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Critique Express : Yellow letters

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Yellow letters 

Allemagne, France, Turquie : 2025
Titre original : Sarı Zarflar
Réalisation : İlker Çatak
Scénario : İlker Çatak, Ayda Çatak, Enis Köstepen
Interprètes : Özgü Namal, Tansu Biçer, Leyla Smyrna Cabas
Distribution : Haut et Court
Durée :2h08
Genre : Biopic, Drame
Date de sortie : 1er avril 2026

3.5/5

Synopsis : Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la « lettre jaune » qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve.

Dans de nombreux pays du monde, les mondes de la culture et du savoir sont de plus en plus entravés dans leur fonctionnement que ce soit par des dispositions juridiques liberticides ou par des coupes budgétaires plus ou moins drastiques. Autant dire que l’histoire que raconte Yellow letters a, malheureusement, un caractère universel très prononcé, d’autant plus que les résultats d’élections à venir risquent de produire les mêmes effets dans des pays qui, actuellement, ne sont pas encore trop touchés.  C’est son 4ème long métrage, La salle des profs, qui avait donné une notoriété internationale à İlker Çatak, le réalisateur de Yellow letters, né à Berlin dans une famille d’immigrés turcs. Ce film allemand, qui a représenté l’Allemagne lors de l’édition 2024 des Oscars, a comptabilisé près de 250 000 entrées dans notre pays. L’idée de tourner Yellow letters lui étant venue en Turquie, en 2019, lorsqu’il a entendu parler des 2000 artistes qui, dans ce pays, avaient été suspendus et traduits en justice pour diverses raisons, la principale ayant été d’avoir signé une pétition pour la paix, İlker Çatak a longtemps hésité entre un tournage en Turquie et un tournage dans un autre pays. Conscient que la présence d’un autocrate comme Erdogan à la tête de la Turquie ne manquerait pas de poser des problèmes si le tournage se déroulait dans ce pays, il a finalement coupé la poire en deux, le tournant en Allemagne, en langue turque, avec des comédiens et des comédiennes venant d’un peu partout en Europe, y compris de la Turquie, un film dont l’action est censée se dérouler en Turquie. Il s’est même payé le luxe d’annoncer dans son film que Berlin y jouait le rôle d’Ankara, la capitale de la Turquie, et Hambourg le rôle d’Istanbul.

En racontant l’histoire d’un couple, lui, Aziz, dramaturge et professeur à la Faculté d’Ankara, elle, Derya, actrice du théâtre national de grande renommée, İlker Çatak et Ayda Çatak, son épouse et coscénariste, ont ajouté un élément supplémentaire et important au sujet de tous ces obstacles dressés face à la culture, au savoir et la science, d’autant plus que le couple, à Ankara, fait partie d’un groupe d’intellectuels qui ne réagissent pas tous de la même façon face à la situation. Ce choix de scénario permet à İlker Çatak de montrer l’impact que peut avoir la vie politique sur la vie d’un couple et sur celle d’un groupe d’amis et/ou de « résistants ». En fait, presque simultanément, Aziz et Derya vont recevoir cette « lettre jaune » de révocation, lui pour avoir encouragé ses étudiants à manifester, elle pour avoir refusé de se faire photographier avec le gouverneur lors de la première d’une pièce dont elle est la vedette. Cette révocation va les obliger à quitter Ankara pour Istanbul, où ils sont accueillis par la mère d’Aziz en attendant le verdict du procès le procès les concernant et qui doit avoir lieu 7 mois plus tard. Présente avec ses parents, Ezgi, la fille d’Aziz et de Derya est une adolescente qui trouve trop longue une pièce de théâtre d’une durée supérieure à une heure et qui affirme que grâce à Internet, grâce à l’IA, il n’est plus nécessaire d’apprendre plein de choses par cœur. Ce sont donc 3 générations n’ayant pas les mêmes valeurs qui sont réunies dans la maison d’Istanbul. Avec beaucoup de finesse, İlker Çatak explore les difficultés rencontrées par le couple pour s’adapter à sa nouvelle vie, les tensions entre eux deux engendrées par ces difficultés, ainsi que les compromissions plus ou moins importantes qu’il faut accepter pour rebondir. Particulièrement bien servi par l’interprétation de Özgü Namal (Derya) et de Tansu Biçer (Aziz), Yellow letters est une très intelligente réflexion sur les conséquences de l’effondrement de la démocratie dans un pays, un beau film dans lequel l’intime voisine avec le politique. Il n’est pas étonnant que ce film se soit vu attribué l’Ours d’Or, l’équivalent de la Palme d’or cannoise, lors la dernière Berlinade. On notera que c’était la première fois depuis 22 ans que cette récompense était attribuée à un film allemand. La dernière  fois, en 2004, l’Ours d’or avait été attribué à Head-On, réalisé par Fatih Akin, lui aussi turco-allemand !

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