À la une DVD — 21 juillet 2018
Test Blu-ray : 3 films de Jess Franco chez Artus Films

Avec 60 ans de carrière et plus de 200 films répertoriés sur le site de référence IMDb, est un des artisans du « bis » les plus prolifiques des années 60/70. Régulièrement traitée avec la condescendance traditionnellement réservée au cinéma d’exploitation de l’époque, la filmographie de contient pourtant une véritable série de petits chefs d’œuvres, qui transcendent littéralement la notion de cinéma « bis ». Les éditeurs vidéo semblent d’ailleurs en être parfaitement conscients : comme pour fêter les cinq ans de la disparition du cinéaste, 2018 sera l’année Franco ! Après la sortie au mois d’avril chez Gaumont des Blu-ray de Cartes sur tables et du Diabolique docteur Z, c’est qui vient de mettre le cinéaste espagnol à l’honneur avec la sortie début juin de (1972), (1973) et (1973), également en Haute Définition. Et en juillet, ce sera au tour du Journal intime d’une nymphomane (1973) et des Possédées du diable (1974) de débarquer dans de superbes éditions Blu-ray sous les couleurs du Chat qui fume

Depuis de nombreuses années maintenant, Artus Films s’est fait un point d’honneur à défendre le cinéma de Jess Franco, envers et contre tous. Les trois films que l’éditeur a fait le choix de sortir en Blu-ray sont d’ailleurs très représentatifs de l’Art de Franco, qu’il s’agisse de ses qualités formelles autant que de ses aspects les plus douteux ou discutables. Car Franco aimait filmer l’horreur, mais il aimait également filmer les croupes rebondies et les starlettes en position suggestives…

 

 

La fille de Dracula

 
France, Portugal : 1972
Titre original : –
Réalisation : Jesús Franco
Scénario : Jesús Franco
Acteurs : , ,
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h22
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 14 décembre 1972
Date de sortie DVD/BR : 5 juin 2018

 

 

Louisa se rend dans le manoir familial où l’attend sa grand-mère, la baronne Karlstein. Celle-ci, mourante, lui dévoile la malédiction qui pèse sur leur famille depuis des générations. En effet, dans la crypte, repose leur ancêtre, Dracula, qui a toujours besoin de sang de jeunes femmes…

 

 

Les démons

 
France, Portugal : 1973
Titre original : –
Réalisation : Jesús Franco
Scénario : Jesús Franco
Acteurs : Britt Nichols, Anne Libert,
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h58
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 5 février 1973
Date de sortie DVD/BR : 5 juin 2018

 

 

Condamnée au bûcher, une sorcière lance un anathème visant ses persécuteurs : le juge Jeffries, William Renfield et Lady de Winter. Ses filles, prétend-elle, seront l’instrument de sa vengeance. Effrayé par cette menace, Jeffries fait chercher les filles, réfugiées dans le couvent de Blackmoor, où elles sont sur le point de prononcer leurs vœux…

 


 

Les expériences érotiques de Frankenstein

 
France, Espagne : 1973
Titre original :
Réalisation : Jesús Franco
Scénario : Jesús Franco
Acteurs : Britt Nichols, Anne Libert, Howard Vernon
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h34
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 31 mai 1973
Date de sortie DVD/BR : 5 juin 2018

 

 

Grâce à la transplantation d’un nouveau cerveau, le docteur Frankenstein parvient à insuffler la parole à sa créature. Il envoie cette dernière, assistée par Melissa, mi-femme mi-oiseau, et Morpho, enlever des jolies victimes dont les diverses parties anatomiques serviront à créer son chef-d’œuvre : la femme parfaite…

 

 

Les films

[4/5]

