Critique : Jeune Juliette

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Canada : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Anne Émond
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h37
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 11 décembre 2019

3.5/5

Jeune Juliette est le 4ème long métrage de la réalisatrice canadienne Anne Émond.  Auparavant, seul, son premier,  Nuit #1, était sorti dans les salles de notre pays, en 2012. Comme elle est la première à le reconnaître, il y a beaucoup d’elle-même dans Jeune Juliette.

Synopsis : Juliette est effrontée, malicieuse, un peu grosse et menteuse. Elle n’est pas vraiment populaire au collège, mais c’est pas grave : c’est tous des cons ! Juliette a 14 ans et elle croit en ses rêves. Pourtant, les dernières semaines de cours se montreront très agitées et vont bousculer ses certitudes sur l’amour, l’amitié et la famille…

Qui est cette jeune Juliette ?

La fin de l’année scolaire approche lorsqu’on rencontre Juliette. Un prof d’éducation physique et sportive, assez enveloppé lui-même, mène une séance de gymnastique plutôt intense à laquelle Juliette, 14 ans, encore plus enveloppée que le prof, pour ne pas dire obèse, participe sans enthousiasme. Très vite, on va la retrouver avec sa meilleure amie Léane, sa seule amie en fait, avec qui elle aime déblatérer contre leurs condisciples, genre « Plus tu passes du temps ici, plus tu deviens con », mêlé à un zeste de philosophie « Faut que jeunesse se passe ». Par ailleurs, Juliette est une excellente élève, elle a de la répartie, elle est drôle, un brin menteuse aussi, et, avec Léane, elle se transforme parfois en DJ du collège, affichant des goûts musicaux qui ne rencontrent pas toujours un très grand succès auprès des autres élèves. Son entourage familial est chaleureux, même si Judith, sa mère, est partie 6 ans auparavant pour aller s’établir à New-York : un père aimant et qui ne cesse d’étonner Juliette par sa capacité à deviner toutes les entourloupes qu’elle aimerait bien lui cacher, PL, Pierre-Luc, un frère aîné avec qui elle s’entend parfaitement et qui, en plus, est le meilleur ami de Liam, le beau gosse du lycée, dont Juliette est amoureuse.

Même si elle n’en est pas vraiment consciente, le problème principal de Juliette, c’est son embonpoint qui lui vaut de nombreuses railleries et du harcèlement de la part de nombreux élèves. Cet embonpoint, c’est le départ de sa mère qui en est la cause, le manque ressenti alors se traduisant en une grande attirance pour les sucreries.

Lorsque s’organise la journée d’accueil de celles et ceux qui vont intégrer le collège lors de la prochaine rentrée, la qualité de bonne élève de Juliette lui vaut la responsabilité de devenir la tutrice d’Arnaud, un gamin de 12 ans atteint du syndrome d’Asperger. Un « petit gars » qui aimerait être considéré comme un ami par Juliette et qui prend très mal le fait d’apprendre que Juliette est payée pour s’occuper de lui, sa mère, intéressée par les bons rapports qu’ils entretiennent, ayant proposé à Juliette de le prendre en charge de temps en temps, moyennant finance.

Une période charnière

Concentré sur une période limitée dans le temps, Jeune Juliette fait partie d’un genre souvent présent au cinéma, la représentation d’une période charnière dans la vie d’un individu. Ici, la sortie de l’enfance. En l’espace de quelques jours, Juliette va se rendre compte qu’aux yeux de beaucoup, elle est différente, elle va être confrontée à la bêtise de celles et ceux qui, voulant se croire supérieur.e.s, harcèlent celles et ceux qui leur sont différent.e.s, elle va commencer à ressentir des sentiments amoureux tout en se demandant si, un jour, un garçon pourra « tomber en amour » avec elle, elle va s’écrire des lettres enflammées à elle-même, rencontrer une déclaration d’amour inattendue, se comporter de façon extrêmement désagréable avec deux personnes affichant eux aussi une différence avec la norme, se rendre compte que sa mère préfère s’occuper des enfants des autres plutôt que de ses propres enfants, voir son frère quitter la maison familiale et son père ramener à la maison une nouvelle compagne. Excusez du peu !

Le parlé québécois

Connaissez vous le mot « épeurant » ? En québécois, il signifie « qui fait peur ». Et « péter sa coche », cela vous parle ? Chez nous, on dit « péter les plombs » ! C’est ainsi que, tout au long du film, le spectateur hexagonal est confronté à de très nombreuses expressions françaises qu’il ne connait pas car elles ne sont utilisées que de l’autre côté de l’Atlantique. Des expressions française qui voisinent avec des termes anglais, également utilisés en grand nombre. Heureusement pour nous, le film est sous-titré en français, l’accent québécois pratiqué dans Jeune Juliette étant difficile à comprendre pour nos oreilles.

Dans le but de retrouver l’esprit des « Teen movies » qui ont marqué leur jeunesse, Anne Émond et , son Directeur de la photographie, ont choisi de tourner en pellicule 35 mm. L’histoire étant vue au travers du regard de Juliette, ils ont aussi choisi de donner un côté pop aux couleurs du film et, à deux reprises, ils ont fait usage de l’écran partagé.

Bien évidemment, le choix de l’adolescente chargée d’endosser le rôle de Juliette était particulièrement important. C’est dans une agence de comédiens que la réalisatrice a trouvé Alexane Jamieson qui avait l’âge du rôle et une petite expérience de comédienne au théâtre, dans la publicité et dans des téléséries. Sous la surveillance d’un nutritionniste, elle a pris 8 kilos pendant la préparation du film afin d’arriver à une silhouette justifiant (pour les imbéciles !) le harcèlement dont elle est l’objet. Dans le reste de la distribution, le plus connu est sans doute Robin Aubert, l’interprète du père de Juliette, tout à la fois scénariste, réalisateur et acteur.

Conclusion

Jeune Juliette représente, pour sa réalisatrice, une forme de réponse aux gamins qui lui ont mené la vie dure lorsqu’elle était au collège. De façon très intelligente, ce film prend le contrepied d’idées reçues trop souvent présentes au cinéma, comme le père célibataire ne sachant pas élever ses enfants ou le grand frère qui se montre constamment désagréable avec sa jeune sœur. Le harcèlement d’une adolescente différente, l’amitié, l’amour naissant, l’homosexualité, l’autisme, l’accueil d’une nouvelle compagne pour un père redevenu célibataire, nombreux sont les thèmes abordés dans Jeune Juliette, toujours avec bonheur.

https://www.youtube.com/watch?v=OpngW-nuB4g

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