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Test Blu-ray : Les Keufs

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Les Keufs

France : 1987
Titre original : –
Réalisation : Josiane Balasko
Scénario : Josiane Balasko, Jean-Bernard Pouy
Acteurs : Josiane Balasko, Isaach De Bankolé, Jean-Pierre Léaud
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h37
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 16 décembre 1987
Date de sortie DVD/BR : 17 février 2026

Inspectrice de police, Mireille Molyneux traque sans relâche les proxénètes en se faisant passer pour une prostituée. Elle finit par arrêter Charlie, un souteneur violent. Mais elle ignore qu’elle a été accusée de corruption : depuis, deux inspecteurs de la police des polices sont chargés de la surveiller jour et nuit…

Le film

[3,5/5]

Dans Les Keufs, la France de 1987 apparaît comme un décor en perpétuelle vibration, coincée entre les restes d’une décennie libertaire et les premiers frissons d’une société obsédée par l’ordre, la sécurité et les apparences. Le film, écrit et réalisé par Josiane Balasko, s’inscrit dans cette période charnière où les représentations féminines évoluaient à grande vitesse : vêtements plus affirmés, attitudes plus directes, langage plus libre. Les Keufs capte cette mutation avec une énergie brute, presque électrique, comme si la caméra cherchait à suivre un pays qui court plus vite que ses propres certitudes.

Dans Les Keufs, Balasko incarne Mireille Molyneux, une inspectrice de police qui navigue dans un univers masculin avec la détermination d’un bulldozer en talons. Le film joue avec les codes du polar, mais les détourne pour en faire une comédie sociale où les rapports de force se renversent, se tordent, se recomposent. Les vêtements féminins – jupes courtes, vestes épaulées, couleurs vives – deviennent des armures modernes, des signes extérieurs de liberté dans un milieu où la virilité se porte comme un uniforme. Les Keufs montre ainsi une femme qui refuse de se laisser enfermer dans un rôle, et qui avance dans la vie comme dans une ruelle sombre : avec prudence, mais sans jamais baisser les yeux.

L’univers des Keufs oscille entre réalisme urbain et fantaisie presque burlesque. Les commissariats, les parkings, les appartements trop petits deviennent des terrains de jeu où les personnages se croisent, se frôlent, se heurtent. Balasko filme cette agitation avec une précision presque chorégraphique, comme si chaque geste, chaque déplacement, chaque regard participait à une danse sociale complexe. Comme dans les films de ses collègues du Splendid Michel Blanc (Marche à l’ombre) ou Gérard Jugnot (Une époque formidable), Josiane Balasko joue la carte de l’humour, mais avec une conscience sociale forte : au-delà des gags, le film parvient régulièrement à rebondir vers une réflexion plus profonde, notamment sur la violence ordinaire, la précarité et la solitude.

Les thématiques des Keufs – la prostitution, la marginalité, la corruption, la solidarité – trouvent un écho dans la mise en scène, qui refuse la caricature. Josiane Balasko filme les corps avec respect, les regards avec douceur, les silences avec une attention rare. Les femmes du film, souvent réduites à des clichés dans le cinéma policier de l’époque, deviennent ici des personnages complexes, vibrants, traversés par des contradictions. Les Keufs rejoint ainsi des œuvres comme Police de Pialat ou Tchao Pantin, où la ville devient un organisme vivant, un ventre sombre qui avale les illusions mais laisse parfois filtrer une lumière inattendue. Les performances des acteurs des Keufs participent largement à la réussite du film. Josiane Balasko, à la fois drôle et touchante, impose une présence physique impressionnante, une manière de se tenir, de marcher, de parler qui donne au personnage une densité rare. Isaach de Bankolé apporte une douceur mélancolique, presque fragile, qui contraste avec la dureté du milieu. Les seconds rôles, de Farida Khelfa à l’incontrôlable Jean-Pierre Léaud, ajoutent des touches de poésie urbaine, comme des éclats de verre coloré dans une flaque d’huile. On notera la présence, le temps d’une séquence, de Florent Pagny.

Visuellement, Les Keufs adopte une esthétique brute, presque documentaire, mais ponctuée de fulgurances poétiques : un néon qui clignote comme un cœur fatigué, une rue humide qui ressemble à un miroir brisé, un visage éclairé par une lampe de bureau qui semble sortir d’un tableau expressionniste. Cette tension entre réalisme et stylisation donne au film une identité unique, comme si Balasko cherchait à montrer la beauté cachée dans les marges, dans les interstices, dans les gestes minuscules. Bref, Les Keufs reste aujourd’hui un film étonnamment moderne, à la fois drôle, tendre, politique et profondément humain. Une œuvre qui observe la société sans cynisme, qui montre la violence sans la glorifier, et qui rappelle que derrière chaque uniforme, chaque façade, chaque façade sociale, il y a un être humain qui cherche simplement à tenir debout.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray des Keufs, édité par Rimini Éditions, s’inscrit dans la continuité élégante de la collection dédiée à Josiane Balasko, ici réalisatrice. Le packaging, sobre mais soigné, met en avant l’affiche originale avec une reproduction fidèle des couleurs et un boîtier solide qui respire le respect du matériau. L’image offre un rendu globalement satisfaisant : les contrastes sont stables, les noirs corrects, mais le grain apparaît plutôt lisse. Quelques plans montrent des limites liées au matériel d’origine – contours légèrement mous, luminosité parfois hésitante, pixellisation occasionnelle – mais l’ensemble reste cohérent, même si clairement perfectible. Côté son, le film nous est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0, dans un mixage clair et équilibré. Les dialogues, essentiels, sont nets et bien centrés. La musique, discrète mais efficace, profite d’une restitution propre, sans saturation. L’ensemble manque parfois d’ampleur, mais respecte parfaitement le mixage d’origine. Le rendu sonore, sans être spectaculaire, offre une écoute confortable et fidèle à l’esprit du film.

Les suppléments du Blu-ray des Keufs sont modestes mais pertinents : on trouvera simplement un entretien avec Josiane Balasko (15 minutes). L’actrice / réalisatrice y reviendra sur la genèse du film : elle nous expliquera qu’échaudée par son expérience sur Sac de nœuds, elle ne prévoyait pas de le réaliser, mais s’était chargée de remanier un scénario policier signé Jean-Bernard Pouy pour y ajouter des éléments de comédie. Balasko évoquera également le casting, et notamment Jean-Pierre Léaud et ses improvisations. Elle se remémorera également avoir rencontré chez son coiffeur, Rocky, une femme-flic qui lui servirait de modèle pour son personnage. Un complément court mais précieux, qui apporte un éclairage humain et professionnel sur une œuvre souvent sous-estimée.

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