The Mastermind
Etats-Unis : 2025
Titre original : –
Réalisation : Kelly Reichardt
Scénario : Kelly Reichardt
Interprètes : Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro
Distribution : Condor Distribution
Durée : 1h50
Genre : Drame, Policier
Date de sortie : 4 février 2026
3.5/5
Synopsis : Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d’un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d’œuvres d’art. Avec deux complices, il s’introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.
En un peu plus de 30 ans, sans faire de bruit, l’américaine Kelly Reichardt est devenue une des plus importantes réalisatrices du cinéma mondial, voire, pour certains, la plus importante. Elle n’a pas encore obtenue la Palme d’Or au Festival de Cannes mais The Mastermind, son dixième long-métrage, est le 2ème à être sélectionné pour cette fameuse compétition du mois de mai. Avec Kelly Reichardt, on a le plaisir, à chaque nouveau film, d’être toujours surpris, qui plus est d’être toujours agréablement surpris. C’est ainsi qu’on on ne s’attendait pas trop à la voir intervenir dans le genre du film de braquage, genre très à la mode dans le cinéma américain des années 70, et, pourtant, The Mastermind commence par l’organisation et la réalisation d’un braquage. C’est d’ailleurs très exactement en 1970 que la réalisatrice situe l’action de son film : les Etats-Unis sont toujours en pleine guerre du Vietnam, une part importante de la population continue de manifester contre cette guerre, Richard Nixon est à la tête du pays et … la protection contre les vols de tableaux dans les musées est pour le moins sommaire.
Cette faille de sécurité, James Mooney, JB pour les intimes, fils du juge Bill Mooney, la connait bien, lui, passionné d’art, lui qui fréquente régulièrement le musée de Framingham, petite ville du Massachusetts, très souvent en famille, avec sa femme et ses 2 fils, musée, où, jusque là, il s’était contenté de dérober de petits objets facilement accessibles. Toutefois, par rapport à un film de casse « normal », la temporalité et la tonalité sont fort différentes : c’est rapidement, dès le début du film, que sont présentées l’organisation et la réalisation, avec l’aide de 2 complices, d’un vol en plein jour de 4 tableaux d’Arthur Dove, un des pionniers de la peinture abstraite aux Etats-Unis. Rapidement et de façon burlesque, rien ne se passant exactement comme prévu, principalement du fait d’un des 2 complices, véritable boulet. Quant au « Mastermind » (le cerveau en français) du coup, il ressemble davantage à un prof intello qu’à un malfrat aguerri.
En fait, pour la réalisatrice, ce n’était pas tant le braquage qui l’intéressait que ses conséquences familiales, morales, amicales et sociales, et, alors que tout a échoué, alors que le butin a été récupéré par des mafieux, alors qu’il y a de l’eau dans le gaz entre JB et Terri, son épouse, The Mastermind devient un film sur la cavale d’un bon père de famille qui s’était cru plus fort que ce qu’il est réellement et qui doit en payer les conséquences. Dans ces conditions, la famille doit être protégée et on est amené à rechercher de l’aide chez des amis. Mais l’amitié est-elle une valeur sûre, surtout quand vous risquez de mettre en danger ceux dont vous attendez de l’aide ? Alors que JB poursuit sa cavale dans une Amérique qui n’a pas encore, à l’époque, les moyens technologiques permettant de raccourcir la durée des recherches, le film, qui avait commencé dans le burlesque glisse petit à petit vers la peinture poignante d’un loser pathétique.
Dans la construction de son film, Kelly Reichardt va encore plus loin que d’habitude dans sa façon de faire des ellipses qui obligent le spectateur à travailler pour reconstituer ce qui manque tout en s’attachant, au contraire, à décrire dans les moindres détails certaines actions de JB, le personnage principal. Celui-ci est magistralement interprété par le comédien britannique Josh O’Connor, qu’on a vu très récemment dans Rebuilding et qu’on reverra très prochainement dans Le son des souvenirs. Quand à la très belle musique du jazzman Rob Mazurek, Kelly Reichardt en fait un excellent usage : prouvant qu’elle est une exception dans le cinéma US de notre époque, elle sait, contrairement à la plupart de ses collègues, à quels moments elle peut l’utiliser, et, surtout, elle sait quand il est impérativement souhaitable de s’en passer.














