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À la une DVD — 14 août 2018
Test Blu-ray : La secte

 
Italie : 1991
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , Michele Soavi,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h56
Genre : Fantastique
Date de sortie DVD/BR : 18 juin 2018

 

 

1970, Californie. Une communauté hippie est massacrée par Damon et les membres de sa secte. Vingt-et-un ans plus tard, Francfort. Tandis que des crimes rituels attribués à la secte des Sans-Visage ponctuent l’actualité, Miriam Kreisl, jeune institutrice, manque de renverser un vieillard au comportement étrange. S’il refuse de se faire soigner, il accepte en revanche de se reposer quelques heures chez elle. Curieusement, Moebius semble connaître la maison et fait part à Miriam d’une mystérieuse destinée. Bientôt, des faits étranges et sanglants se produisent dans l’entourage de la jeune femme…

 

 

Le film

[4/5]

Avec en 1989, Michele Soavi avait opté pour une mise en scène ample et très visuelle, privilégiant largement la forme sur le fond, et signait une œuvre très impressionnante, dont la particularité était d’apparaitre comme très en avance sur son temps. On pouvait en ce sens largement le rapprocher d’Opera de Dario Argento, dans le sens où les deux films affichaient une caméra très mobile, s’imposant presque comme un personnage du récit à part entière. Avec La secte deux ans plus tard, Soavi semble faire machine arrière : l’accent sera ici bien d’avantage porté sur le scénario, et la mise en images du récit se fera d’une façon nettement plus sobre, loin des excès foutraques et réjouissants du film précédent…

Bien sûr, on retrouvera dans La secte le gout du cinéaste pour les plans amples, portés par la fluidité toujours impressionnante de la steadicam, ainsi que pour les plans « tarabiscotés » et improbables, probablement hérités de son amour du cinéma de Dario Argento. Mais avant tout, le film de 1991 se veut l’exploration approfondie des thématiques « ésotériques » que le cinéaste n’avait fait qu’effleurer avec Sanctuaire. Ainsi, dès son ouverture se déroulant en 1970 dans communauté hippie, La secte évoque dans l’inconscient collectif les crimes perpétrés durant l’été 1969 par la « famille » de Charles Manson. Comme pour enfoncer le clou, les membres de la secte vouent dans le film un culte à une chanson des Rolling Stones, « Sympathy for the devil » ; cet élément fait naturellement écho à la « réinterprétation » des paroles de « Helter skelter » et du White album des Beatles par Charles Manson. Dans le même état d’esprit, les scénaristes Michele Soavi, Dario Argento et Gianni Romoli ont de plus inclus à leur trame une idée de « bébé », évoquant naturellement le Rosemary’s baby de Polanski et, par association d’idées, le meurtre de Sharon Tate par la « Famille », cette dernière étant la compagne de Roman Polanski à l’époque. Autant dire donc que La secte n’incite pas à la franche rigolade, et s’impose d’entrée de jeu comme nettement plus sombre et sérieux que Sanctuaire.

 

 

L’ésotérisme et une certaine idée d’hystérie collective sont donc au cœur de La secte, qui nous propose un récit centré autour de Moebius, un personnage de gourou absolument fascinant (Herbert Lom), semblant immortel. A cause du hasard des sorties vidéo, et surtout celles du Chat qui fume bien sûr, quelques « passerelles » mentales pourront également s’ériger entre le film de Soavi et Le maître des illusions de Clive Barker, sorti il y a quelques mois dans une édition Blu-ray parfaite (lire notre article), dans le sens où le film de Barker nous donnait également à voir une espèce de gourou maléfique et immortel, Nix. Développant une intrigue foisonnante sur un rythme relativement lent avant de précipiter les événements dans son dernier tiers, le film passe des années 70 aux années 90 en conservant le personnage d’Herbert Lom comme un « guide », spirituel pour les personnages mais s’imposant également un véritable fil conducteur pour le spectateur, seul élément « familier » au cœur d’un film partant par moments dans des délires oniriques aussi oppressants que visuellement époustouflants, qui contribuent clairement à conférer à La secte une atmosphère unique, quasiment toujours aux frontières du réel, à la manière d’un « trip » sous LSD. En filigrane bien sûr, mais de façon presque effacée, il y a également le personnage de Miriam, incarné par Kelly Curtis, sœur de Jamie Lee Curtis à la ville ; mais on a presque l’impression que Soavi ne s’intéresse à elle que pour avoir le loisir de la mettre au cœur de visions étranges photographiées avec soin, sur une musique entêtante et cauchemardesque signée Pino Donaggio.

