Critique Express : Etat limite

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Etat limite

France : 2023
Titre original : –
Réalisation : Nicolas Peduzzi
Scénario : Nicolas Peduzzi
Interprète : Jamal Abdel Kader
Distribution : Les Alchimistes
Durée : 1h43
Genre : Documentaire
Date de sortie : 1er mai 2024

4/5

Synopsis : Hôpital Beaujon, Clichy. Au mépris des impératifs de rendement et du manque de moyens qui rongent l’hôpital public, Jamal Abdel Kader, seul psychiatre de l’établissement, s’efforce de rendre à ses patients l’humanité qu’on leur refuse. Mais comment bien soigner dans une institution malade ?

Passionnant à regarder, souvent émouvant

On sait bien que les médias préfèrent parler des trains qui n’arrivent pas à l’heure plutôt que de ceux qui s’avèrent être ponctuels. De même, pour un réalisateur de cinéma, il est plus intéressant de s’intéresser aux institutions qui vont mal qu’à celles où il n’y a pas grand chose à raconter tellement tout va bien. Il n’est donc pas étonnant de voir actuellement sur nos écrans tant de films sur le système scolaire et sur le système hospitalier et, plus particulièrement, sur le fonctionnement de la psychiatrie. Etat limite faisait partie de la sélection ACID lors du Festival de Cannes 2023 et il a été diffusé sur Arte il y a 2 mois. Ce film de Nicolas Peduzzi vient compléter la trilogie que Nicolas Philibert vient de consacrer à ce domaine des troubles psychiques : Sur l’Adamant, Averroès & Rosa Parks et La Machine à écrire et autres sources de tracas. Le titre du film est en lien avec le « trouble de l’état limite », appelé aussi « trouble borderline », un trouble de la personnalité qui fait partie de ces troubles psychiques et qui se caractérise par une hyperémotivité, des réactions excessives et soudaines et une faible estime de soi.

Etat limite nous fait suivre le quotidien de Jamal Abdel Kader, le seul psychiatre de l’Hôpital Beaujon, un hôpital de 464 lits situé à Clichy dans les Hauts-de-Seine. Agé de 33 ans au moment de sa rencontre avec le réalisateur, Jamal Abdel Kader a presque toujours vécu au sein des hôpitaux, ses parents, des médecins syriens réfugiés en France, étant logés dans un logement de fonction d’un hôpital. Seul psychiatre de l’hôpital Beaujon, Jamal Abdel Kader, très investi dans son travail, se doit de courir d’une consultation à l’autre, d’un service à l’autre. Très conscient que la psychiatrie est sans doute l’élément le plus malade d’un hôpital public lui-même très malade, il s’efforce de compenser le manque de moyens par une si grande implication qu’elle en arrive à nuire à sa propre santé. Pour lui, la situation de la psychiatrie est, malheureusement, facile à expliquer : on vit dans un monde qui recherche avant tout la productivité. Le « fou » ne produisant rien, pourquoi allouer de gros moyens pour s’occuper de lui, pourquoi valoriser la fonction de celles et ceux qui en ont la charge, d’autant plus qu’il est très difficile de quantifier ce qu’ils et elles apportent ? Souvent, la facilité consiste à bourrer de médicaments celles et ceux qui souffrent de problèmes psychiques. Ce n’est pas du tout la façon de faire du docteur Jamal Abdel Kader : on le voit au contraire passer beaucoup de temps à converser avec ses patients, son approche de la psychiatrie passant davantage par ce qu’il est possible d’obtenir par le dialogue que par la seule utilisation de médicaments, même si, bien sûr, il lui arrive d’en prescrire lorsqu’il juge que c’est indispensable.

Alors que l’AP-HP a lancé un projet de fusion très controversé entre l’hôpital Beaujon et l’hôpital Bichat, situé dans le 18ème arrondissement de Paris, sous la forme d’un Campus hospitalo-universitaire situé à Saint Ouen Grand Paris Nord, Nicolas Peduzzi tenait à ce que son film soit un beau film de cinéma, mettant en valeur un lieu, l’hôpital Beaujon, amené à disparaître. Passionnant à regarder, souvent émouvant, Etat limite est donc également un film dont les plans sont très soignés, un film pour lequel le réalisateur a fait appel à sa mère, Pénélope Chauvelot, une photographe qui fut reporter de guerre au sein de l’agence Sygma, pour l’accompagner à l’hôpital afin qu’elle réalise des photographies en Noir et Blanc, de très belles photographies qui sont autant de pauses dans la narration de l’histoire.

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