Tout va bien
France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Thomas Ellis
Scénario : Thomas Ellis
Distribution : Jour2fête
Durée : 1h26
Genre : Documentaire
Date de sortie : 7 janvier 2026
3.5/5
Synopsis : Âgé(e)s de 14 à 19 ans, cinq adolescent(e)s ont traversé des déserts et des mers, seul(e)s. Arrivé(e)s à Marseille, cette fille et ces garçons portent en eux l’espoir brûlant d’une nouvelle vie. Elle et ils apprennent un métier, un pays, des habitudes et pour l’un d’eux une langue. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer…

Le rêve est le début de toute réussite
Alors que le cinéma nous a introduit à plusieurs reprises, sous forme de documentaires ou de fictions, dans la vie difficile de migrants adultes ayant réussi à atteindre notre pays et qu’on retrouve le plus souvent dans l’attente d’un titre de séjour leur permettant de quitter une situation précaire de réfugié ou de demandeur d’asile, on peut s’étonner qu’il y en ait beaucoup moins pour s’intéresser au sort des mineurs non accompagnés. Concernant les documentaires, la raison est simple : pour qu’un mineur soit filmé dans un documentaire, il faut l’accord des représentants légaux, en général les parents. Par définition, les parents des mineurs non accompagnées ne sont pas présents sur le territoire et le responsable légal est le tribunal, lequel n’accorde que très exceptionnellement une telle autorisation. Heureusement pour lui, le fait de s’être immergé depuis longtemps dans le milieu de ces mineurs non accompagnés, le fait d’avoir participé activement à des ateliers qui leur étaient destinés ont joué en la faveur de Thomas Ellis et ont amené les autorités judiciaires et l’Aide Sociale à l’Enfance à l’autoriser à tourner ce documentaire racontant l’immigration à hauteur d’enfant qui lui tenait tant à cœur.

Tout va bien s’intéresse à 4 adolescents et une adolescente qui, après un voyage difficile et dangereux, sont arrivé(e)s à Marseille dans le but d’avoir accès à une vie meilleure. Il y a là Aminata qui avait 14 ans quand elle a fui la Guinée, une jeune fille pleine de vie qui n’a pas mis longtemps à se faire des amies et qui poursuit des études pour devenir aide-soignante. En résumé, une jeune fille qui s’est bien intégrée dans notre société. Il y a là Junior, originaire de la Côte d’Ivoire et dont le rêve était de devenir footballeur professionnel. Le réalisateur l’a rencontré pour la première fois en 2019. Il est déterminé et sérieux, mais, concernant son rêve, il a fini par se rendre compte qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. C’est plutôt dans l’hôtellerie qu’il se construira un avenir, même si, bien sûr, il continue à jouer au football, mais dans un club amateur de Marseille. Très pieux, il a été choisi pour lire un texte au nom des migrants lors de la venue du Pape François à Marseille, le 22 septembre 2023. Il y a là Khallil, un jeune algérien de 16 ans, qui est arrivé à Marseille en ne sachant pas parler français. Il va réussir très rapidement à gommer ce handicap, et un métier de chauffagiste lui tend les bras, tout comme lui tend les bras une petite amie française. Il y a là Tidiane et Abdoulaye, 16 ans et 14 ans, 2 frères partis ensemble de Côte d’Ivoire, mais dès leur arrivée à Marseille, ils ont été séparés, les autorités françaises ayant des doutes quant à la qualité de mineur de Tidiane. Depuis, ils se sont retrouvés, Abdoulaye aimerait s’investir dans la menuiserie, Tidiane rêve de devenir chauffeur routier.
Sans misérabilisme, sans chercher à se montrer didactique, Thomas Ellis suit le quotidien de ces 5 protagonistes dans leur nouvelle vie, dans leur passage à l’âge adulte. L’image est très belle, le son est très travaillé, mêlant bruits de la ville et musique enregistrée avec l’orchestre philharmonique de l’Opéra de Marseille, une musique à caractère obsessionnel s’inspirant des musiques orientales. Le montage est très intelligent, passant de la vie d’un protagoniste à l’autre, sans s’attarder trop longtemps à chaque passage sur un personnage, laissant aux spectateurs l’impatience de le retrouver un peu plus tard. Au passage, on assiste à des démarches administratives, aux problèmes posés par les tests osseux censés confirmer ou infirmer qu’un adolescent est bien mineur, à des anniversaires, à un coup de téléphone entre Aminata et sa maman, à la venue du pape François à Marseille, à du travail scolaire, à des moments de détente joyeuse sur une plage de Marseille, à la fête célébrant les 30 ans de la victoire de l’Olympique de Marseille en Coupe d’Europe, le 26 mai 1993. On se prend à croire à la véracité de ce « Tout va bien » que ces adolescents lancent à leur famille lors de leurs conversations téléphoniques.
