Et si le film donne durant sa première partie l’impression diffuse de partir « dans tous les sens », tout se resserre dans la dernière partie du film : la chaleur moite et étouffante du puits, les effets gore à base d’arrachage de visage (qui passent encore vraiment super bien à l’image), les angles de prises de vue complètement fous, le rythme qui met un bon coup de collier… En deux mots comme en cent, La secte n’est certes pas aussi réussi que le film précédent de Michele Soavi, mais le film a de beaux restes, et mérite encore amplement le coup d’œil appuyé…

 

 

Le Combo Blu-ray + DVD

[5/5]

Comme dans le cas de Sanctuaire, sorti le même jour dans une édition suivant exactement la même charte graphique (une charte graphique qui a vraiment de la gueule si vous nous passez l’expression), le Blu-ray de La secte édité par Le chat qui fume débarque dans un master Haute Définition absolument remarquable. De plus, ce nouveau Combo Blu-ray + 2 DVD à mettre à l’actif de l’éditeur est comme d’habitude présenté non pas dans un stupide boitier Amaray bleu révoltant de platitude, mais sous la forme d’un superbe digipack trois volets nanti d’un sur-étui cartonné. Le soin apporté à la maquette signée Frédéric Domont (alias BaNDiNi) et la qualité générale des finitions en font à nouveau un superbe objet que vous pourrez ranger sur vos étagères aux côtés des autres éditions labellisées Le chat qui fume.

 

 

Tiré d’un tout nouveau master 2K, le transfert Blu-ray de La secte s’avère vraiment sublime dans son genre. Proposé dans son format original 1.85 et 1080p, le film retrouve une nouvelle jeunesse, qui aura de quoi sidérer les cinéphiles l’ayant découvert en VHS dans les années 90, ou même plus tard dans l’édition DVD « pirate » d’Integral Vidéo : piqué, contrastes, encodage, colorimétrie et gestion des noirs, respect de la granulation d’origine, tout est fait pour rendre leurs lettres de noblesse au film et à la photographie de Raffaele Mertes. Côté son, on aura droit à trois version pour ce film : outre la version française d’époque, on trouvera également la version anglaise et italienne, toutes proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 : les trois mixages sont solides, avec chacun ses qualités et ses défauts. La VF plaira aux amateurs de versions françaises un peu surannées, mais s’avère un poil moins ample que les deux autres. La version italienne est pleine de charme, mais le film fut à l’origine tourné en anglais – c’est d’ailleurs probablement cette version qui nous propose l’ensemble le plus équilibré et dynamique.

Du côté des suppléments, ce sont environ deux heures et demie de bonus que nous a réservé Le chat qui fume : un ensemble très complet, contenant d’ailleurs même un entretien assez prestigieux n’étant pas répertorié sur le boitier du Blu-ray. On commencera avec un entretien avec Michele Soavi (« De l’alchimie et de l’ésotérisme », 20 minutes), qui s’avère la suite de l’entretien disponible sur la galette de Sanctuaire ; après une introduction qu’il nous semble bien déjà avoir entendue dans l’entretien précédent, Michele Soavi revient sur la genèse de La secte ainsi que sur ses influences, notamment ésotériques, avec le recours par exemple à des symboles celtiques. Plus curieux encore, il affirme avoir assuré la quasi-totalité des prises de vue du film lui-même, en occupant le poste de caméraman, et terminera avec une petite pointe de regrets ou plutôt de nostalgie vis-à-vis de cette époque où il bénéficiait d’une totale liberté en tant que cinéaste – on expliquera cette amertume par le fait que depuis de nombreuses années, l’essentiel de la filmographie de Michele Soavi est constituée de films tournés pour la télévision. Times they are a-changin’… On continuera avec un entretien avec le décorateur Massimo Antonello Geleng (« Dans le puits », 23 minutes), qui considère que Michele Soavi avait atteint une véritable maturité artistique grâce au succès de Sanctuaire, qui se traduisait sur le plateau par une plus grande assurance et une plus grande maitrise ; cette sérénité était d’autant plus perceptible que le film s’avérait moins « complexe », d’un strict point de vue logistique, que le précédent. Le décorateur évoque donc ses souvenirs du tournage de La secte, et en particulier de la scène du puits, l’un des meilleurs souvenirs de tout son parcours professionnel. Il évoque ensuite les particularités de la maison de Kelly Curtis dans le film, et termine avec quelques mots sur le casting du film. Quelques-uns de ses propos (le début, la fin ainsi que ses souvenirs de certains acteurs) sont repris de son intervention dans les bonus de Sanctuaire. On poursuivra ensuite avec un nouvel entretien avec Giovanni Lombardo Radice (« Le cœur révélateur », 12 minutes), qui s’exprime ici non plus en anglais comme dans l’interview disponible sur le Blu-ray de Sanctuaire, mais en italien. Il évoque son amitié avec Michele Soavi et ses souvenirs du tournage de La secte, et plus particulièrement de sa scène dans le métro, très éprouvante notamment à cause de l’odeur infecte que dégageait le cœur d’agneau qu’il avait dans la poche. Plus amusant : il avoue ne pas avoir lu le scénario dans sa totalité parce que son personnage mourait à la dixième page, et n’a d’ailleurs jamais vu le film, pour la simple et bonne raison qu’il n’aime pas les films d’horreur.

 

 

Le bonus suivant est un entretien avec le directeur de la photographie Raffaele Mertes (« La lumière au fond du puits », 28 minutes), qui évoque sa participation au film de Soavi de façon assez intellectualisée, La secte apparaissant pour lui comme un terrain propice à tenter de nouvelles expériences en termes de lumière. Soavi et lui ont donc usé et abusé de l’Innovision, une micro-caméra permettant de tourner dans des endroits très exigus, poussant même le vice jusqu’à fixer ce dispositif sur une steadicam pour proposer toujours plus de plans inédits et fous. Il poursuit son intervention en évoquant le casting du film, et plus particulièrement le courage de Kelly Curtis, avant de terminer sur les scènes dans le puits. On continuera avec un passionnant entretien avec le scénariste Gianni Romoli (« Requiem pour un genre », 35 minutes), qui revient tout d’abord sur la genèse du projet La secte, et les modifications apportées à l’histoire à la demande de Dario Argento. Romoli ayant débarqué sur le projet sans connaître Soavi, ils ont appris à se connaître de façon à nourrir le scénario de leurs obsessions et de leurs fantasmes, liant le tout avec une histoire qui n’était, de l’aveu même du scénariste, qu’un prétexte à enchainer les « visions » que les trois scénaristes pouvaient avoir lors de leurs séances de travail communes. Il évoque le personnage de Miriam en le comparant à un personnage de bande dessinée, sans psychologie, et d’avantage perçu comme un simple archétype dans le récit – ce qui explique naturellement le ressenti que l’on peut avoir en tant que spectateur d’un personnage presque « effacé ». Le scénariste termine son intervention en revenant sur Dario Argento qui, suite à leur expérience fructueuse sur La secte, l’a recontacté, avec Franco Ferrini, afin d’écrire le scénario de Trauma… avant que ce dernier ne les écarte afin de signer le scénario avec T.E.D. Klein. Il évoque aussi la « crise créative » et existentielle de Michele Soavi après Dellamorte Dellamore, ce dernier s’étant écarté du cinéma de genre pour tenter des faire des films socialement « utiles », des films pour changer le monde. On terminera ce passionnant making of rétrospectif avec un entretien avec le compositeur Pino Donaggio («La Dario Argento Experience », 13 minutes), ayant la particularité d’être un supplément « fantôme » : il n’est en effet ni indiqué ni sur le boitier du Combo Blu-ray + DVD, ni sur la fiche consacrée à La secte sur le site de l’éditeur. Le compositeur revient tout d’abord sur sa rencontre avec Dario Argento pour embrayer par la suite avec les expérimentations sonores qu’il a voulu tenter sur le film de Michele Soavi, en travaillant quasi-uniquement au synthétiseur ; l’anecdote la plus intéressante de son intervention est qu’il n’a jamais rencontré le cinéaste en personne, ayant toujours été uniquement en relation avec Argento.

Mais avec Le chat qui fume, quand il n’y en a plus, il y en a encore : on terminera le tour des bonus avec un entretien avec Fabrizio Spurio (« L’enfant de Miriam », 25 minutes), qui nous propose une assez fine analyse de La secte. Le critique et historien du cinéma revient notamment sur les multiples symboles disséminés dans le film, avant d’évoquer le fait qu’il ait été « invité » sur le plateau par Rosario Prestopino, responsable des effets spéciaux, durant le tournage, et que ce dernier lui avait offert un des visages arrachés, constituant sans doute l’effet gore le plus réussi –et le plus mémorable– du film. Et comme d’habitude, l’éditeur nous propose également une poignée d’alléchantes bandes-annonces de films bientôt disponibles chez Le Chat qui fume. Une nouvelle édition indispensable à mettre au crédit de l’éditeur français !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles