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Critique Express : Urchin

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Urchin 

Grande-Bretagne : 2025
Titre original : –
Réalisation : Harris Dickinson
Scénario : Harris Dickinson
Interprètes : Frank Dillane, Megan Northam, Karyna Khymchuk
Distribution : Ad Vitam
Durée : 1h39
Genre : Drame
Date de sortie : 11 février 2026

3/5

Synopsis : À Londres, Mike vit dans la rue, il va de petits boulots en larcins, jusqu’au jour où il se fait incarcérer. À sa sortie de prison, aidé par les services sociaux, il tente de reprendre sa vie en main en combattant ses vieux démons..

Le mot anglais « Urchin » a 2 significations : il peut s’agir d’un oursin ou bien d’un gamin, plus proche du garnement que de l’enfant modèle. La vision du film ne laisse aucun doute : le titre de Urchin fait référence à Mike, le personnage principal du film, un SDF adulte et toxico qui nous dit avoir été adopté et dont le comportement autodestructeur s’apparente à celui d’un gosse ne réfléchissant jamais avant d’agir, à celui d’un gamin qui se fiche complètement des conséquences de ses actes. Lorsqu’on le rencontre pour la première fois, il est filmé du trottoir d’en face alors qu’il déambule dans les rues de Londres, apostrophant les passants en leur demandant des sous mais aussi s’ils ont entendu parler de Jésus, s’embrouillant avec un autre SDF, brutalisant violemment Simon, un homme travaillant à la City qui s’était montré particulièrement compatissant envers lui, afin de lui voler sa montre. Pour Mike, ce tabassage a une conséquence directe, le passage par la case prison. Un passage qui sera suivi par des possibilités de réinsertion qui lui seront offertes.

Aucun doute : Urchin est un film social. Un film social en provenance de Grande-Bretagne, a priori, on serait tenté de faire le rapprochement avec le cinéma de Ken Loach, sauf qu’il en diffère grandement sur au moins un point, un point très important qui plus est : lorsque Ken Loach s’intéresse de près à un personnage dans une situation sociale difficile, on ne peut que ressentir de l’empathie pour ce personnage, le réalisateur nous montrant clairement que c’est la Société, avec toutes ses injustices, qui est la cause principale de cette situation ; alors que, dans Urchin, au contraire, la Société, au travers de ses services sociaux, offre à Mike, à plusieurs reprises, des possibilités de s’en sortir et c’est lui qui, à chaque fois, par son comportement, parvient à les faire capoter. Sans en arriver à détester Mike, difficile quand même, dans ces conditions de ressentir une profonde empathie pour lui !  A chaque fois, c’est plutôt « il l’a bien cherché » qui domine.

En général, les films qui plaisent le plus au public sont davantage ceux où le ou les personnages principaux, sans forcément avoir un comportement totalement exemplaire, peut ou peuvent être pris en sympathie par les spectateurs. Ce n’est pas le cas d’Urchin mais le film présente d’autres qualités, la principale étant de nous introduire de façon réaliste dans le vécu de marginaux londoniens. On ne manquera pas de remarquer le renversement de stéréotype que propose le film, avec Mike, un blanc, toxico et sans travail, qui, dans un tunnel routier, agresse Simon, un noir travaillant à la City. Un épisode qui permettra d’ailleurs d’assister plus tard à une scène de justice réparatrice. On regrettera par contre une intrusion maladroite de visions à caractère fantastique, de faible ampleur heureusement, dans un film par ailleurs très réaliste. On se demande d’ailleurs si la femme âgée qu’on aperçoit à plusieurs reprises au cours du film fait partie ou non de ces visions à caractère fantastique : version réaliste de cette vision, est-elle la mère adoptive de Mike ou bien, version fantastique,  la figure de la mort ?

Présenté dans la sélection Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, Urchin est le premier long métrage réalisé par un jeune comédien britannique, Harris Dickinson, qu’on a pu voir tenant des premiers rôles dans de nombreux films récents, dont, tout particulièrement, le rôle principal dans Sans filtre de Ruben Östlund, Palme d’or 2022. On le reverra à coup sûr dans quelques mois, métamorphosé en John Lennon dans les 4 films que Sam Mendes va consacrer aux Beatles. Le passage du film dans la sélection Un Certain Regard a permis à Frank Dillane, l’interprète de Mike, d’y glaner le prix du meilleur acteur. Tout aussi remarquable est la prestation de la comédienne franco-britannique Megan Northam, l’interprète d’Andrea, une jeune femme qui a construit sa liberté en choisissant de vivre dans un van et que Mike a rencontrée lors d’une des ses tentatives de réinsertion.

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