
Titre original : Pinocchio unstrung
Réalisateur et scénariste : Rhys Frake-Waterfield
Casting principal : Richard Brake, Robert Englund, Peter DeSouza-Feighoney
Genre : Fantastique, Horreur Date de sortie DVD/BR/4K : 6 octobre 2026
Durée : 1h22
Pays : États-Unis, Royaume-Uni (2026)
Éditeur : Arcadès Éditions
Gepetto offre à son petit-fils James une marionnette de bois mystérieusement vivante. Poussé par un Criquet inquiétant, Pinocchio se lance dans une croisade violente pour devenir un vrai petit garçon, morceau par morceau. Une véritable frénésie meurtrière…
Le film
[3,5/5]
Le Twisted Chilhood Universe, l’univers horrifique qui transforme les personnages de contes pour enfants en créatures de films d’horreur, a été lancé par lancé par Rhys Frake-Waterfield en 2023. Si les trois premiers films de cet univers cinématographique partagé n’avaient pas franchement su titiller l’intérêt des amateurs de fantastique de façon très concluante, la découverte de Bambi – La Vengeance il y a quelques mois avait laissé poindre quelques qualités. Cinquième film s’inscrivant dans le TCU, Pinocchio déchaîné s’avère ENFIN une belle réussite de film d’horreur bien déviant, avec suffisamment de sang dans les veines et les corps caverneux pour faire basculer la franchise dans une autre catégorie. Pas celle du grand cinéma, évidemment, mais celle, autrement plus sympathique, de la bonne série B gore qui connaît ses limites et décide de s’amuser avec. Plutôt bien écrit, correctement réalisé, généreux dans les effets spéciaux et surtout délicieusement dégueulasse quand il s’agit de faire passer les personnages à la moulinette du pantin meurtrier, Pinocchio déchaîné ressemble surtout à la première véritable preuve que le Twisted Childhood Universe peut devenir autre chose qu’une collection de mauvaises idées exécutées à la va-vite.
Pinocchio déchaîné part ainsi d’une idée aussi simple que tordue : transformer le célèbre récit initiatique de Carlo Collodi en histoire de deuil, de solitude et de violence. James vient de perdre son meilleur ami et son grand-père Geppetto fabrique Pinocchio pour lui offrir une présence capable de combler ce vide. Sauf que le pantin apprend l’humanité en observant les humains, ce qui constitue probablement la pire méthode pédagogique depuis l’invention du contrôle parental désactivé. Le film trouve alors son idée la plus intéressante : Pinocchio veut devenir un véritable petit garçon, mais comprend progressivement l’humanité par ses manifestations les plus brutales. Il collecte les morceaux nécessaires à sa transformation tandis que sa conception de l’amitié devient de plus en plus monstrueuse. Pinocchio déchaîné inverse ainsi la morale traditionnelle : le pantin devient physiquement plus humain à mesure qu’il s’éloigne de ce qui définit l’humanité. Le nez qui grandit lorsqu’il ment devient une arme, le corps devient une réserve de pièces détachées et l’amitié se transforme en justification absolue de la violence. C’est presque du Freud avec des échardes et des copeaux de bois.
C’est aussi là que Pinocchio déchaîné gagne ses galons de série B. Rhys Frake-Waterfield ne cherche pas à cacher la nature artisanale de son entreprise et, paradoxalement, c’est précisément ce qui lui donne du charme. La marionnette animatronique est une vraie réussite, avec ses mouvements mécaniques, son visage inquiétant et cette présence physique qui permet aux scènes de meurtre de posséder une matérialité bienvenue. Les effets gore suivent la même logique : le sang gicle, les corps se déchirent, les morceaux de chair changent de propriétaire et le célèbre nez devient enfin utile à autre chose qu’à mesurer la mauvaise foi. Certaines incrustations numériques sont moins convaincantes, quelques effets accusent clairement le budget et le scénario n’évite pas toutes les facilités, mais Pinocchio déchaîné préfère largement bricoler quelque chose de concret plutôt que de transformer son petit monstre en simple créature numérique. Le tout est également porté par une photo assez sublime – une constante dans le TCU – et le résultat évoque parfois le cinéma de poupées meurtrières façon Puppet Master, avec une grosse pincée de gore, tout en conservant cette étrange poésie du bois, des câbles et des mécanismes qui donne au personnage une personnalité presque physique.
