
Titre original : Leaving Amerika
Réalisateur et scénariste : Marie-Pierre Brêtas
Casting principal : Derrick Johnson
Genre : Documentaire
Durée : 1h57
Pays : France (2024)
Distributeur : DHR distribution / A Vif Cinemas
Date de sortie : 28 octobre 2026
Synopsis : Derrick vient de laisser son appartement et dort dans sa voiture. À presque 50 ans, épuisé de se débattre dans le labyrinthe ultralibéral et raciste des Etats-Unis, il décide de quitter son pays. Mais avant, il veut solder les démons de son passé. Dans une Amérique au bord du gouffre, il remonte les enchaînements de sa vie, vers ce que veut dire grandir et se construire en tant qu’homme noir dans un système pensé pour écraser.
Leaving Amerika : quitter l’Amérique ! Avec une nuance importante : la lettre k remplaçant la lettre c, histoire de montrer que nous ne sommes pas complices de l’usurpation d’identité qui consiste à appeler Amérique un pays qui n’est qu’une partir du continent appelé Amérique. Il s’agit donc là de quitter les Etats-Unis d’Amérique, ce qui, vous en conviendrez, est en ce moment une action pleine de bon sens surtout lorsqu’on est afro-américain et qu’on continue à être trop souvent confronté au racisme, au point même d’avoir peur de mourir lorsqu’on a affaire à la police. Derrick Johnson est un afro-américain d’une cinquantaine d’années et, quand on le rencontre au début du film, sur un parking en Floride, il vient de quitter son appartement et il dort dans sa voiture afin d’économiser l’argent qui lui permettra de réaliser son rêve : quitter les Etats-Unis d’Amérique, ce pays qui, du fait des choix politiques effectués par ses dirigeants, semble tout faire pour laisser sur le carreau une partie importante de sa population. Et pour aller où ? Tout près de la Floride, tout simplement à … Cuba, pays où, il en est persuadé, il pourra trouver son petit coin, « un endroit cool, tranquille à l’écart de la rue ». Cela fait plus de 30 ans que Marie-Pierre Brêtas, la réalisatrice, et Derrick Johnson se connaissent : une rencontre sur une plage près de New-York alors que Derrick n’avait que 16 ans. Elle et lui sont resté.e.s longtemps avec l’envie de faire un film ensemble, mais sans le faire. Ce n’est qu’à la réception d’un appel téléphonique depuis Miami au cours duquel Derrick lui annonçait que, enfin, sa décision était prise, qu’il allait partir, que Marie-Pierre Brêtas a vu la possibilité de construire un projet cinématographique construit sur la confrontation du passé de Derrick avec le présent et le futur dont il rêve. Ce projet cinématographique s’apparente à un road-movie construit sur un accompagnement par la caméra de Marie-Pierre de Derrick partant à la rencontre de son passé, de membres de sa famille, d’amis ou de connaissances, de lieux aussi, qui furent importants pour lui, les images étant accompagnées des dialogues lors des rencontres et de réflexions personnelles fort pertinentes de Derrick, par exemple sur les effets néfastes de l’arrivée du crack dans les années 80.
Le résultat est passionnant, parfois cocasse, par exemple une cubaine disant, parlant de Derrick, « les cubains veulent partir, lui veut rester », souvent émouvant. Derrick Johnson s’était juré d’éviter tous les pièges du ghetto, il n’en a pratiquement évité aucun ! Un peu de son fait, certes, beaucoup du fait de son environnement, des circonstances, du système oppressant et toxique qui règne de l’autre côté de l’Atlantique. Ayant commis un homicide, Derrick a même fait de la prison. Il a refusé le « deal » que le procureur lui proposait consistant à avouer un homicide involontaire ce qui devait lui permettre une peine réduite (entre 8 et 16 ans). Derrick a fait de son côté une contre proposition consistant à avouer avoir commis un homicide par négligence, ce qui aurai amené la peine à 1 à 4 ans de prison, une contre proposition refusée par le procureur. Le procès qui a suivi l’a conduit en prison, une période durant laquelle il a écrit des poèmes qui ont été édités sous le titre « A black man’s journal – Poetic expression » et qui lui ont valu d’être comparé à Langston Hughes par un critique. Au cours de son périple avec Marie-Pierre Brêtas, Derrick Johnson a tenu à repasser à Ithaca, la ville de l’état de New-York dans laquelle s’était déroulé cet homicide et dans laquelle se trouve la prison qui l’avait abrité après le procès. Il est intéressant de noter que cet excellent documentaire centré sur les difficultés rencontrées dans son pays d’origine par un afro-américain et construit sous la forme d’un road-movie arrive sur les écrans français 2 semaines après Les recommencements, un documentaire lui aussi construit sous la forme d’un road-movie, sur un amérindien qui, lui aussi, ne trouve pas vraiment sa place au sein des Etats-Unis d’Amérique. Derrick Johnson dédie ce film à tous ceux qui osent rêver et sont prêts à tout sacrifier pour atteindre ce rêve.

