La fille de Dracula (1972) est donc un film d’horreur au cœur duquel Jess Franco fait le choix de convoquer sans vergogne les grands classiques du genre : sa variation sur le thème du vampire porte en effet exactement le même titre qu’un autre film, signé Lambert Hillyer en 1936, et qui s’avérait être la suite directe du chef d’œuvre de Tod Browning Dracula (1931). Autant dire donc que si votre grand père met le DVD ou le Blu-ray dans le lecteur en s’attendant à voir le film avec Gloria Holden, il risque d’avoir un choc à la découverte d’un film où les héroïnes ne restent jamais habillées bien longtemps… Le film met en scène un vampire, le comte Karlstein, surnommé Dracula, et incarné par Howard Vernon, complice de toujours de Jess Franco (ils ont tourné 46 films ensemble). Amoindri, affaibli, ce vampire demeure enfermé dans une crypte, incapable d’en sortir pour se nourrir. Contre toute attente, il parviendra tout de même à prendre possession de l’esprit de sa petite fille, Luisa (Britt Nichols, qui joue –tout comme Anne Libert– dans les trois films qui nous intéressent aujourd’hui, et qui tourna également avec Franco l’excellent Une vierge chez les morts vivants), la plongeant dans une sorte de frénésie (ou de transe) sexuelle, manœuvre habile quoiqu’un peu tortueuse destinée à ce que cette dernière lui ramène de jeunes filles qu’elle aura préalablement séduites, dans le but avoué de se repaitre de leur sang. Mais bien sûr, Luisa va également prendre goût au sang humain… Comme dans un roman de Gérard de Villiers (qui aimait à alterner dans sa série SAS les chapitres espionnage / érotisme / espionnage / érotisme, etc.), Jess Franco fait donc le choix d’alterner les séquences d’épouvante et les scènes érotiques, se laissant aller à filmer langoureusement ses actrices dans le plus simple appareil, et à grands renforts de zooms et de dézooms sur les zones charnues et plus ou moins poilues de leur anatomie. Et comme à son habitude, Franco lie tout cela par la musique doucement jazzy, créant une espèce de faux rythme étrange et mélancolique, à la frontière entre rêve et réalité, que l’on retrouvera dans de nombreux de ses films de l’époque, aux moments où la narration se fait de plus en plus floue, pour laisser, la plupart du temps, la place aux étreintes saphiques dans les manoirs de campagne. Mais quand on parle de vampires, quoi de plus normal que de finir au pieu ? Ah ! Ah ! (gag)

(ah ! ah !)

 

 

Tourné l’année suivante, Les démons (1973) s’impose d’entrée de jeu comme un film nettement plus intéressant et ambitieux. Bien sûr il n’échappera à personne que ces « démons » sont une réponse du cinéma bis au succès des Diables de Ken Russell (1971) : Jess Franco y aborde donc l’inquisition, dont le champ lexical au cinéma inclut naturellement les sorcières, les possessions diaboliques mais également la torture et une bonne dose d’érotisme. Le film suit donc la trajectoire de deux sœurs (Britt Nichols et Anne Libert) accusées de sorcellerie, et s’avérera sans conteste un des films de chasse aux sorcières les plus érotiques des années 70, Franco y mettant bien plus d’accent sur le sexe que sur la violence. Mais le sexe est ici un ressort dramatique et, comme souvent chez lui –on pense à des films tels que Paroxismus (Venus in furs) ou Crimes dans l’extase– est utilisé comme un outil de manipulation permettant aux femmes d’assouvir leurs instincts de vengeance. Par conséquent, le film contient donc une bonne quantité de scènes érotiques soft, pas désagréables à l’œil mais pas nécessairement aidées non plus d’un strict point de vue formel par l’utilisation constante du zoom, procédé inélégant mais très en vogue à l’époque, et dont l’usage serait récurrent tout au long des années 70, jusqu’à intégrer même le cinéma de Stanley Kubrick, qui le réutiliserait ad nauseam dans Shining (1980). Le surnaturel est aussi de la partie, mais on vous laisse la surprise à ce sujet. Riche d’un cachet visuel assez bluffant, tourné dans un beau Scope avec des costumes / des décors qui claquent et un budget relativement confortable, Les démons s’avère un film horrifique à l’intrigue très correctement ficelée (avec une première partie relevant de la « nunsploitation » et une deuxième plus fantastique centrée sur la vengeance), qui tiendra le spectateur en haleine jusqu’à la fin tout en développant un discours anticlérical qui réjouira à coup sûr le spectateur contemporain. Une excellente série B, qui plus est portée par une partition musicale très surprenante et originale.

 

 

