Accueil Blu-ray, DVD, livres Blu-ray Test Blu-ray : La Guerre des Rose

Test Blu-ray : La Guerre des Rose

0
110

La Guerre des Rose

Royaume-Uni, États-Unis : 2025
Titre original : The Roses
Réalisation : Jay Roach
Scénario : Tony McNamara
Acteurs : Benedict Cumberbatch, Olivia Colman, Allison Janney
Éditeur : 20th Century Studios
Durée : 1h45
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 27 août 2025
Date de sortie DVD/BR : 31 décembre 2025

Ivy et Theo forment un couple parfait à qui tout réussit : des carrières couronnées de succès, un mariage épanoui, des enfants formidables… Mais sous les apparences de cette vie idéale, une tempête se prépare… Alors que la carrière de Theo s’écroule et que celle d’Ivy décolle, leurs ressentiments et leur rivalité jusque-là étouffés vont bientôt exploser…

Le film

[3,5/5]

Le retour de La Guerre des Rose en 2025 a quelque chose d’un rituel étrange : comme si Hollywood avait décidé de déterrer un vieux fantôme pour vérifier s’il grogne encore. Le film de Danny DeVito, en 1989, avait cette énergie carnivore et jubilatoire, où Michael Douglas et Kathleen Turner se dévoraient à pleines dents dans un ballet conjugal qui tenait autant du vaudeville que du Grand Guignol. La Guerre des Rose version Jay Roach, lui, avance avec une élégance plus feutrée, comme un chat qui hésite à sauter sur un canapé trop neuf. Et pourtant, malgré cette retenue, le film parvient bon gré mal gré à trouver sa propre voix, quelque part entre la satire sociale, la comédie acide et le drame conjugal sous stéroïdes émotionnels.

Dans cette cuvée 2025 de La Guerre des Rose, Benedict Cumberbatch et Olivia Colman incarnent un couple britannique expatrié en Californie, comme deux oiseaux migrateurs qui auraient raté leur saison. Le film s’amuse à déconstruire les rôles traditionnels : Ivy grimpe les échelons de la gastronomie pendant que Theo s’enfonce dans une carrière d’architecte qui ressemble à un château de sable sous la pluie. Le film utilise cette inversion comme moteur dramatique, mais aussi comme miroir social : la réussite féminine y devient un tremblement de terre intime, un séisme qui fissure les murs du couple. A ce titre, une des grandes habiletés de Jay Roach est de filmer Ivy avec une intensité presque mythologique, comme si la caméra cherchait à capter la force brute d’une femme qui refuse de s’excuser d’exister.

La mise en scène de La Guerre des Rose joue sur les contrastes : la douceur lumineuse de la Californie contre la violence émotionnelle du couple, les intérieurs design contre les cris étouffés, les plans larges apaisants contre les gros plans qui transpirent la haine. Jay Roach filme la maison comme un organisme vivant, un monstre de verre et de bois qui absorbe les rancœurs et les renvoie sous forme de tensions électriques. Chaque pièce de la maison devient un champ de bataille, chaque porte un piège, chaque escalier une menace. Une métaphore improbable surgit alors : la maison ressemble à un utérus en colère, prêt à expulser ses occupants comme des déchets émotionnels. On frôle le grotesque, mais le scénario de Tony McNamara assume cette dimension organique, presque viscérale, et l’utilise pour renforcer son propos sur la décomposition du couple.

Ce qui distingue La Guerre des Rose de son modèle de 1989, c’est son rapport au temps. Là où Danny DeVito filmait la guerre conjugale comme une explosion permanente, Roach préfère la lente combustion, la montée progressive de la rancœur, comme un feu couvant sous les cendres. Le film explore la manière dont les frustrations s’accumulent, se transforment, se cristallisent en obsessions, et montre comment un couple peut se perdre non pas dans la violence immédiate, mais dans les micro blessures, les silences, les regards qui durent une seconde de trop. Et dans ce cadre, l’humour devient alors un révélateur, un outil pour exposer la fragilité des personnages. Ainsi, le film ne cherche pas à imiter le classique de 1989, mais à réinventer la guerre conjugale comme une danse macabre contemporaine. Jay Roach choisit une voie plus baroque, plus excessive, presque opératique. Et même si La Guerre des Rose trébuche parfois, notamment dans ses personnages secondaires trop envahissants, il reste animé d’une sincérité rare : celle d’un film qui croit encore que le chaos amoureux peut être beau, drôle, cruel et profondément humain.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de La Guerre des Rose édité par 20th Century Studios est disponible depuis quelques jours dans un boîtier simple mais élégant, accompagné d’un fourreau qui affiche Benedict Cumberbatch et Olivia Colman dans une pose à mi chemin entre la photo de mariage et l’avis de recherche. L’objet a ce charme discret des éditions qui ne cherchent pas à en faire trop, mais qui savent se tenir sur une étagère sans rougir. Côté image, le transfert surprend agréablement : les contrastes sont nets, les couleurs californiennes respirent la chaleur sèche des villas perchées sur les collines, et les intérieurs design profitent d’une précision qui met en valeur chaque texture, chaque reflet, chaque fissure symbolique dans la maison du couple. Les scènes nocturnes, souvent éclairées par des sources diffuses, restent parfaitement lisibles, sans bruit excessif ni aplats disgracieux. La photographie, qui joue beaucoup sur les oppositions entre douceur lumineuse et tension émotionnelle, trouve dans ce Blu ray un écrin qui respecte pleinement les intentions du chef opérateur Florian Hoffmeister. Côté son, le film nous est proposé dans une VO en DTS HD Master Audio 5.1 qui se montre ample, précise, et surtout très attentive aux nuances de jeu des deux acteurs principaux. Les disputes, les silences, les respirations lourdes… Tout circule avec une clarté presque clinique, comme si la bande son cherchait à disséquer le couple autant que le scénario. Les ambiances de la maison, les bruits de pas, les objets déplacés avec une agressivité passive agressive, tout est restitué avec une finesse qui renforce la tension dramatique. La VF en Dolby Digital 5.1, en revanche, souffre d’un doublage plus faible : intonations étranges, décalages émotionnels, voix qui semblent parfois sortir d’un sitcom des années 90. Techniquement, la piste reste propre et correctement spatialisée, mais La Guerre des Rose perd une partie de son venin dans cette version française qui ne parvient jamais à égaler la précision toxique de la VO.

Côté suppléments, le Blu-ray de La Guerre des Rose fait dans le modeste. On commencera avec un sujet dédié à la conception de la maison (7 minutes), véritable personnage du film. On y reviendra sur la manière dont l’architecture, les matériaux et la disposition des pièces ont été pensés pour refléter l’évolution du couple, transformant la maison en champ de bataille émotionnel. On continuera ensuite avec un bêtisier (2 minutes), révélant un tournage étonnamment joyeux pour un film qui parle de haine domestique. Le sujet consacré aux coulisses du film (2 minutes) ressemble davantage à une bande-annonce déguisée, survolant les enjeux sans jamais entrer dans le détail, mais ayant au moins le mérite de montrer l’énergie du plateau. Enfin, le module intitulé « Hilarant » (1 minute) propose un dernier éclat de légèreté, presque un appendice au bêtisier, où les acteurs semblent s’amuser à désamorcer la noirceur du récit.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici