Test DVD : Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence

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Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence

Un pigeon DVD

Suède, Norvège, France, Allemagne : 2014

Titre original : En duva satt på en gren och funderade på tillvaron
Réalisateur : Roy Andersson
Scénario : Roy Andersson
Acteurs : Holger Andersson, Nils Westblom, Charlotta Larsson
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h38
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie cinéma : 29 avril 2015
Date de sortie DVD : 9 septembre 2015

 

 

 Sam et Jonathan, deux marchands ambulants de farces et attrapes, nous entraînent dans une promenade kaléidoscopique à travers la destinée humaine. C’est un voyage qui révèle l’humour et la tragédie cachés en nous, la grandeur de la vie, ainsi que l’extrême fragilité de l’humanité…

 

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Le film

[3/5]

A 71 ans, le réalisateur suédois Roy Andersson n’a réalisé que 5 longs métrages en 45 ans. Sa renommée internationale a commencé en 2000, à la sortie de Chansons du deuxième étage, Prix du Jury au Festival de Cannes 2000, et s’est poursuivie avec Nous les vivants, en 2007.  C’est après avoir réalisé Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence que Roy Andersson a considéré que ces 3 films constituaient une trilogie. Auréolé par le Lion d’Or obtenu par son dernier film lors de la Mostra de Venise 2014, il n’est pas interdit de penser que Roy Andersson rajoute d’ici 4 ou 5 ans un 4ème volet à cette série dans laquelle il observe le genre humain avec l’attention froide d’un entomologiste. Dans Un pigeon perché sur une branche …, il ne faut pas s’attendre à assister au déroulement classique d’une histoire. Le film commence par 3 scènes intitulées « Rencontre avec la mort », chacune montrant le décès d’un personnage dans le cadre de ce qui était vraisemblablement son plus gros défaut : la boisson, les bijoux, la bouffe. La suite est du pur Roy Andersson : une succession de plans séquence, une quarantaine au total, plans fixes (pas un un seul mouvement de caméra), plans larges, dans lesquels évoluent des personnages qu’on retrouve à intervalle régulier. Les deux personnages qu’on retrouve le plus souvent sont Sam et Jonathan, deux vendeurs de farces et attrapes, qui, tels certains vieux couples, passent leur temps à s’asticoter et qui, malgré leurs têtes d’enterrement, assurent à leurs clients que leur but est d’« aider les gens à s’amuser ». Sans doute ont-ils réussis leur coup avec Roy Andersson mais pas avec les divers personnages du film. En effet, l’impression que donne Un pigeon perché sur une branche … est celle d’un réalisateur qui s’amuse à nous montrer des personnages qui ne s’amusent pas.

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Beaucoup considèrent Roy Andersson comme un véritable misanthrope. C’est très exagéré : certes, Roy Andersson est de nature pessimiste mais il aime ses semblables tout en regrettant certaines facettes de leur comportement. Ce sont ces tranches de vie qu’il choisit de nous montrer, espérant nous pousser à nous débarrasser de ces défauts qui nous gâchent la vie, tant individuellement que collectivement : l’individualisme, le manque de respect qu’on doit aux autres, les douleurs qu’on leur inflige, celles qu’on inflige aux animaux, etc. Une scène très courte résume bien le propos du réalisateur : dans un bar à l’ancienne, un homme âgé clame à qui veut l’entendre qu’il vient de s’apercevoir qu’il était malheureux car, toute sa vie, il a été radin, il n’a jamais été généreux. Roy Andersson va même jusqu’à mettre en scène un plan séquence qui montre les horreurs générées par le colonialisme et un autre faisant arriver le roi Charles XII de Suède en route vers la Russie dans un bar de notre époque. Un plan séquence de plus de 10 minutes avec des chevaux évoluant au milieu du bar et l’armée qui défile au 2ème plan : chapeau l’artiste ! Même si Un pigeon perché sur une branche … n’a pas la poésie de Nous les vivants, il engendre une espèce de mélancolie triste et souriante à la fois qui gagne petit à petit le spectateur, quand bien même il pouvait se montrer réfractaire au début. De toute façon, tout cinéphile se doit de voir au moins un film de Roy Andersson dans sa vie. Pourquoi pas celui là !

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Le DVD

[4.5/5]

Le DVD que nous propose Blaq Out est une belle réussite, avec, en particulier, trois suppléments fort intéressants. Il y a d’abord un entretien de plus de 10 minutes avec le réalisateur, tourné en avril 2015, dans lequel  Roy Andersson nous parle en anglais (sous-titré !) de sa conception de l’existence, dans lequel il dit son rejet de la philosophie consistant à dire « soyez riches, les autres en profiteront aussi », préférant nettement l’éthique de réciprocité : « traite les autres comme tu aimerais être traité ». Alors qu’on aurait pu penser qu’il se sentait proche de Jacques Tati, Roy Andersson se dit avoir été influencé par Fellini et Buñuel et, par ailleurs, il se félicite d’avoir quitté le réalisme pour aller vers l’abstraction. Les deux autres suppléments sont des courts métrages. Quelque chose est arrivé, d’une durée de 24 minutes, a pour thème le sida. A mi chemin entre documentaire et la fiction, ce film tourné en 1987 évoque l’histoire de la maladie et la difficulté qu’il y a à trouver des volontaires pour des essais thérapeutiques. Dans le second, Monde de gloire, (1981), d’une durée de 17 minutes, un homme apostrophe les spectateurs au sujet de son existence : sa mère mourante, son travail, sa femme, son frère, son fils. Quant au film lui même, on peut le voir en stéréo 2.0 ou en Dolby 5.1, avec un son de bonne qualité et une image qui peut paraître terne, mais cela n’a rien à voir avec la qualité du DVD : c’était la volonté du réalisateur !

Ce DVD est disponible, entre autre, chez  Blaq Out.

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