Les expériences érotiques de Frankenstein (1973) est également connu sous le titre La malédiction de Frankenstein, traduction littérale de son titre original. Si bien sûr le titre utilisé par Artus Films évite certes toute confusion possible avec le film de Terence Fisher The curse of Frankenstein (Frankenstein s’est échappé) –ce qui évitera à votre grand père de faire une nouvelle attaque en mettant le DVD ou le Blu-ray dans le lecteur– il pourra néanmoins créer dans l’esprit du spectateur l’impression que le film de Jess Franco est une parodie, à cause des multiples films aux titres fleuris et similaires qui pullulaient sur les écrans à la même période, tels que Le livre érotique de la jungle (1970), Les aventures érotiques de Pinocchio (1971) ou encore Les aventures galantes de Zorro (1972). Mais malgré ses apparences délirantes et psychédéliques, Les expériences érotiques de Frankenstein n’est pas une parodie – il s’agit d’un film fantastique complètement décomplexé, mettant en scène, en plus de Frankenstein et de sa créature, un univers de « fantasy », avec un sorcier et une étrange femme-oiseau aux appétits sexuels insatiables ; dans l’absolu, on le rapprocherait d’avantage d’une variation mystico-érotique sur Le corbeau de Roger Corman (1963) avec des morceaux de La vampire nue (Jean Rollin, 1970) dedans : en somme un un gros délire nawak psyché-70’s à fond les ballons. Visuellement épatant (il faut vraiment le voir pour le croire), porté par une musique expérimentale collant parfaitement à ce qui est montré à l’écran. Dans un esprit très influencé par la bande dessinée et les fumetti, Jess Franco signe avec Les expériences érotiques de Frankenstein une de ses œuvres les plus barrées et mémorables. Un OVNI cinématographique, complètement « from outer space ».

 

 

Les Blu-ray

[5/5]

Disponibles chez Artus Films au sein d’une nouvelle vague de sa collection Jess Franco, La fille de Dracula, Les démons et Les expériences érotiques de Frankenstein s’offrent donc un lifting Haute Définition sur galette Blu-ray : trois sorties courageuses et inattendues de la part d’un éditeur s’étant lancé dans la grande aventure du Blu-ray il y a seulement cinq mois mais compte déjà six titres en HD à son catalogue (un Lucio Fulci, deux Pete Walker et trois Jess Franco), et annonce d’ici quelques semaines encore trois nouveaux Fulci (les classiques de l’horreur Frayeurs et L’au-delà, qui arriveront accompagnés du western Selle d’argent) et un inattendu petit film français, Bad trip 3D, annoncé comme « le premier found footage en 3D ».

Du côté des masters, et aussi bien côté image que côté son, l’éditeur nous propose des éditions de très bonne tenue ; les trois films sont présentés dans leur format Scope respecté, en 1080p et dans leurs versions « intégrales ». L’éditeur a pris soin de préserver la granulation argentique du 35MM, proposant même par moment un piqué surprenant et de belles couleurs bien éclatantes. On notera quelques petits « décrochages » épars : quelques griffes et autres points blancs dus au temps, des chutes brutales de définition sur les passages les moins bien conservés, mais l’ensemble s’avère tout à fait recommandable, et même clairement enthousiasmant. Dans tous les cas, le mixage audio est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, et se révèle parfaitement équilibré, clair, net et précis, sans sensation de souffle ou de voix « étouffées ».

Côté suppléments, on retrouvera sur le Blu-ray de La fille de Dracula une présentation du film assurée par Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque Française, qui s’attarde sur l’érotisme du film et sur l’ambiance de « temps suspendu » qu’il développe. Si son analyse pourra prêter à sourire dans la façon très intellectualisée dont il fait preuve afin de justifier des scènes érotiques totalement gratuites, il semble néanmoins convaincu des arguments qu’il avance, et pourra certainement convaincre une poignée d’indécis à redonner sa chance au film. La galette contient également une sympathique galerie de photos de tournage. Sur le Blu-ray des Démons, place à Alain Petit, collaborateur régulier d’Artus Films et auteur du bouquin « Jess Franco ou les prospérités du Bis », qui nous propose avec « Les nonnes de Clichy » une très intéressante présentation du film, qui s’accompagnera également d’une galerie de photos et de bandes-annonces de films de la collection Jess Franco. Enfin, sur le Blu-ray des Expériences érotiques de Frankenstein, on trouvera à nouveau une présentation du film par Alain Petit, très complète puisqu’elle reviendra en l’espace d’une demi-heure sur le contexte de tournage du film, sur ses deux montages différents, avec également un mot sur le casting et l’équipe technique. Pour illustrer les propos d’Alain Petit, on trouvera également le montage espagnol du film, contenant quelques scènes inédites mais surtout les scènes de nudité retournées à l’identique, mais avec des acteurs habillés ! On trouvera également une présentation de Robert de Nesle, toujours assurée par Alain Petit, revenant sur la personnalité du producteur, ainsi que sur les films qu’il a produits et distribués et sur sa longue collaboration avec Jess Franco. Un coup de chapeau à Artus donc pour ces trois éditions très complètes, que vous pourrez trouver directement sur le site de l’éditeur.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles