Critique : Le Magnifique

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France, Italie, 1973
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : , Vittorio Caprioli et Jean-Paul Rappeneau
Acteurs : , , Vittorio Caprioli
Distribution : CCFC
Durée : 1h34
Genre : Comédie
Date de sortie : Novembre 1973

Note : 3,5/5

L’absurdité outrancière ne connaît pas de limite dans cette comédie jubilatoire de . Or, la facétie y va sensiblement plus loin qu’une relecture inspirée de l’univers d’OSS 117, qui avait dominé le film d’espions à la française pendant les années 1960. entreprend une vertigineuse mise en abîme de l’essence même de la fiction, ainsi que des désirs et des pulsions que les auteurs y insufflent. Mais ce qui en fait avant tout un divertissement extraordinaire, c’est la jouissance qu’en tire le spectateur, jamais sûr de rien et constamment aux aguets d’une nouvelle symbiose fulminante entre le monde léché de Bob Saint-Clair et les déboires plus prosaïques de son « père » François Merlin. Enfin, y trouve son emploi le plus ironique, l’archétype du roi de l’auto-dérision, qui nous laisse pleinement prendre part à la supercherie intelligente.

Synopsis : Bob Saint-Clair, le plus redoutable et séduisant des agents spéciaux, doit intervenir dans une affaire qui a déjà coûté la vie à l’un de ses confrères. Il est assisté par la belle et mystérieuse Tatiana. Sa mission se déroule sans accroc, jusqu’à ce que … François Merlin, l’auteur récalcitrant de romans à succès, tombe en panne d’inspiration. Il ne lui reste que quelques jours avant de devoir rendre les nouvelles aventures de son héros à son éditeur Charron. Mais au lieu de s’adonner corps et âme à l’écriture, Merlin est déconcentré sans cesse par des influences extérieures, comme sa voisine Christine qu’il n’a pas encore osé aborder.

Tirez sur l’électricien

Cela commence comme une parodie de haut vol. Les vannes et les clins d’œil y fusent avec une telle dextérité que l’on craint d’emblée l’infarctus d’hilarité. Les péripéties dans lesquelles se démène l’agent Bob Saint-Clair accèdent exclusivement à l’originalité grâce au manque de sérieux avec lequel ce héros volontairement caricatural se comporte. La surenchère prédomine ainsi pendant les premières minutes du Magnifique, sans que l’enchaînement de blagues ne nous laisse appréhender le moindre moment de répit. Et puis, sans avertissement, survient un revirement majeur qui rend les exploits rocambolesques du protagoniste encore plus incroyables : ils sont le fruit d’une imagination frustrée, qui se démène seule dans son appartement dans cette démarche littéraire à vocation bassement alimentaire. L’ajout d’un deuxième niveau de lecture n’a certes plus rien de révolutionnaire pour un spectateur rompu à tous les dispositifs de narration tordus, qui ont vu le jour au fil de l’Histoire du cinéma. Il renforce par contre considérablement la prise de plaisir face à cette intrigue désormais diablement déchaînée, qui ne manque pas une occasion pour tourner en dérision les situations et les personnages généralement associés au monde si prestigieux des agents secrets.

Les deux faces de Belmondo

Au cœur de cette agitation royale se trouve bien sûr au meilleur de sa forme. Son double rôle englobe souverainement toutes les facettes – ou presque – du personnage filmique de l’acteur, tel qu’il existait à l’époque et par rapport à la place qu’il occupe depuis dans la mémoire pleine d’affection du public français. D’un côté, il est le bellâtre narcissique et passablement bête, un tombeur de filles né dont le charme est l’arme la plus redoutable. Et de l’autre, il incarne l’âme torturée par tant de facilité, l’esprit critique qui voit toujours le verre à moitié vide, le yin dépressif sur le pied de guerre avec son yang hédoniste. Belmondo passe de l’un à l’autre avec une aisance bluffante. Mieux encore, il réussit à transmettre sans la moindre fausse note sa propre prise de distance envers ces deux personnages que tout oppose. Dans , accède précocement à l’accomplissement de son destin cinématographique, à travers un tour de force inimitable. Il y est si formidable que même sa partenaire à l’écran – aussi sublime soit-elle – fait essentiellement de la figuration à ses côtés.

Conclusion

Le temps nous manquera hélas pour voir l’autre moitié de la rétrospective consacrée à aux Fauvettes avant qu’elle ne quitte l’affiche. Soyons reconnaissants alors de terminer pour l’instant notre tour de sa filmographie avec un film si admirablement mené, qui fait sans conteste honneur au talent comique de l’acteur, ainsi qu’à l’incroyable intelligence espiègle avec laquelle a su mener à bon port ses films les plus mémorables.

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