écœurer, quand elle nous est présentée sous sa forme pompeuse, toujours à l’ordre du jour dans le cinéma hollywoodien. Ici, par contre, la leçon passe avec une certaine élégance ou en tout cas avec une admiration nullement feinte pour ces deux hommes, assez téméraires pour se donner les moyens de leur réussite.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici