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Cannes 2018 : Under the Silver Lake


États-Unis, 2018
Titre original : Under the Silver Lake
Réalisateur :
Scénario : David Robert Mitchell
Acteurs : , Riley Keough, Topher Grace, Patrick Fischler
Distribution : Le Pacte
Durée : 2h19
Genre : Thriller psychologique
Date de sortie : 8 août 2018

Note : 3/5

Los Angeles, la ville de tous les vices imaginables, a depuis toujours été la source d’inspiration de nombreux écrivains et réalisateurs. La Cité des Anges n’est pas seulement la capitale commerciale du cinéma, elle exerce aussi un pouvoir d’aimant malsain, attirant vers elle toutes sortes de rêveurs et de fêtards, prêts à vendre leur âme en échange d’un peu de richesse et de célébrité. Dans son troisième long-métrage, présenté en compétition au , David Robert Mitchell nous emmène dans un trip qui relève presque autant du délire paranoïaque que du jeu de piste survolté. Un peu trop long et trop empressé de citer de manière exhaustive les grands maîtres des labyrinthes cinématographiques, Under the Silver Lake n’est certes qu’une réussite partielle. En dépit de sa conclusion tortueuse, il constitue néanmoins une œuvre fascinante, une sorte d’exercice en matière d’hypnose du spectateur, qui fonctionne peut-être aussi tellement bien, parce que la mise en scène ne cherche jamais à cacher les ficelles de la manipulation. Viscéral et tout de même plutôt taré à la fois, le ton du film est à l’image du personnage principal : un perdant à l’imagination débordante, intransigeant dans sa quête d’une drôle de vérité, qui ne le mènera pourtant guère plus loin qu’à sa position du départ, celle d’un voyeur honteux.

Synopsis : Un mystérieux tueur de chiens sévit à l’est de Los Angeles. Le chômeur Sam y habite dans une résidence, de laquelle il devrait partir prochainement, faute de pouvoir payer le loyer. Au lieu d’être alarmé, il préfère épier ses voisines légèrement vêtues depuis son balcon. C’est notamment la nouvelle arrivée Sarah, qui l’intéresse. Après une première soirée passée ensemble, il prend rendez-vous pour le lendemain avec cette belle femme énigmatique. Or, le matin suivant son appartement est vide et Sam est le seul que cette disparition soudaine étonne. Il part alors à la recherche de Sarah, dans les méandres psychédéliques d’une ville, qui n’est pas près de lui révéler ses derniers secrets.

Hommage, hommage

Comment ne pas penser à l’immense Alfred Hitchcock, lorsque l’on évoque les sommets du thriller poisseux, situé sur la côte californienne ? Un air de Sueurs froides plane en effet sur ce film-ci, de façon si appuyée que la citation directe du nom du réalisateur sur une pierre tombale – comme s’il y avait déjà besoin de ressusciter la mémoire du maître du suspense – doit forcément paraître redondante. Au moins, le même dispositif d’assistance à la sauvegarde du patrimoine filmique devrait davantage porter ses fruits dans le cas de la promotion du nom de l’actrice Janet Gaynor, plus exposée au risque de tomber dans l’oubli. Under the Silver Lake s’évertue en effet à faire œuvre de cinéphilie, à travers des citations plus ou moins directes et narcissiques, de L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel jusqu’au premier film de David Robert Mitchell, The Myth of the American Sleepover. Brian De Palma figure également dans le catalogue bien fourni de références visuelles ou narratives, bien que le film sur lequel celui-ci se calque sans doute le plus est Mulholland Drive de David Lynch. Sauf qu’à force de s’inspirer de toutes ces influences honorables, voire inspirées, Mitchell frôle à plusieurs reprises le pastiche, sans autre valeur intrinsèque que de renvoyer à des films plus cohérents que le sien, plus intéressés en l’occurrence à percer de façon originale le mystère du cinéma qu’à exhiber bêtement un niveau d’érudition cinématographique solide.

Compte à rebours jusqu’à l’expulsion

Ce qui ne veut pas dire que Under the Silver Lake ne dispose pas à lui seul d’un nombre conséquent de pistes de réflexion, susceptibles de justifier de multiples visions pour quiconque se sent disposé à investir son temps dans ce genre de fouille toujours un peu vaine. En d’autres mots, il s’agit bel et bien d’un film culte potentiel, sous réserve que le récit a été précisément conçu à ce but, très à la mode en notre ère du geek, quoique rarement le signe annonciateur d’un grand film à l’abri du passage du temps. Avant de prédire à cette histoire saugrenue un avenir quel qu’il soit, il convient cependant de souligner la qualité de l’interprétation de Andrew Garfield, parfaitement à l’aise dans ce type de rôle d’un personnage mal dans sa peau et en même temps nullement inhibé lorsqu’il souhaite assouvir ses envies libidineuses. Le hic, c’est que Sam aspire à des choses plus profondes que des coups laborieux, vite faits, mal faits en regardant la télé du coin de l’œil, avec une partenaire occasionnelle qui le délaisse en plus dès qu’il adopte un parfum disons un peu plus naturel. Ses investigations plus poussée et surtout plus poussives ne mènent cependant à rien de bien concret, si ce n’est la certitude qu’il est condamné à rester en marge d’une société de riches initiés, dont il a le droit de traverser les décors somptueux ou dépouillés, mais qui l’abandonne sans états d’âme à sa solitude de petit branleur désœuvré. De quoi faire en théorie un grand film sur la vacuité de notre époque, une option retenue au mieux en partie par David Robert Mitchell, qui préfère apparemment enchaîner les séquences étranges, mais finalement peu cohérentes dans leur ensemble.

Conclusion

Il y a à prendre et à laisser dans ce dernier film que nous aurons vu pendant notre séjour hélas trop bref au 71ème Festival de Cannes ! Under the Silver Lake peut être compris comme le délire mental d’un protagoniste en chute libre, socialement et affectivement, ou au contraire en tant que commentaire sur notre époque, qui cherche la conspiration partout et ne la trouve en fin de compte nulle part. Libre à vous d’apprécier le film de David Robert Mitchell à sa juste valeur, qui dépendra avant tout de votre degré d’adhésion à son histoire prolixe, divertissante mais aussi par moments tortueuse.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles