Blu-ray DVD — 19 septembre 2019
Test Blu-ray : Hellboy

 
États-Unis, Royaume-Uni : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 2h02
Genre : Fantastique, Action
Date de sortie cinéma : 8 mai 2019
Date de sortie DVD/BR : 9 septembre 2019

 

Voici le retour de Hellboy, le super héros à la peau rouge et aux cornes coupées, tout droit venu de l’Enfer. Au sein d’une unité secrète, il lutte aux côtés des humains pour préserver l’équilibre de l’univers. Mille ans après sa défaite contre le Roi Arthur, Nimue, la Reine de Sang, revient alors d’entre les morts et lève une armée de démons pour plonger le monde dans les ténèbres. Hellboy et son équipe de choc s’engagent dans un combat de titans pour notre survie…

 


 

Le film

[4/5]

Par sa nature d’adaptation de comic book et de « reboot », ce nouveau Hellboy a naturellement doublement déchaîné les passions sur les réseaux sociaux, et ce depuis l’annonce de sa mise en chantier. La foire aux trolls a rapidement commencé, et ne s’est jamais réellement tarie, chaque post sur chaque forum laissant libre cours à des déversements insensés de fiel, d’appels au boycott, de noms d’oiseaux à destination de Neil Marshall, mais également de David Harbour, de ou même de . C’est d’ailleurs l’auteur du comics d’origine qui est à l’origine des premiers conflits, depuis qu’il a annoncé sur son compte Facebook, en mai 2017, qu’un reboot était en développement, qu’il serait classé « R » et réalisé par Neil Marshall. Bien sûr, les choses ont empiré avec la sortie du film dans les salles, donnant à Facebook des allures de « Royal Rumble », où tout le monde venait au fight sans jamais ou presque parler du film.

Les premiers à entrer sur le ring étaient les fans de la bande dessinée, et de l’univers créé et développé depuis 25 ans par Mignola dans ses comics. Ce sont les ayatollahs du Comic-Con : ils s’étaient déjà sentis trahis par les deux films de Del Toro, et qui ne se retrouvent pas non plus dans le film de Marshall. Ils s’imposent comme les dépositaires de l’esprit de la BD, et affirment mieux « comprendre » le personnage et les enjeux de la série de comics que quiconque – que l’auteur lui-même sans doute, puisque ce dernier déclarait au moment de la préparation du film :

« Dès le premier jour, le film a choisi de prendre une direction horrifique plutôt que fantastique à la manière de Del Toro. Quand Neil est arrivé, on a décidé de faire un film R pour qu’il n’ait pas les mains liées, qu’il puisse faire quelque chose d’aussi sombre et dur qu’il le souhaiterait. J’étais un de ses fans, et quand il est monté à bord du projet, je savais que ça allait être génial : on pourrait vraiment faire un film d’action horrifique. »

En allant un peu plus loin, on pourra affirmer que toute « adaptation » est, à sa manière, une « trahison ». Certaines adaptations n’ont pas peur de changer le champ lexical de l’œuvre originale en y apportant une touche de folie, souvent inattendue. C’est d’autant plus vrai dans le cas des personnages de comics, qui trouvent régulièrement un nouveau souffle à travers leur « appropriation » par de nouveaux auteurs. Bien sûr, ce n’est plus tout à fait la même chose, les puristes sont parfois circonspects, voire franchement mécontents, mais trahison ou pas, le fait est que l’on est en présence d’œuvres uniques, à l’identité forte, et qui ont le mérite de marquer durablement les mémoires. C’est le romancier / réalisateur britannique Clive Barker qui, à la sortie de Hellraiser II : Les écorchés, résumait le mieux l’esprit d’une bonne adaptation :

« Voici un phénomène extraordinaire : dès que l’on crée une histoire ou une image qui trouve la faveur du public, on la perd. Elle vous quitte, la petite salope ; elle devient la propriété des fans. Ce sont eux qui élaborent leur propre mythologie autour d’elle ; eux qui conçoivent des suites et des prologues ; eux qui vous signalent les points faibles de votre récit. Il n’existe pas de plus beau compliment à mes yeux. (…) Après Hellraiser : Le pacte est venu Hellraiser II : Les écorchés, dans lequel le scénariste Peter Atkins et le réalisateur Tony Randel ont tissé leur propre suite à partir du premier épisode. Ce n’était pas le film que j’aurais tourné, mais il était extrêmement intéressant de voir comment d’autres esprits et d’autres talents traitaient ces idées ; comment ils exploraient des prolongements que je n’avais même pas envisagés lorsque j’avais pris la plume. (…) Mais j’en suis néanmoins très fier. Pas seulement parce que des créateurs aussi doués ont été suffisamment séduits par les concepts de Hellraiser pour prolonger son univers fictif avec leurs propres récits, mais parce que – voyez ! – ce salaud de petit film que j’ai tourné a désormais sa propre vie. »

De fait, le concept même de l’adaptation sous-entend une espèce de trahison à l’œuvre originale, et pour aller dans le sens de Barker, on pourra sans peine affirmer qu’Hellboy a également aujourd’hui sa propre vie, chaque nouveau cinéaste tirant ce qui l’intéresse du personnage et de son univers. Mignola, Del Toro, Marshall, chacun « sa » vision.

