DVD Séries TV — 22 octobre 2017
Test Blu-ray : American Horror Story – Roanoke – L’intégrale de la Saison 6

– Roanoke – Saison 6

 
 
États-Unis : 2016
Titre original : –
Créateurs : Ryan Murphy, Brad Falchuk
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 7h00 environ
Genre : Série TV, Horreur
Date de sortie DVD/BR : 18 octobre 2017

 

 

Se présentant sous la forme d’un docu-fiction, intitulé « My Roanoke Nightmare », qui utilise habilement le found footage, cette nouvelle saison relate l’histoire d’un couple, Shelby et Matt Miller, qui, à la suite d’une brutale agression, décide de quitter Los Angeles pour emménager en Caroline du Nord. Ils y achètent une ancienne ferme construite en 1790, ignorant qu’elle est hantée par des esprits malins…

 

 

La saison

[5/5]

La cinquième saison d’American Horror Story avait fait le choix –assez contesté dans les rangs des téléspectateurs– de s’attarder bien d’avantage sur la forme que sur le fond, comme pour fêter l’arrivée dans ses rangs de l’icône pop du bizarre Lady Gaga. Hotel fut en effet le théâtre d’expérimentations formelles assez folles, mais ressemblait, avec le recul, bien d’avantage à un long clip horrifique, dont les deux acteurs choisis pour être les têtes d’affiche de la saison, à savoir Lady Gaga et , n’avaient peut-être pas encore les épaules pour supporter une telle mise en avant, d’autant qu’il n’était pas aisé de passer « après » le départ de Jessica Lange.

Pour la sixième saison du show, intitulé Roanoke, Brad Falchuk et Ryan Murphy ont donc probablement été désireux de « recentrer » leur création autour de ce qu’ils savent faire de mieux : on aura donc droit à un très classique récit de maison hantée, centré autour de deux actrices bien rodées à l’exercice (Kathy Bates et Sarah Paulson) et du nouveau venu , à peine débarqué de la série American Crime Story. Mais le fait de se concentrer à nouveau sur une classique histoire de maison hantée très ancrée dans le folklore américain n’est pas le principal facteur de l’immense réussite du show cette saison ; c’est d’avantage dans la formidable déconstruction qu’ils proposent de leur propre médium que American Horror Story : Roanoke trouve sa force et son originalité, et se retrouve propulsée dans le trio de tête des meilleures saisons de la série, si ce n’est tout simplement la meilleure.

Car si l’on évacue de suite les références et clins d’yeux appuyés à des classiques de l’horreur tels que Blair witch project, Evil Dead ou L’exorciste, ce qui fait réellement la force de cette saison se situe dans l’habile et vertigineux jeu de miroirs aux allures de poupée gigogne qu’il propose, avec une saison divisée en deux parties (voire même trois si l’on met à part le dernier épisode), proposant des plongées radicalement différentes dans divers pans de la télévision contemporaine, cruellement pointés du doigt par les auteurs de la série, de même que la vague des « found footages » au cinéma. La première partie prend donc la forme [ATTENTION SPOILERS] d’un docu-fiction prenant place dans une maison hantée intitulé Mon cauchemar à Roanoke, avec des personnages « réels » témoignant face caméra, et dont les propos sont entrecoupés de « reconstitutions dramatiques » des événements, tournées avec des acteurs. Au sixième épisode, on retourne complètement la situation : à la suite du carton d’audience de l’émission, le producteur de Mon cauchemar à Roanoke organise une télé-réalité dans la maison hantée, en réunissant à la fois les protagonistes réels et les acteurs. [FIN DES SPOILERS] Vous avez du mal à suivre ? Et ce n’est que le début de cette saison qui exploite de façon extraordinaire les possibilités de son pitch de départ, démultipliées par le fait qu’au cœur de cette anthologie, les acteurs changent de toute façon de personnage à chaque saison. Cynique, drôle, étonnamment « gore », American Horror Story : Roanoke aborde de front son sujet, et le monde des médias actuel, au cœur duquel tout le monde semble « jouer un rôle ».

En dix épisodes donnant littéralement le tournis, Brad Falchuk et Ryan Murphy exploitent une multitude de supports médiatiques (internet, mobile, MMS, vidéosurveillance, webcam, télé…), montées et diffusées par des individus ne présentant fatalement que « leur » vision de la réalité, qu’ils considèrent comme la seule valable en reniant toutes les autres par peur d’être manipulé – c’est par exemple le leitmotiv du personnage de Lee, incarné par Adina Porter, et sa paranoïa, justifiée ou pas, fera des émules au fil de la saison. Au final, American Horror Story : Roanoke tacle avec brio la mode du « found footage » en mettant en évidence que les témoignages soi-disant objectifs n’existent pas, et ne sont qu’autant de bouteilles à la mer n’ayant aucune vocation à montrer la vérité. De fait, la panique ne s’en propage que plus rapidement, car au cœur de l’Amérique post-11 septembre, tout le monde est à la fois un tueur et un caméraman potentiel.

Ambitieux, rythmé, immersif, ouvertement manipulateur (c’est toujours le cas quand ce qui est montré est censé être réalisé par un des personnages principaux, avec quelques plans impossibles et l’inévitable utilisation de la musique à des fins narratives), et toujours foutrement efficace dans ses scènes de flippe, American Horror Story : Roanoke marque un véritable renouveau dans la série. Et une saison vraiment exceptionnelle à tous les niveaux, et d’autant plus remarquable qu’elle a su utiliser à bon escient la technique -très en vogue ces derniers temps- de la caméra subjective, sans en tirer uniquement l’aspect « urgence » ou « pris sur le vif », mais en amenant le spectateur à réfléchir sur ce qui lui est montré, et sur le fait que le mensonge, sous toutes ses formes –l’effet est d’ailleurs démultiplié par la mise en scène, et montré avec une loupe grossissante à effet de miroir– se propage aisément par les écrans.

 

 

Le coffret Blu-ray

[4,5/5]

Comme c’était déjà le cas pour les saisons précédentes d’American Horror Story  en Blu-ray (avec quelques réserves sur les saisons 2 et 3, qui ne disposaient pas de VF), cette sixième saison qui débarque chez 20th Century Fox, c’est du lourd niveau Haute Définition. Les 10 épisodes s’imposent d’eux-mêmes avec un piqué précis, des couleurs naturelles, même durant les (forcément nombreuses) séquences nocturnes, qui affichent des d’une densité et d’une profondeur abyssale. Côté son, et étant donné son côté décomplexé et généreux, la série propose une spatialisation très dynamique et démonstrative en matière de mixage multicanal. La scène arrière est omniprésente, distillant des ambiances en tous genres, et les frontales se déchaîneront littéralement lors des passages les plus spectaculaires, avec des surrounds, explorant des univers étranges, mystérieux et oniriques. On privilégiera cela dit plutôt la VO, encodée en DTS-HD Master Audio 5.1, à la VF mixée en DTS 5.1, même si cette dernière est très soignée et nous réservera quelques jump-scares très efficaces.

Du côté des suppléments, on ne trouvera certes que quelques spots promo et une session de questions / réponses avec l’équipe, enregistrée lors du Paley Fest 2017, mais ce sujet d’un peu plus d’une demi-heure est riche en anecdotes de tournage (notamment sur le nombre de caméras utilisées) et en plaisanteries en tous genres (ça se vanne copieux entre acteurs), et s’avère tout à fait représentatif de la bonne ambiance régnant sur le plateau et entre les acteurs. Passionnant et surtout très drôle : on en redemande !

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles