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Critique Express : L’heure de la libération a sonné

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L’heure de la libération a sonné 

Grande-Bretagne, Liban, France : 1974
Titre original :  Saat el Fahrir Dakkat, Barra ya Isti Ma-
Réalisation : Heiny Srour
Distribution : DHR distribution / A Vif Cinemas
Durée : 1h08
Genre : Documentaire
Date de sortie : 6 novembre 1974
Date de reprise : 1er avril 2026

3.5/5

Synopsis : Un film de patrimoine d’une actualité brûlante. En 1965, la province du Dhofar se soulève contre le sultan d’Oman soutenu par les Britanniques. En 1971, Heiny Srour et son équipe traversent 800 km de désert et de montagnes à pied en Zone libre, sous les bombardements de la Royal Air Force, pour atteindre la ligne de front. Elle nous offre le seul document au monde sur une expérience sociale totalement laïque, démocratique et féministe en terre arabe et musulmane. Un témoignage à l’avant-gardisme intact.

Aujourd’hui âgée de 81 ans, Heiny Srour est une réalisatrice issue d’une famille libanaise de confession juive et très impliquée dans la défense des droits des femmes. Il y a un an, grâce à DHR distribution / A Vif Cinemas, nous avions enfin pu voir Leila et les loups, un film qu’elle avait réalisé en 1984, un  film de fiction accueillant quelques images d’archive, ayant pour ambition de visiter d’un point de vue féministe, en opposition à la version coloniale et masculine, l’histoire de la Palestine et du Liban de 1900 à 1980 en s’intéressant plus particulièrement à l’implication des femmes dans les nombreuses luttes enregistrées durant cette période. Cette fois ci, ce même distributeur nous permet de voir ou de revoir, dans une copie restaurée en numérique 2K, son documentaire L’heure de la libération a sonné, tourné sur pellicule 16 mm, premier film d’une réalisatrice du « tiers-monde » à être présenté au Festival de Cannes, celui de 1974, dans la sélection de la Semaine de la Critique. Ce documentaire tourné dans des conditions très difficiles entre 1971 et 1974 est le seul document filmé qui ait été tourné dans l’ex-zone libérée du Dhofar, cette région frontalière avec le Yémen, située au sud du sultanat d’Oman. Au moment où le nom du Détroit d’Ormuz tourne en boucle dans tous les médias, il est forcément intéressant de réviser une partie de l’histoire de cette région en s’intéressant aux combats menés par le Front de Libération du Golf arabe occupé (FPLGAO) entre 1965 et 1976. A l’époque, le sultanat d’Oman jouissait d’une indépendance toute relative, étant placé sous protectorat britannique de 1891 à 1971. Saïd ibn Taïmour, le sultan d’Oman, cherchait à conserver le pouvoir rétrograde qui était le sien, bannissant les écoles, les hôpitaux, ne s’opposant pas aux vendettas, encourageant les divisions tribales.

Dans cette région, c’est une mer de pétrole pour les occupants et la misère pour le peuple. Tant que les intérêts de British Petroleum et de Shell ne sont pas mis en danger, tout va bien pour le gouvernement britannique. En 1965, la lutte armée est déclenchée dans le Dhofar par le Front de Libération du Dhofar, une lutte égalitaire, laïque et féministe à laquelle s’est opposée une « sainte alliance » comprenant la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, La Jordanie d’Hussein de Jordanie et l’Iran du Shah. Ce qu’a pu construire ce Front de Libération en si peu de temps et que nous montre le film, est énorme : alors que les anglais n’avaient construit aucune route en 100 ans d’occupation à l’exception d’une route militaire interdite aux civils, une route est construite avec les moyens du bord, femmes et hommes réuni(e)s, par l’Armée Populaire de Libération. De même sont construit(e)s le premier hôpital, la première citerne, la première école, ainsi qu’une ferme pilote montrant qu’une agriculture vivrière est possible malgré des conditions  climatiques difficiles. Par ailleurs, la sharia est abolie et la discrimination positive envers les femmes est mise en œuvre,  … 30 ans avant l’occident ! En montrant la création artificielle par la Grande-Bretagne de minuscules états chargés de faire rempart à l’exemplarité des expériences menées au Dhofar, le film permet de mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec les Accords d’Abraham qui, d’une certaine façon, enterrent la question palestinienne. Le plus souvent accompagné de chants proches de la psalmodie, L’heure de la libération a sonné est un film d’une grande richesse qui, plus de 50 ans après sa réalisation, reste malheureusement d’une grande actualité. On ne peut lui faire que 2 reproches : aucune explication n’est donnée sur la façon dont les armes arrivaient à l’APL. On peut penser que la proximité géographique avec la République Démocratique Populaire du Yémen apporte la réponse à cette question. Par ailleurs, il aurait été intéressant que, dans le cadre de cette ressortie, des informations, fussent elles brèves, soient données sur ce qui s’est passé après le tournage du film.

 

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