Critique : Peshmerga

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Peshmerga

France, 2016
Titre original : –
Réalisateur : Bernard-Henri Lévy
Scénario : Bernard-Henri Lévy
Distribution : Ad Vitam
Durée : 1h31
Genre : Documentaire
Date de sortie : 8 juin 2016

Note : 2,5/5

Bernard-Henri Lévy à la rescousse, troisième. Tous les grands conflits militaires paraissent en effet bons aux yeux du philosophe français pour y mettre son grain de sel, aussi futile et fade soit-il. Après avoir documenté la bataille de Sarajevo et la guerre en Libye, le voici donc en train de parcourir du sud au nord la ligne de front entre les vaillants peshmergas kurdes et leurs adversaires fourbes et lâches de l’état islamique. La propension à l’engagement politique sans équivoque aura une fois de plus eu raison du réalisateur. Celui-ci s’adonne donc à une forme de propagande certes utile, puisque le sort des soldats kurdes n’intéresse point les médias occidentaux, mais en même temps fâcheusement tendancieuse dans son empressement d’inscrire l’héroïsme des peshmergas dans un projet global de paix entre les différentes cultures et religions. Bernard-Henri Lévy y adore s’octroyer le rôle de l’observateur providentiel, celui qui vole au secours des opprimés – quitte à ce que cette intervention étrangère se fasse par l’intermédiaire d’un drone – tout en leur dressant un monument filmique ennuyeusement creux. Car Peshmerga appartient à ces documentaires sans doute bien intentionnés, qui manquent d’étayer leur propos par des images et des prises de conscience saisissantes.

Synopsis : Pendant six mois, de juillet à décembre 2015, Bernard-Henri Lévy et son équipe ont remonté les mille kilomètres de la ligne de front qui sépare le Kurdistan irakien des troupes de Daech. Ils ont ainsi été au plus près les témoins de la guerre concrète contre le terrorisme, que livrent au fil de périodes plus calmes et d’offensives sanglantes les hommes et les femmes de l’armée kurde.

Sur la route de Mossoul

Tout n’est pas à jeter dans le troisième documentaire que Bernard-Henri Lévy signe pour le cinéma. L’entrée en la matière répand par exemple un sentiment tendu d’insécurité, à travers la prise quasiment subjective d’un homme, qui voit son ami prendre seul l’assaut d’une colline où un obus traître l’attend stoïquement. Or, cette introduction s’avère trop vite arbitraire dans le cadre d’un récit sans autre point d’attache que la voix doucement sermonneuse du réalisateur. La colonne de véhicules constamment en mouvement qui emmène le chroniqueur, partisan de la cause kurde, d’une extrémité du front à l’autre ne traverse en fait aucun lieu, ni aucun fait d’armes suffisamment marquant pour que notre œil ou notre attention soit interpellé par lui. Cette traversée du creux de la vague d’un conflit qui s’éternise se solde alors par un récit filmique à son tour vide de sens, ou en tout cas vide d’une matière intellectuelle ou affective susceptible de nous rendre plus aisée l’identification avec ces guerriers ethniques. Entre le raisonnement aride de la voix off de Lévy et la succession exsangue de rencontres interchangeables avec des officiers plus ou moins haut gradés, l’espace pour un éveil à l’appréciation de la culture kurde est forcément réduit.

La bonne fée française

Bernard-Henri Lévy s’efforce pourtant de donner une forme particulière à son documentaire. Cela passe sans surprise par une mise en valeur narcissique de sa propre action, comme lorsque les soldats exposés aux attaques chimiques obtiennent des masques de protection grâce à son intervention auprès d’une ONG. L’emploi récurrent du drone au profit de la reconnaissance militaire en terrain ennemi procède du même échange de bons procédés, toujours avec ce doute en notre arrière-pensée que les producteurs de Peshmerga n’auraient probablement pas eu un accès aussi privilégié au théâtre de guerre, s’ils n’avaient pas mis à contribution à moindres frais leur gadget de surveillance. En fin de compte, ce film est aussi désert et désincarné que les hauts plateaux du Kurdistan, en dépit des tentatives maladroites de la part de Bernard-Henri Lévy de l’inscrire in extremis dans un grand projet de préservation de la cohabitation respectueuse entre les communautés juives, chrétiennes et musulmanes ou bien de condenser la tragédie du peuple kurde, courageux mais malmené de tous les côtés, dans la disparition brutale du commandant aux cheveux blancs.

Conclusion

L’écrivain Bernard-Henri Lévy est un voyageur infatigable en faveur des causes internationales désespérées. Alors que cet engagement pas exclusivement altruiste lui a valu autant de distinctions que de railleries, son reflet cinématographique peine encore à nous convaincre. Ainsi, à partir d’une idée de départ tout à fait recommandable – en somme de mettre en avant l’effort kurde dans la guerre à armes inégales contre l’état islamique –, Peshmerga n’est qu’un album de clichés ternes et impersonnels.

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