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Critique : Welcome to Europe

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Welcome to Europe

France : 2024
Titre original : –
Réalisation : Thomas Bornot, Cyril Montana
Distribution : DHR distribution / A Vif Cinemas
Durée : 2h00
Genre : Documentaire
Date de sortie : 25 février 2026

4/5

Synopsis : Cyril, petit-fils de réfugié politique espagnol, décide de s’engager, en mémoire de son grand-père, aux côtés des exilés. Il entame alors un périple de Paris jusqu’aux frontières de l’Europe, à la rencontre de celles et ceux qui ont quitté leur pays, leurs proches, leur vie d’avant. Dans son voyage, il se lie d’amitié avec Yadullah, un jeune Afghan arrivé à Paris en 2022. Croisant récits d’exilés et analyses politiques et scientifiques, « Welcome to Europe » combat les idées reçues et la xénophobie, pour démasquer ce qui se cache derrière la fiction de l’immigration.

Si on regarde avec attention l’affiche du film Welcome to Europe (bienvenue en Europe), on remarque que le titre du film est suivi d’une question : Qui sont les vrais barbares ? La première image du film va consister à nous donner les deux définitions de ce mot, barbare, n.m., adj.  Première définition : dans l’antiquité, le terme « barbare » est utilisé par les Grecs puis par les Romains. Il désigne alors l’étranger, celui qui n’est pas né à l’intérieur du territoire métropolitain ou celui dont les parents ne sont pas de sang pur ; seconde définition : inhumain, cruel. L’enquête menée par Thomas Bornot et Cyril Montana dans le film Welcome to Europe qu’ils ont réalisé en commun va chercher à répondre à cette question : dans notre pays, qui sont les vrais barbares ? Les étrangers, c’est-à-dire les personne résidant en France mais qui ne détiennent pas la nationalité française, sont-ils de vrais barbares ? Les immigrés, c’est-à-dire les personnes nées étrangères à l’étranger et qui sont venues s’installer en France, qu’elles aient acquis ou non la nationalité française par la suite, sont-ils de vrais barbares ? Et qu’en est-il de leurs descendants ? Ou bien, au contraire, faut il aller chercher les vrais barbares parmi ceux qui, tel Eric Zemmour, qu’on entend stigmatiser les migrants au tout début du film,  répondraient à la 2ème définition, en clair, ceux qui parlent de l’immigration, ou, pire, qui la gèrent ou qui souhaiterait la gérer de façon inhumaine et/ou cruelle ? Cette question, l’écrivain et journaliste Cyril Montana se l’est posée à titre personnel, lui qui est le petit-fils d’un réfugié espagnol qui, en 1939, avait fui la dictature franquiste et avait trouvé refuge en France. Il s’est également demandé si, en France, les conditions d’accueil des migrants avaient évolué depuis l’arrivée de son grand-père.

Ayant déjà réalisé un documentaire avec le réalisateur Thomas BornotCyril contre Goliath  sur la transformation  de Lacoste, son village d’enfance, en village fantôme, opérée par le couturier Pierre Cardin, il a proposé à Thomas Bornot de refaire équipe avec lui pour la réalisation d’un film qui irait à la rencontre des exilé(e)s d’aujourd’hui et de militant(e)s, mais,aussi, d’économistes, de démographes, de sociologues, d’historien(ne)s, d’hommes ou de femmes politiques ;  un film qui permettrait aux spectateurs de se familiariser avec le quotidien d’un migrant, fait en grande partie de démarches administratives et d’apprentissage du français ; un film venant contredire la désinformation  que subissent nos compatriotes sur ce sujet particulièrement sensible, en provenance des identitaires et relayée par de trop nombreux médias. Un film qui a nécessité 2 ans d’écriture et de repérage, un an et demi de tournage et un an de montage. Welcome to Europe a été réalisé à deux, Cyril Montana étant leader sur les enquêtes de terrain, les intervenants, le financement et la production alors que Thomas Bornot avait en charge la réalisation, la direction photo, le son et le montage. Lors du tournage, le but était d’arriver à ce que Thomas Bornot ait du recul par rapport à Cyril Montana. C’est ainsi que, n’ayant lui-même jamais rencontré les intervenants avant le tournage et n’ayant pas une connaissance approfondie du langage souvent très technique de l’immigration, il est arrivé à Thomas Bornot d’arrêter le tournage lorsqu’il ne comprenait pas ce qui se disait et de demander à Cyril de formuler des questions plus simples et aux intervenants de se mettre davantage au niveau du grand public.


Un des buts de Cyril Montana étant de vérifier si,  en France, les conditions d’accueil des migrants avaient évolué depuis l’arrivée de son grand-père, il était important que nous soit expliquée la façon dont Josef Montana, ce grand-père, avait été accueilli en 1939. Pour ce faire, la première visite effectuée par Cyril a été celle, à Barcelone, de Xavier Montanyà, un de ses cousins, journaliste et spécialiste du franquisme. Ce que Xavier Montanyà nous apprend en surprendra peut-être beaucoup. En effet, l’accueil fait à Josef a été encore pire que l’accueil fait aux migrants de nos jours : un accueil inhumain dans un camp à Argelès, les républicains espagnols  étant alors considérés comme « une armée de criminels, de délinquants, de bandits », avec, on s’en doute, une orchestration de la part de la presse de droite et d’extrême droite.

Le film va ensuite alterner les rencontres de migrants et de représentants d’ONG dans des lieux tels que l’île de Lesbos, Calais, la station de métro Stalingrad, Briançon, la vallée de la Roya,  Lampedusa et les interventions de spécialistes à des titres divers de l’immigration comme Hippolyte d’Albis, économiste, François Héran, démographe, Delphine Diaz, historienne, Jacques Toubon, homme politique et avocat, Cédric Herrou, agriculteur dans la vallée de la Roya, très actif dans l’aide aux étrangers en situation irrégulière et, à ce titre, souvent condamné pour délit de solidarité, Benoit Hamon, homme politique, directeur de l’association Singa,  une association française ayant pour objet l’intégration des personnes réfugiées et migrantes, François Gémenne, politologue et chercheur, Damien Carême, député européen,  Marion Bouchetel, avocate pour le Legal Center de Lesbos, Yann Manzi, cofondateur de Utopia 56, une association française qui aide les personnes migrantes et réfugiés ou en détresse. Sont également mis en valeur, le travail de l’association des pilotes volontaires, une ONG qui effectue des missions de recherche de réfugiés en danger sur la mer Méditerranée avec leurs deux avions de reconnaissance, et celui de l’ANVITA, l’Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants, des territoires engagés pour un accueil inconditionnel. Par ailleurs, en tant que fil conducteur, le film suit Yadullah, un jeune afghan très intéressé par l’art théâtral, arrivé en Europe dans l’île de Lesbos et à Paris en 2022. Welcome to Europe est un film sincère et très documenté qu’il n’est pas exagéré de qualifier de film d’utilité publique.

 

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