L’Eden
France : 2025
Titre original : –
Réalisation : Cheyenne Carron
Scénario : Cheyenne Carron
Interprètes : Johnny Amaro, Dan Kadosh, Sofiane Kaddour
Distribution : Hésiode
Durée : 1h14
Genre : Drame
Date de sortie : 15 avril 2026
3.5/5
Synopsis : Joseph, 30 ans, chrétien de confession, se consacre à sa petite chapelle perdue sur les terres du Moyen-Orient. Régulièrement, il est amené à rencontrer des patrouilles de soldats israéliens et des religieuses dans un couvent. Dans ce contexte géopolitique tendu, il reste à l’écart du conflit et développe des relations amicales avec tous. Au fil du temps Joseph tissera une relation amicale, fraternelle, avec Ruben, soldat Israélien. Jusqu’au jour où leur chemin croisera celui d’un Islamiste gravement blessé…
Pour quiconque ayant une bonne connaissance du cinéma de Cheyenne Carron et de son attirance pour tout ce qui concerne la foi religieuse et la chose militaire, la question n’était pas tant de savoir si, un jour, elle allait réaliser un film sur ce qui se passe au Moyen Orient, cette région du monde où, depuis des années, se déroulent des conflits armés liés en grande partie aux 3 religions abrahamiques, mais plutôt de savoir quand elle allait le faire. Quand elle allait le faire, malgré le caractère particulièrement brûlant d’un tel sujet ! L’Eden, le nouveau film de Cheyenne Carron, son dix-septième long métrage, répond à cette attente. Lorsque, avant d’avoir vu le film, on s’aperçoit qu’il ne va durer que 74 minutes, on se demande quel message la réalisatrice va pouvoir faire passer en si peu de temps et comment elle va s’y prendre. Concernant le message, pas de doute, c’est celui qu’on attendait d’une personnalité comme Cheyenne Carron : un message de paix, de fraternité, de tolérance. Un message dont l’évidence saute aux yeux de tous à l’exception d’une partie importante des populations israéliennes, palestiniennes et libanaises, et, plus particulièrement, des classes dirigeantes de cette région. Un message dont l’évidence saute aux yeux de tous mais dont il était souhaitable qu’il puisse être compris par tous, les pro-israéliens comme les pro-palestiniens, compris aussi bien par le gouvernement de Netanyahou que par le Hamas et les colons juifs en Cisjordanie. Vaste programme !
Cet Eden évoqué par le titre du film, c’est sous la forme d’un conte que Cheyenne Carron nous le présente. Elle n’est pas allée en Palestine pour tourner son film, elle s’est installée dans l’arrière pays varois et on ne saura jamais avec certitude si l’action est censée se dérouler au Liban, en Israël ou en Palestine. Il y a là un chrétien, Joseph, un franco-libanais qui prend soin d’une chapelle plus ou moins en ruine que lui a léguée son père. C’est son Eden, même si, tout autour, règne une situation manifestement conflictuelle avec, presque en permanence, le bruit des armes à feu, avec des mines antipersonnelles que Joseph s’efforce de localiser avec un détecteur de mines, avec de fréquentes visites de l’armée israélienne à la recherche de militants palestiniens considérés par elle comme étant des terroristes. Il arrive fréquemment à Joseph de fréquenter un autre lieu de paix, proche de sa chapelle et qui, manifestement, est en grand danger face à des menaces qui peuvent venir d’un camp comme de l’autre : un monastère tenu par les sœurs Cherinne et Léna. Homme de paix, Joseph s’efforce de vivre en bonne intelligence avec tout cet environnement, entretenant de bons rapports avec Ruben, le chef du petit groupe de soldats israéliens qui vient régulièrement fouiller sa chapelle, tout en se montrant capable de recueillir Ibrahim, un militant palestinien blessé au cours d’un accrochage.
L’Eden est certes un conte, un conte auquel Cheyenne Carron a souhaité donner une conclusion en phase avec le message de paix, de fraternité et de tolérance qu’elle souhaitait faire passer, en phase aussi avec une citation de Victor Hugo sur laquelle le film se termine, mais cela ne l’empêche pas de s’inscrire dans la réalité en fustigeant tout autant les actions meurtrières des militaires israéliens à l’encontre de civils gazaouis et palestiniens que le comportement des colons juifs en Palestine et le massacre du 7 octobre 2023. Quant aux évangélistes américains, dont l’influence sur la politique américaine à l’égard d’Israël est très importante, ils ont droit à l’évocation presque subliminale d’une vérité pas toujours bien connue : leur soutien inconditionnel à la politique israélienne qui peut faire croire à un sentiment pro-juifs prononcé, tient au fait que, pour eux, le Messie reviendra sur terre le jour où tous les juifs seront réunis sur la terre d’Israël, ce qui entrainera … leur conversion au christianisme. Comme quoi, L’Eden qui apparaitra à certains comme un conte naïf et pleins de bons sentiments est en fait un film d’une grande sincérité qui se permet de dire pas mal de vérités en seulement 74 minutes.
Dans la distribution cohabitent des comédiens musulmans, juifs, chrétiens et athées, certains commençant à devenir des habitués du cinéma de Cheyenne Carron, dont Johnny Amaro, l’interprète de Joseph, qui en est à son 4ème film avec la réalisatrice. Comme d’habitude, Cheyenne Carron, qui ne reçoit qu’une aide à la distribution du groupe Canal+ et ne reçoit jamais aucune subvention en provenance du CNC, a dû se débrouiller seule, assurant à la fois le scénario, la mise en scène, la direction d’acteurs, les prises de vue, la production, la régie et le poste d’accessoiriste plateau et s’occupant ensuite de la distribution dans les salles. Tout cela pour un film forcément très personnel, un film qui en plus de l’intérêt du sujet qu’il traite, est visuellement d’une très grande qualité, avec une très belle image en scope et des excellents cadrages.

