Et puis il y a Richard Brake. Richard Brake, cet homme capable d’entrer dans une pièce avec la discrétion d’un éléphant en colère et d’en ressortir avec le prix Nobel officieux du malaise. Rien que sa présence donne au film une ossature que les précédents épisodes n’avaient jamais réussi à trouver. Véritable colonne vertébrale du film, l’acteur apporte à Gepetto une gravité bienvenue à un récit qui aurait très facilement pu sombrer dans le simple concours de tripes. Son personnage est à la fois inquiétant, fragile et profondément marqué par le deuil, ce qui permet à Pinocchio déchaîné de gagner une petite profondeur émotionnelle là où personne ne l’attendait vraiment. Robert Englund, de son côté, apporte sa voix et son expérience du cinéma horrifique à Cricket, créature beaucoup plus sinistre que le sympathique Jiminy Cricket que la mémoire collective avait rangé quelque part entre les chansons Disney et les bonnes intentions. Bref, s’il ne s’agit certainement pas d’un classique immédiat de l’horreur, Pinocchio déchaîné constitue néanmoins un sacré progrès pour le TCU : drôle, cruel, souvent inventif et surtout capable de comprendre qu’un bon film de série B n’a pas besoin de demander pardon d’être une bonne série B. Pour une fois, les ficelles sont visibles. Et c’est justement ce qui fait tout le charme de ce drôle de pantin.
Le Blu-ray 4K Ultra HD
[4/5]
Pour l’arrivée de Pinocchio déchaîné au format Blu-ray 4K Ultra HD, Arcadès Éditions nous propose une présentation plutôt classique. Le film est ainsi proposé sans HDR, ce qui limite forcément l’impact de la galette Katka : inutile d’attendre une révolution visuelle ou une démonstration technologique façon blockbuster à 200 millions de dollars. En revanche, le gain de définition permet de mieux profiter du travail particulièrement soigné effectué autour de la marionnette de Pinocchio, des textures du bois, des maquillages et des effets gore. Et sur un film où les effets pratiques occupent une place aussi importante, ce n’est évidemment pas anodin. L’absence de HDR prive les noirs et les écarts lumineux d’un supplément de profondeur, mais l’image reste suffisamment précise pour mettre en valeur les décors, les visages et surtout cette formidable créature animatronique qui constitue l’une des grandes réussites techniques de Pinocchio déchaîné. Côté son, VF et VO bénéficient toutes deux d’un mixage DTS-HD Master Audio 5.1, ce qui permet à Arcadès Éditions de nous proposer une expérience parfaitement équilibrée entre les deux versions. La version française possède une belle présence et une bonne dynamique, tandis que la version originale offre naturellement les inflexions originales de Richard Brake et Robert Englund. Les amateurs de gore pourront notamment profiter des petits bruits charmants de chair qui se déchire, de bois qui craque et de choses que la décence interdit normalement de faire subir à une poupée.
Du côté des suppléments, Pinocchio déchaîné propose quatre modules très courts mais plutôt sympathiques. On commencera avec une scène coupée (1 minute), qui présente un meurtre supplémentaire, et on continuera avec un module sur la création de Pinocchio (8 minutes), qui revient de manière assez détaillée sur la fabrication du pantin, d’abord conçu en polystyrène avant d’être finalement réalisé en bois flotté. L’occasion de découvrir les différentes étapes de conception, mais également toutes les difficultés liées à l’animation du personnage : câbles dissimulés à l’intérieur, mécanismes permettant les mouvements et nombreuses contraintes de manipulation. Ce supplément permet surtout de comprendre que le Pinocchio visible à l’écran n’est pas simplement le résultat d’un ordinateur et de quelques effets numériques ajoutés en postproduction : il existe réellement, possède une structure, un poids, des articulations et toute une petite mécanique interne qui explique en partie son étonnante présence à l’image. On continuera avec la création de Cricket (3 minutes), qui s’intéresse cette fois aux effets visuels utilisés pour donner vie à l’un des autres personnages du film. Plus court, ce module complète intelligemment le précédent en montrant une approche différente de la fabrication d’une créature destinée à évoluer dans le même univers. On terminera enfin avec un entretien avec Pinocchio (6 minutes), bonus volontairement décalé dans lequel le pantin s’amuse à tourner en dérision le réalisateur, les comédiens et même le scénario, avec notamment cette remarque savoureuse sur le papier et la préservation des arbres.






















