Les dimanches
Espagne : 2025
Titre original : Los Domingos
Réalisation : Alauda Ruíz de Azúa
Scénario : Alauda Ruíz de Azúa
Interprètes : Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz, Juan Minujin
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h58
Genre : Drame, Famille
Date de sortie : 11 février 2026
3.5/5
Synopsis : Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s’apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, pour Maite, la tante d’Ainara, cette vocation inattendue est la manifestation d’un mal plus profond …
Si le dimanche est un jour particulier dans la législation du travail dans de nombreux pays, c’est parce que ce jour est un jour particulier dans les religions bibliques et, en particulier, dans la religion catholique. Le mot dimanche vient d’ailleurs de l’expression latine « dies Dominicus », jour du seigneur. Comme ce jour est pour beaucoup un jour de repos, il est, ou, du moins, il était très fréquent de voir les familles se réunir pour partager le repas dominical. C’est ce qui se passe régulièrement dans la famille de Ainara, une jeune fille de 17 ans de la région de Bilbao, au Pays Basque espagnol. C’est chez sa grand-mère paternelle que se déroulent ces repas du dimanche et l’annonce faite un jour par Ainara va alimenter les conversations tenues dans ces réunions familiales : alors que la famille de cette jeune fille qui fréquente un lycée religieux et qui s’apprête à passer le bac la voyait bien poursuivre ses études à l’Université, elle vient de demander à Iñaki, son père, l’autorisation de participer à une période d’intégration dans un couvent. En clair, Ainara souhaite aller passer du temps auprès de religieuses cloîtrées afin de confirmer son désir de devenir religieuse. Très vite va se poser dans la famille la question de savoir s’il s’agit d’un choix de vie dicté par une foi sincère ou d’un choix provoqué par une manipulation sournoise.
Voilà un sujet de film qui n’a pas souvent été traité au cinéma ! C’est l’histoire d’une jeune fille de 18 ans de sa connaissance qui voulait entrer dans les ordres qu’on lui a racontée alors qu’elle-même une vingtaine d’années et qui l’a accompagnée pendant de nombreuses années qui a conduit la réalisatrice basque Alauda Ruiz de Azúa à réaliser Les dimanches, son 2ème long métrage de cinéma, un film qui a été récompensé de la Coquille d’Or au dernier Festival de San Sebastian, en septembre dernier. Elle-même non croyante et élevée dans la laïcité, la réalisatrice avait beaucoup de mal à comprendre comment une jeune fille sortant à peine de l’adolescence pouvait envisager d’abandonner ses études, les sorties entre ami(e)s, les premières relations amoureuses, en clair, tous les plaisirs que procure la jeunesse, pour aller s’enfermer dans un couvent avec la prière comme seul horizon. Toutefois, désireuse de faire un film qui soit le plus objectif possible, Alauda Ruiz de Azúa est allée, à l’instar d’une documentaliste, à la rencontre de nombreuses jeunes filles dans des phases différentes de leurs vies de religieuses, période d’intégration dans un couvent, postulat, noviciat, vœux temporaires, et d’autres, enfin, qui étaient ressorties du couvent.
Dans son film, la réalisatrice nous confronte aux aspirations de Ainara, des aspirations qui ont toutes les couleurs d’une grande sincérité, et à 3 personnes de son entourage qui vont se livrer à une bataille d’influence auprès d’elle. Pas de maman, parmi ces 3 personnes : Ainara est orpheline de mère. Par contre, elle a une tante, Maite, une femme intelligente, à la forte personnalité et … athée. A ce titre, elle est a priori opposée à ce choix de vie exprimé par sa nièce tout en cherchant à comprendre pourquoi Ainara en est arrivée à le faire et en tenant absolument à se montrer tolérante. De la part de Iñaki, le père, il n’y a pas grand chose à attendre : on sent très vite que c’est un homme assez lâche, plus intéressé par le restaurant dont il est propriétaire que par l’avenir de sa fille. Alors oui, pourquoi ne pas l’autoriser à participer à cette période d’intégration dans un couvent ? Et puis, il y a la mère supérieure, qui, bien sûr, se féliciterait de compter une jeune religieuse de plus dans son couvent.
A la vision du film, on comprend vite duquel de ces 3 personnages la réalisatrice est la plus proche : de Maite, bien sûr, y compris dans son désir de se montrer tolérante. Selon son rapport avec la religion, il est probable que tout le monde n’aura pas le même point de vue sur sa réussite en la matière, d’aucuns en arrivant probablement à regretter que le film de Alauda Ruiz de Azúa ne se prononce pas plus clairement sur ce qui a entrainé ce choix de vie d’Ainara, foi sincère ou discrète manipulation, et sur certaines dérives à caractère sectaire du monde des couvents que le film ne ferait qu’effleurer, alors que d’autres regretteront au contraire que Maite finisse par craquer et abandonne la tolérance qu’elle recherchait en se lançant dans une diatribe très féroce, parlant du couvent comme d’une secte, traitant les religieuses de folles et/ou de frustrées. On se demande quelle interprétation il faut donner au choix de faire interpréter par une chorale de jeunes filles et de jeunes gens « Into my arms », magnifique chanson de Nick Cave dans laquelle l’auteur commence par affirmer qu’il ne croit pas en un dieu « interventionniste » puis qu’il ne croit pas aux anges, mais que, s’il y croyait, il ne se priverait pas de leur demander quelques traitements de faveur. Dans un casting de très grande qualité, on remarque tout particulièrement Patricia Lopez Arnaiz, l’interprète de Maite, qu’on avait déjà appréciée il y a 2 ans dans 20 000 espèces d’abeilles et la première prestation devant une caméra de Blanca Saora, l’interprète de Ainara.















