Le Sadique à la Tronçonneuse
Espagne : 1982
Titre original : Mil gritos tiene la noche
Réalisation : Juan Piquer Simón
Scénario : Juan Piquer Simón, Dick Randall
Acteurs : Christopher George, Lynda Day George, Frank Braña
Éditeur : ESC Films
Durée : 1h25
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 7 décembre 1983
Date de sortie DVD/BR : 4 février 2026
Sur le campus d’une paisible université américaine, le corps d’une étudiante est retrouvé dépecé à l’aide d’une tronçonneuse. Lorsqu’un second meurtre tout aussi brutal est commis, la police comprend qu’elle doit faire face aux agissements d’un tueur fou. Les meurtres s’enchaînent alors tous plus horribles les uns que les autres et la terreur s’abat avec frénésie sur le campus, personne n’étant à l’abri de devenir la prochaine victime de celui que les médias ont surnommé le sadique à la tronçonneuse. Qui est l’assassin et quelles sont ses sanglantes motivations ?
Le film
[3,5/5]
Le Sadique à la tronçonneuse avance dans la mémoire collective comme un étudiant distrait qui aurait confondu son amphi avec un dojo de kung-fu, ce qui tombe bien puisque le film de Juan Piquer Simón adore ce genre de glissades absurdes. Le film appartient à cette famille de slashers européens qui, dans les années 80, tentaient de rivaliser avec les cousins américains Rosemary’s Killer ou Graduation Day, mais en y ajoutant une couche de fantaisie involontaire, presque tendre. Le Sadique à la tronçonneuse n’a pas besoin de se justifier : il carbure à l’énergie brute, à la logique de rêve fiévreux, à cette poésie du n’importe quoi qui transforme un campus en terrain de jeu pour serial killer en goguette. Et quelque part, dans ce chaos, se niche une véritable sincérité artistique, comme si le film cherchait à dire que la réalité n’est qu’un décor en carton-pâte prêt à s’effondrer au moindre coup de tronçonneuse.
Le Sadique à la tronçonneuse déploie ses thématiques avec la délicatesse d’un rhinocéros tentant de faire du yoga sur un tapis trop petit. L’identité, la fragmentation du corps, la peur de l’autre, tout cela flotte dans l’air comme un parfum bon marché acheté en promo sur un site de e commerce un soir de solitude. Le Sadique à la tronçonneuse joue avec l’idée que le corps humain n’est qu’un puzzle mal rangé, et que le tueur, en artisan approximatif, tente de le réassembler à sa manière. Derrière les éclats gore, il y a presque une réflexion sur la manière dont la société découpe les individus en morceaux — étudiants modèles, sportifs, profs de tennis infiltrées — pour mieux les ranger dans des cases. Et si le film semble parfois animé par un esprit de TikTok avant l’heure, c’est parce que Le Sadique à la tronçonneuse adore juxtaposer des séquences qui n’ont rien à faire ensemble, comme si l’univers lui-même scrollait trop vite.
Le Sadique à la tronçonneuse se distingue aussi par ses choix formels, qui ressemblent à un plan de bataille griffonné sur une serviette en papier. Les cadrages hésitent entre le sérieux appliqué d’un épisode de Columbo et la frénésie d’un vidéaste amateur découvrant pour la première fois le bouton “zoom”. Juan Piquer Simón utilise la caméra comme un prolongement de son inconscient : elle glisse, trébuche, observe, se perd, revient, repart, comme un chien surexcité qui aurait flairé une piste imaginaire. Et pourtant, dans cette agitation, quelque chose fonctionne. Le Sadique à la tronçonneuse parvient à créer une atmosphère étrange, presque hypnotique, où le grotesque devient un langage, où le ridicule se transforme en charme, où la maladresse devient une esthétique à part entière.
