Rak
France : 1972
Titre original : –
Réalisation : Charles Belmont
Scénario : Charles Belmont
Interprètes : Sami Frey, Lila Kedrova, Anne Deleuze
Distribution : Doriane Films
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de première sortie : 7 avril 1972
Date de ressortie : 4 février 2026
4/5
Synopsis : David, la trentaine, entretient d’excellents rapports avec sa mère, veuve d’origine lettone. Quand il apprend qu’elle souffre d’un cancer incurable, il la prend en charge avec un pieux mensonge et organise des soins à la maison. Peu à peu, David ne peut plus ignorer le malentendu qui fonde leurs rapports. Face à une médecine inhumaine, il refuse la comédie du mensonge et choisit de lui dire la vérité. Il offre ainsi à sa mère une chance de lutter de façon combative et digne.
Après être entré dans la carrière cinématographique en tant qu’acteur dans des films de Claude Chabrol, Jean-Pierre Mocky, Marc Allégret, Nanni Loy et Henri Decoin, Charles Belmont, né en 1936, s’est très vite tourné vers la réalisation, en commençant en 1965 par l’adaptation dans un court métrage de Un fratricide, une nouvelle de Franz Kafka. De 1968 à 2011, date de son décès, Charles Belmont a réalisé 7 longs métrages : 4 films de fiction et 3 documentaires. Des films dont la plupart présentent un intérêt historique et/ou sociologique majeur dans la mesure où le regard qu’on peut porter sur eux aujourd’hui permet de prendre conscience de ce qui a changé en plusieurs dizaines d’années dans un certain nombre de sujets de société : les rapports entre médecins et patients, sujet de Rak, l’avortement, sujet de Histoires d’A, le rapport au travail, sujet de Pour Clémence, le monde de l’adolescence, sujet de Qui de nous deux. Marielle Issartel qui fut tout à la fois la compagne de Charles Belmont, la coréalisatrice de Histoire d’A, la coscénariste de Pour Clémence et la monteuse de tous ses films depuis Rak (6 longs métrages sur 7), a entrepris de ramener à la lumière, en version restaurée, tous les films du réalisateur, que ce soit par des sorties en DVD ou en leur offrant une nouvelle sortie en salles. Mercredi 4 février, journée mondiale contre le cancer, c’est le film Rak, cancer en russe, sorti en 1972, présenté dans une magnifique restauration en 4k, qui bénéficie d’une nouvelle sortie en salles, accompagnée, le même jour à 20 h 50, d’une diffusion sur Cine+ Classic.
Rak est à la fois un film très personnel et un film très universel, un film qui, d’un côté, laisse une très grande place à l’émotion et qui, de l’autre, fait le constat amer du rôle de la médecine et de celui des médecins dans la France du début des années 70. En fait, Charles Belmont a ressenti le besoin de tourner ce mélange de cri d’amour et de cri de douleur et de révolte qu’est Rak lorsqu’un cancer a emporté sa mère en l’espace de 2 mois, alors que lui-même subissait le contre-coup de l’échec d’une comédie musicale qui n’avait pas pu se concrétiser. Avant l’arrivée de cette maladie chez la mère de David, il y avait sans doute de l’amour entre ce dernier et sa mère, mais de l’amour à bas bruit, sans grandes effusions, avec une mère qui n’avait jamais rien réclamé à son fils. Lorsque la maladie arrive, la mère continue de ne rien demander et, dans un premier temps, David, ne voit pas, face au comportement des médecins, ce que lui-même pourrait donner à sa mère. Lorsque sa mère est autorisée par le corps médical à rejoindre son domicile, il engage une infirmière pour s’occuper d’elle au quotidien. Ce n’est que lorsqu’il prend la décision de dire la vérité à sa mère sur son cancer que celle-ci va apparaitre comme s’ouvrant à la vie et que la relation qui la lie à son fils va devenir beaucoup plus fusionnelle, pleine de tendresse et de douceur. Il était arrivé à se persuader que les côtés positifs de la vérité allaient être plus importants que les éventuels côtés négatifs, les faits lui ont donné raison ! Un film très universel car il nous parle sans fard des relations entre médecins et patients, en France, au début des années 70 : un corps médical autoritaire fait de « sachants » loin de tout savoir mais ne souhaitant surtout pas partager ce qu’ils savent avec leurs patients, cachant la réalité de leur maladie à celles et ceux qui en souffrent, avec en son sein des « pontes » caricaturaux et traités comme tel dans le film, faisant leur visite quotidienne des lits de leur service, suivis par une horde d’adjoints et d’internes et sans montrer la moindre empathie envers les personnes hospitalisées. Dans une séquence intervenant comme un aparté, Charles Belmont évoque aussi certaines dérives de la médecine du travail et, surtout, introduit vers la fin du film, sous la forme d’un simulacre d’interview de David menée par Cécile, son épouse, une extraordinaire séquence de réflexion de 6 minutes sur ce qu’est la médecine comparée à ce qu’elle devrait être, « une médecine qui rafistole les gens juste assez pour les maintenir en état de produire et de consommer », sur une comparaison entre les méthodes médicales pratiquées en occident, axées principalement sur le curatif, ce qui permet au corps médical de rester en position de force, et celles pratiquées dans d’autre pays, mettant beaucoup plus en avant le préventif.
Un peu plus de 50 ans plus tard, force est de reconnaître que, si la situation actuelle est loin d’être toujours parfaite, des progrès notables ont quand même été enregistrés, dire la vérité à un malade étant de plus en plus considéré comme un comportement normal, admettre le caractère psychosomatique de certaines maladies n’étant plus systématiquement rejeté par l’ensemble du corps médical. Tous les sujets abordés dans Rak en font un film qui a « très bien vieilli », jugement qui se trouve renforcé par sa mise en scène, très inventive, qui, avec en particulier ces séquences de réflexion qui interrompent le cours du récit, aurait tout à fait sa place dans le cinéma d’aujourd’hui. Quid du jeu des interprètes, un domaine qui ne cesse d’évoluer depuis que le cinéma existe ? Sans qu’il faille y voir un quelconque jugement de valeur, on retrouve dans Rak ce qu’on avait déjà observé dans Pour Clémence, entre le jeu très daté de Jean Crubelier et celui d’Eva Darlan, qui aurait tout à fait sa place dans le cinéma d’aujourd’hui : un jeu quelque peu daté de la part de Sami Frey, ami de longue date de Charles Belmont, déjà présent dans L’écume des jours et qui est ici l’interprète de David, un jeu plus intemporel de la part de Lila Kedrova, bouleversante dans son interprétation de la mère de David, ainsi que de la part de Anne Deleuze, l’interprète de Cécile, dont la qualité de jeu nous fait on regretter que sa carrière cinématographique n’ait pas été plus étoffée. Ce qui se passe dans ces 2 films concernant les acteurs et les actrices n’est quand même pas suffisant pour affirmer que le jeu de ces dernières a moins tendance à vieillir que celui des acteurs ! Dans des seconds rôles, on reconnait Maurice Garrel et Philippe Léotard, 2 comédiens importants du cinéma français de la fin du 20ème siècle. La musique de ses films a toujours beaucoup retenue l’attention de Charles Belmont. Pour celle de Rak, il a, comme pour L’écume des jours, fait appel à André Hodeir. Ce musicien qui avait un pied dans le classique et un pied dans le jazz, lui a fait cadeau d’une magnifique partition de musique ce chambre dont on pourrait penser qu’elle a été composée par un contemporain de Mozart et de Haydn. Le genre de musique dont on peut être certain qu’elle ne peut que « bien vieillir ». 
















