Critique : Jeunesse sauvage

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France : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Frédéric Carpentier
Interprètes : , , ,
Distribution :
Durée : 1h20
Genre : Drame
Date de sortie : 22 juin 2020

3.5/5

Jeunesse Sauvage est le premier long métrage de cinéma de Frédéric Carpentier, un réalisateur qui arrive avec une certaine expérience du métier puisque, après des études de philosophie, il a travaillé comme scénariste pour Érick Zonca et pour André Téchiné. Il a également animé des ateliers de réalisation en cités et en quartiers difficiles, activité qui lui a été très utile pour la réalisation de Jeunesse Sauvage. Avant ce long métrage de fiction pour le cinéma, Frédéric Carpentier avait réalisé en 2005 un long métrage pour Arte, Les Vagues, premier film sur l’univers du surf à être réalisé en Europe.

Synopsis : Raphaël, le chef d’une bande de jeunes voleurs de rues, voit son autorité menacée par Kevin, son fidèle lieutenant. Pour garder le pouvoir, il doit affronter la trahison et un univers de plus en plus violent, où les armes remplacent les poings.

La vie d’une bande de jeunes voleurs à Sète

Dans la ville de Sète, une bande jeune s’est spécialisée dans le vol, vol de portables, de voitures, de portefeuilles. A la tête de cette bande, Raphaël se charge de déceler parmi les jeunes qui se présentent ceux qui ont les « qualités exigées par le travail » et de faire le tri entre ce qu’il juge être réalisable par la bande et ce qui ne l’est pas. Pas question, par exemple, d’opérer dans les docks car les vigiles sont d’anciens légionnaires sans aucun scrupule. Raphaël s’occupe aussi de la formation de ses troupes : ‘Il faut que vous soyez invisibles », répète-t-il sans cesse. « Il faut que tu repères ceux qui ont peur. Eux, ils vont se laisser faire. Ce sont tes meilleurs amis », explique-t-il à un nouveau dans la bande. Dur avec ses « hommes », souvent violent dans ses actions, Raphaël a par contre souvent du mal à s’imposer face aux receleurs et aux autorités. Toutefois, ses 2 failles les plus importantes sont ailleurs. Il y a d’abord la relation avec son père, un homme que ses problèmes psychiques ont conduit à la condition de SDF, un homme que Raphaël alimente en argent, en nourriture et en médicaments et qu’il aimerait ramener définitivement à une vie plus confortable en lui offrant un logement. Et puis, autre faille, Raphaël est amoureux d’Émilie, même s’il fait preuve d’une maladresse extrême avec elle, voire même d’une certaine brutalité. De ces failles, Kevin, le lieutenant de Raphaël, est tout à fait conscient, lui qui aimerait amener la bande sur des chemins plus rémunérateurs, mais aussi beaucoup plus risqués.

Un film sans gras superflu

Ce que nous raconte Frédéric Carpentier sur une certaine jeunesse dans Jeunesse sauvage n’a rien de bien nouveau. Sans aller très loin, ni dans le temps, ni dans l’espace, on peut rapprocher ce film de Shéhérazade, le premier long-métrage de Jean-Bernard Marlin, tourné à Marseille, sorti en 2018. Dans un contexte similaire mais sur une trame narrative différente,  Jeunesse Sauvage, malgré quelques maladresses, malgré quelques clichés, s’avère supérieur à Shéhérazade, film qui, pourtant, s’était vu décerner le Prix Jean Vigo en 2018. Supérieur surtout grâce à la peinture des rapports entre Raphaël et son père, rapports qui nous montre un jeune personnage qui est loin d’être construit d’un seul bloc, un jeune personnage souvent violent mais qui sait se montrer doux et attentionné avec ce père, un homme qui, lui-même, sombre parfois dans la violence. Ses qualités de réalisateur, Frédéric Carpentier les montre aussi, en collaboration avec Romain Le Bonniec, son Directeur de la photographie, dans sa façon de fouiller les visages des protagonistes avec de nombreux gros plans ainsi que dans le montage du film, très nerveux sans pour autant avoir le débit d’une mitraillette. Jeunesse Sauvage est un film sans gras superflu, un film qui, en 80 minutes, en dit autant, voire plus que dans les 151 minutes de La graine et le mulet, tourné dans la même ville, Sète, par Abdellatif Kechiche.

Une osmose entre comédiens de métier et non professionnels

De par ses activités dans des cités et des quartiers difficiles, Frédéric Carpentier connait bien le milieu dont il parle dans Jeunesse Sauvage. Un milieu dans lequel il est possible de rencontrer des personnalités comme Raphaël qui s’y retrouvent du fait des accidents de la vie mais qui auraient pu trouver une place de choix dans d’autres milieux, et d’autres, comme Kevin, qui, parce qu’ils ne maitrisent pas bien le langage, le remplace par encore plus de violence. Bien entendu, la rencontre avec de tels personnages oblige le spectateur à supporter à de nombreuses reprises des dialogues à base de clichés machistes et homophobes, mais c’est le prix à payer pour être introduit dans la vérité de ce milieu. On est par ailleurs surpris par l’apparition d’une bande de « tireuses », des filles dont l’habileté dans le vol à la tire laisse bouche bée les jeunes coqs qui se prennent pour des durs.

Pour accueillir le tournage de son film, Frédéric Carpentier souhaitait trouver une ville de la côte méditerranéenne qui ait un vaste port de commerce et un cimetière marin qui regarde la mer. On ne peut pas être franchement étonné que son choix se soit porté sur Sète ! Concernant le casting, le réalisateur souhaitait trouver une osmose pleine de richesse entre des comédiens de métier et des non-professionnels. Aidé dans son casting sauvage par un partenariat avec le Ministère de la Justice et la Police Judiciaire Jeunesse qui lui a permis d’aller en Centres éducatifs fermés et de pouvoir rencontrer des jeunes qui ont eu un passé difficile, il a réuni une communauté de non-acteurs talentueux aux passés très divers. Parmi les comédiens professionnels, on remarque particulièrement Léone François, jeune actrice belge qui interprète le rôle d’Émilie, et Darren Muselet, l’interprète de Kevin, déjà remarqué dans Mon frère et Hors normes. Quant à Pablo Cobo, l’interprète de Raphaël, Frédéric Carpentier a passé une année entière pour transformer un jeune homme remarqué pour sa démarche féline et son regard fort, mais trop maigre et pas assez musclé pour être crédible en chef de bande, en un personnage charismatique qui en impose à la troupe qu’il dirige.

Conclusion

Encore un film sur de jeunes délinquants issus de ce qu’on appelle « les quartiers », ne manqueront pas de dire un certain nombre de cinéphiles. C’est vrai, on en voit beaucoup en ce moment, de même qu’on voyait de nombreux films de gangsters il n’y a pas si longtemps. Grâce à la connaissance de ce milieu de la part du réalisateur, grâce à la belle photo de Romain Le Bonniec, grâce à l’absence de gras inutile du fait d’un montage nerveux, grâce à la qualité de l’interprétation, Jeunesse sauvage se place dans le haut du panier dans cette catégorie de films.

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