Le Sadique à la tronçonneuse offre aussi des moments de pure folie douce, notamment cette scène de kung-fu surgie de nulle part (et mettant en scène Bruce Le, connu pour ses rôles de clone de Bruce Lee dans de nombreux films de « Bruceploitation »), qui semble avoir été importée d’un autre film par erreur, comme un colis Amazon livré à la mauvaise adresse. Le Sadique à la tronçonneuse se permet ce genre de ruptures de ton avec une audace désarmante, comme si le réalisateur avait décidé que la cohérence était une invention bourgeoise. Et pourtant, derrière le rire, se cache une idée : la violence n’est jamais là où on l’attend. Le Sadique à la tronçonneuse montre que le danger peut surgir d’un geste maladroit, d’un faux raccord, d’un acteur trop enthousiaste. Le film rappelle que la peur est souvent un accident, un dérapage, une surprise. Et c’est précisément ce qui le rend attachant.
Le Sadique à la tronçonneuse, malgré ses maladresses, ses acteurs approximatifs et son enquête policière qui semble avoir été écrite par un chatbot sous caféine, reste un plaisir coupable assumé. Le film ne cherche pas à convaincre : il existe, il respire, il s’agite, il amuse, il surprend. Juan Piquer Simón nous y rappelle que le cinéma de genre n’a pas besoin d’être parfait pour être mémorable. Il suffit d’un tueur masqué, d’un campus, d’une prof de tennis qui joue comme si elle tenait la raquette à l’envers, et d’un final tellement improbable qu’il pourrait presque être étudié en philosophie contemporaine. Le Sadique à la tronçonneuse, au fond, célèbre la liberté totale : celle de raconter n’importe quoi, mais avec conviction.
Le Blu-ray
[4/5]
Le Blu-ray du Sadique à la tronçonneuse, édité par ESC Films dans la collection « Slash’Édition », arrive dans un packaging qui semble tout droit sorti d’un rayon “objets cultes” d’une boutique rétro. Le fourreau cartonné, illustré avec un soin presque muséal, donne au film de Juan Piquer Simón une allure de classique underground, comme si le film avait toujours appartenu à cette famille de curiosités qu’on expose fièrement sur une étagère. L’image, restaurée avec une précision surprenante, révèle les couleurs saturées et les ombres épaisses qui font le charme de Le Sadique à la tronçonneuse. Le grain d’origine est respecté, les noirs sont stables, et même les scènes nocturnes gagnent en lisibilité, ce qui permet d’apprécier pleinement les choix visuels parfois chaotiques du film. Le son, proposé en VF et VO en DTS-HD Master Audio 2.0, offre une clarté inattendue : la VO conserve son charme rugueux, tandis que la VF, plus propre, met en valeur les dialogues parfois surréalistes du film. Les deux mixages restent équilibrés, sans souffle excessif, et permettent de redécouvrir le film dans des conditions optimales.
Les suppléments du Blu-ray du Sadique à la tronçonneuse constituent un véritable trésor pour les amateurs de cinéma bis. On commencera avec un documentaire sur Juan Piquer Simón (25 minutes). Alexandre Jousse nous y propose un éclairage passionnant sur le réalisateur, replaçant Le Sadique à la tronçonneuse au sein de sa carrière inventive et souvent sous-estimée. Avec malice et un certain humour, il reviendra en voix off sur tous les films du cinéaste. On continuera ensuite avec un entretien d’archive avec Juan Piquer Simón (55 minutes), mené par le cinéaste Nacho Cerda. Le réalisateur y évoque ses débuts, le développement du scénario par Dick Randall le casting du film, les effets spéciaux, la censure internationale, l’étrange musique du film et l’héritage du film à travers le monde. Il refusera également de revendiquer des influences conscientes sur le film, et partagera volontiers sa vision du cinéma de genre. Quelques pièces d’archives (8 minutes) complètent l’ensemble : on y verra Juan Piquer Simón commenter des photos d’exploitation du film, le fameux puzzle sanglant utilisé dans le film, et reviendra sur les résultats du film au box-office. La bande-annonce d’époque, enfin, rappelle avec une certaine tendresse la manière dont Le Sadique à la tronçonneuse était vendu au public, entre promesse de gore et charme artisanal. L’ensemble forme un package généreux, cohérent, et parfaitement adapté à la redécouverte de cette œuvre singulière. On trouvera également dans cette édition un livret inédit de 24 pages signé Marc Toullec, consacré à la carrière de Juan Piquer Simón.























