Critique : Le monde est à eux

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Le monde est à eux

France : 2023
Titre original : –
Réalisation : Jérémie Fontanieu
Interprètes : Jérémie Fontanieu, David Benoît
Distribution : L’Atelier Distribution
Durée : 1h12
Genre : Documentaire
Date de sortie : 20 mars 2024

3.5/5

Synopsis : C’est l’histoire d’une classe d’un lycée de banlieue qui propose une méthode pédagogique collective. Basée sur une alliance entre les élèves, leurs parents et les professeurs, elle affiche 100% de réussite au baccalauréat depuis cinq ans. Tourné par les élèves et leurs deux professeurs principaux, Jérémie Fontanieu et David Benoît durant une année scolaire, le film suit ce parcours d’équipe inspirant qui leur permet de découvrir leurs potentiels et de s’ouvrir de nouveaux horizons.

Elles se prénomment Farah, Aliya, Shaines, Dounia, Tamara, …. Ils se prénomment Merwan, Dalil, Adem, Guillaume, Nathan, …. elles et ils étaient en Terminale économique et sociale au lycée Eugène Delacroix de Drancy, Seine-Saint-Denis, durant l’année scolaire 2019-2020 et elles et ils, 27 élèves au total, ont obtenu en fin d’année scolaire leur diplôme du baccalauréat, 18 l’ayant obtenu avec mention. Et cela fait plusieurs années que le taux de réussite au baccalauréat est de 100% dans cette classe d’un lycée public implanté dans ce fameux 93. Des résultats exceptionnels ? Oui et non. Oui, car la plupart de ces élèves vivaient dans la résignation en étant depuis longtemps persuadés qu’ils n’arriveraient à rien dans le système scolaire et que, de ce fait, se contraindre à « bûcher » sérieusement ne servirait à rien. Non, car c’est avec une méthode très simple que Jérémie Fontanieu, le professeur de sciences économiques et sociales de cette classe, et David Benoît, le professeur de mathématiques, sont arrivés à ce résultat.

Partant du principe que tous les jeunes peuvent réussir par la motivation et le travail et que leur potentiel se trouve gâché par les absences, les retards, les oublis de matériel e les bavardages en classe, ils ont petit à petit mis au point ce qu’ils appellent la méthode « réconciliations » ayant pour caractéristique principale de faire en sorte que les parents soient leurs alliés indéfectibles et, indirectement, ceux des élèves, leurs enfants. Comment ? En leur proposant d’entrer en contact avec eux avant même le début de l’année scolaire et en leur posant une question à laquelle ils auront du mal à répondre négativement, genre : « seriez vous d’accord pour qu’on travaille ensemble main dans la main pour la réussite de votre enfant ? ». En leur proposant ensuite que ce contact soit maintenu toute l’année durant par des échanges très réguliers, le plus souvent via des SMS, des professeurs vers les parents pour leur faire part des progrès enregistrés ou des problèmes rencontrés, des parents vers les professeurs pour leur faire part, par exemple, d’éventuels soucis de santé. Soutenus par les parents qui, figurez vous, sont très enthousiastes à l’idée de faire partie de cette « réconciliation », les professeurs peuvent se permettre d’utiliser des méthodes disciplinaires qui ne font pas forcément dans la dentelle, mais qui amènent les élèves à travailler et … à progresser. Des progrès qui entraînent chez les élèves une meilleure confiance en eux et la sensation que le travail, finalement, ça paye : la création d’un cercle vertueux ! C’est tout cela que raconte Le monde est à eux, un film que Jérémie Fontanieu a réalisé avec des élèves de sa classe.

Même si ce film documentaire réalisé avec des moyens particulièrement modestes s’avère bien construit et très plaisant à regarder, ce n’est pas sur des critères purement cinématographiques que l’on peut porter un jugement sur lui, mais plutôt sur ce qu’on ressent concernant la méthode et sur ce qu’on entend de la part des professeurs, des parents et, bien sûr, des élèves. En soi, la méthode consistant à faire se rencontrer parents et professeurs n’a rien de révolutionnaire et, si vous en parler avec des enseignants, ils vous diront probablement que, depuis longtemps, il existe le cahier de liaison et que des rencontres parents-professeurs sont organisées régulièrement dans les établissements. C’est vrai, mais, en général, ce sont des rencontres physiques et elle n’ont lieu, en général, que 2 fois par an. Plutôt que d’en rester à ce système de cahier de liaison, peu pratique à utiliser, et à de telles rencontres, difficiles à organiser, pourquoi ne pas profiter de ce que permet aujourd’hui la technologie avec des échanges via SMS ayant lieu à une fréquence beaucoup plus élevée, une fois par semaine environ ? En tout cas, il y a un élément incontestable en faveur de cette méthode « réconciliations » : les résultats obtenus. Et puis, ce qu’on entend de la part des élèves : « Pour une fois dans ma scolarité, je travaille », « Avant, les vacances c’était toute l’année. Maintenant, les vacances, je les ressens au plus profond de moi », « On ne nous apprend pas à se contenter du minimum », « On nous donne des principes et des valeurs à suivre pour avancer dans notre vie. Cela nous aide énormément ».

Sinon, même si une forme de sévérité règne dans leurs classes, avec, par exemple, une sanction pour chaque retard enregistré, ces professeurs n’ont rien d’inhumain dans leur comportement. On voit par exemple Jérémie Fontanieu expliquer à une mère d’élève désespérée que sa fille ait eu une mauvaise note, en l’occurrence un 8, que ce n’est pas une mauvaise note dans la mesure où la précédente était un 5 et que, par conséquent, l’élève est en progrès. Pour les deux professeurs, le bac, c’est un prétexte et ils font le maximum pour préparer leurs élèves à l’après. Par exemple en conseillant aux meilleur(e)s, celles et ceux qui envisagent d’intégrer une classe préparatoire (cette année là, ce sera le cas pour 12 élèves sur 27), d’éviter ce qu’ils appellent les « prépas » tueuses, celles où on se débarrasse rapidement des plus faibles pour ne pas plomber les statistiques. La meilleure des récompenses pour ces professeurs : les liens de reconnaissance indéfectibles noués avec des élèves conscients de qu’ils leur ont apporté, des liens qui commencent durant l’année scolaire, qui se renforcent lors de la fête de fin d’année organisée pour célébrer les résultats au bac et qui se prolongent dans le temps par la visite d’anciens élèves lors de cette fête. A la vision de ce film, parfois drôle, souvent émouvant, on est surpris de ne jamais entendre parler de la pandémie liée au Covid alors que l’année scolaire que l’on suit est l’année 2019-2020, particulièrement touchée par le phénomène et par le confinement. L’année 2019-2020 fut également la dernière année de préparation au baccalauréat fonctionnant de façon « traditionnelle », avant les bouleversements apportées par les réformes Blanquer : la façon de travailler en relation avec les parents d’élève de Jérémie Fontanieu et de David Benoît a-t-elle été perturbée par ces réformes, on se pose la question ?

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