 

 

Sur le ring de ce « Royal Rumble » spécial Hellboy se sont ensuite succédés les pro- et les anti-Guillermo Del Toro, les uns criant au cinéaste de génie et boycottant cette nouvelle incursion dans le monde créé par Mike Mignola, les autres arguant bien sûr que le mexicain est un cinéaste surestimé doublé d’un prétentieux se prenant un peu trop pour un auteur. Astucieux, Neil Marshall s’amuse quant à lui de ce passage de relai, en mettant en scène dès l’ouverture de son film un combat de Lucha Libre, avec un Hellboy faisant mordre la poussière à un catcheur mexicain – le symbole est clair : on en a fini avec le mexicain, allons-nous saouler à la tequila et passons à autre-chose… Et comme s’il n’y avait pas encore assez de monde sur le ring de cette Battle royale d’un nouveau genre, quelques voix supplémentaires sont venues s’ajouter à la cacophonie de l’ensemble, balançant des piques sur le casting en général, en s’en prenant à David Harbour (pas aussi bon que Ron Perlman, tout ça) ou à Milla Jovovich (égale à elle-même, tout ça).

Et enfin, à l’image de Neil Marshall qui restait dans son coin avec un seau de pop-corn à se marrer en regardant les autres se foutre sur la gueule, il y a les voix dissonantes, loin d’être majoritaires cependant (le film a obtenu la note de 17% sur l’agrégateur de critiques Rotten Tomatoes), celles qui aiment le cinéma de Neil Marshall et reconnaissent dans ce Hellboy foutraque et bourrin la patte du réalisateur de Doomsday, chef d’œuvre absolu de la carrière du cinéaste anglais. Complètement barré et bordélique, extrêmement grossier, cette grosse série B remplie de testostérone s’avère un véritable plaisir, une bande déviante et rock n’ roll qui ne lésine pas sur les effets gore – parfois vraiment dégueu, toujours réjouissants – ni sur un esprit frondeur de sale gosse faisant des doigts d’honneur à tous les passants. Comme Doomsday avant lui, ce Hellboy mange à tous les râteliers et ne perd pas de temps en tergiversations inutiles : les scènes d’action s’enchainent rapidement, parfois bâclées, donnant même à l’occasion l’impression d’être à moitié finies, mais le rythme est trépidant, les idées folles et l’ensemble vraiment attachant. Pile poil ce que l’on était en droit d’attendre de Neil Marshall en somme !

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

C’est Metropolitan Vidéo qui édite aujourd’hui le Blu-ray de Hellboy, et comme à son habitude, l’éditeur nous livre une galette techniquement soignée. Le master est littéralement superbe, affichant un piqué d’une précision absolue. Les couleurs montrent une belle pêche, les noirs sont solides et profonds : c’est du très beau boulot, rendant pleinement honneur au travail sur la photo essentiellement nocturne de Lorenzo Senatore, adaptée à un tournage en numérique avec la caméra Arri Alexa SXT. Côté son, Metro fait également très fort puisque le film bénéficie de deux pistes époustouflantes : on privilégiera bien sûr la VO mixée en Dolby Atmos, d’un dynamisme échevelé, surtout sur les scènes d’action naturellement : quand la violence commence à se déchainer, tous les canaux y vont de leur puissance et le caisson de basses sollicité à intervalles très réguliers. Le film étant déjà très impressionnant, ce mixage ajoute encore à l’ambiance et participe pleinement à l’immersion du spectateur au cœur du film. Mais la VF n’a pas à rougir de sa prestation : proposée en DTS-HD Master Audio 7.1, elle impose également un solide dynamisme, dont le spectateur profitera de façon optimale durant les scènes en extérieur, qui proposent de multiples détails sonores parfaitement rendus et spatialisés.

Côté suppléments, on se régalera tout d’abord d’un long making of, divisé en 3 parties pour une durée totale d’1h10 environ. Les intervenants – l’équipe du film, les acteurs mais également Mike Mignola, qui semble décidément très impliqué et enthousiaste vis-à-vis du film de Neil Marshall – reviendront en profondeur sur énormément de détails liés à la production, aux maquillages et aux effets spéciaux. On y insistera également beaucoup sur la notion de « reboot » et sur ce que cela implique en termes d’écriture, mais également de pression par rapport au public. On continuera ensuite avec 8 minutes de scènes coupées, pour terminer avec une série de séquences présentées en « prévisualisation », c’est-à-dire de storyboards animés par ordinateur qui vous permettront de découvrir les prémices de certaines séquences du film. On terminera enfin avec les traditionnelles bandes-annonces éditeur, dont celle de Captive State placée en avant-programme.

On notera également que le Blu-ray de Hellboy édité par Metropolitan Vidéo est présenté dans un superbe Steelbook aux couleurs du film.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles