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Cannes 2018 : Los silencios


Brésil, France, Colombie, 2018
Titre original : Los silencios
Réalisateur :
Scénario : Beatriz Seigner
Acteurs : Marleyda Soto, Enrique Diaz, Maria Paula Tabares Peña, Adolfo Savinino
Distribution : Pyramide Films
Durée : 1h30
Genre : Drame fantastique
Date de sortie : 2 janvier 2019

Note : 3/5

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs au , ce film brésilien opère tout en nuances. La création d’une atmosphère étrange, pas tout à fait contemplative, mais pas non plus excessivement redevable au cinéma fantastique, compte en effet parmi les qualités principales de Los silencios. Beatriz Seigner y construit un pont curieux entre le monde des vivants et des morts, avec en arrière-plan un constat social et politique sur la situation des réfugiés colombiens légèrement plus pragmatique. C’est le récit d’un rite de passage en guise d’énigme filmique que les spectateurs moins éprouvés par la fatigue festivalière que nous devraient deviner assez rapidement. Mais même sans cette bifurcation finale digne d’un M. Night Shyamalan, le deuxième long-métrage de la réalisatrice a de quoi fasciner. Car on peut y observer en toute tranquillité la cohabitation entre la précarité matérielle des populations déplacées, obligées de quémander pour trouver un travail et obtenir les signes primaires d’intégration, et leur détresse psychologique, causée par la disparition brutale d’êtres chers, laissés derrière elles dans un mouvement de fuite qui aboutira contre toute attente à un apaisement des esprits dans le bayou amazonien.

Synopsis : Suite à la disparition soudaine de son mari, menacé par des paramilitaires colombiens, Amparo est partie se réfugier en compagnie de sa fille aînée Nuria et de son fils Fabio chez sa tante, sur une île isolée entre son pays natal, le Pérou et le Brésil. Alors qu’elle n’arrive pas à oublier son mari et qu’elle peine à exercer son autorité parentale sur son fils, Amparo cherche à obtenir un visa pour ce qui reste de sa famille, ainsi qu’à entamer auprès des avocats les démarches d’indemnisation pour le décès probable de son mari et de sa fille.

Conversation avec l’au-delà

Une barque avance doucement dans la nuit, avec une lampe torche tenue par l’un des passagers et d’autres points de lumière au loin comme seuls repères visuels : le premier plan de Los silencios est plutôt emblématique de ce qui va suivre, à savoir un voyage initiatique, mais sobre, dans un pays flottant entre les éléments. Cette difficulté de distinguer ce que l’on voit, de comprendre le sens profond du récit, perdure jusqu’à la conclusion, elle aussi située sur le fleuve. Entre-temps, nous aurons assisté à des rencontres avec des âmes errant sur terre, avides de ne pas encore rompre le lien qui les liait autrefois à la vie. Cet aspect fantastique, la mise en scène l’amène d’abord sur un ton très factuel, comme si ces fantômes habitaient aux côtés des vivants, ce qui relève en fait du propos principal du film. Un rayonnement particulier peut les entourer, mais sans que l’aura de ces personnages venus d’ailleurs ne prenne un aspect spirituel exagéré. Et si le dispositif de distinction par le biais des couleurs fluorescentes, introduit ultérieurement, produit un effet esthétiquement très saisissant, dans l’ensemble, il n’y a essentiellement que des ambiances opaques à tirer de ce volet de l’intrigue dédié aux fantômes, qui hantent moins le monde auquel ils appartenaient auparavant qu’ils le jaugent.

Courir avec des churros

Face à cette surenchère éthérée, malgré tout pas déplaisante, ce qui nous a davantage passionné, c’est la description sans complaisance du contexte social de ce conte désincarné. La thématique hélas omniprésente à travers le globe des réfugiés, accueillis nulle part les bras ouverts, y subit une conjugaison pas sans intérêt. Notamment la relation entre la mère et son fils, avec tous ses détails annexes, reflète admirablement les frictions que la précarité due au départ involontaire et précipité de chez soi peut susciter dans le schéma familial. Contrairement à Amparo, qui tente de faire des économies de bouts de chandelle et qui ne refuse aucune offre d’emploi aussi peu adaptée à ses capacités physiques soit-elle, Fabio est l’archétype de l’enfant gâté. Il se fait ainsi un malin plaisir d’ignorer les interdictions émises par sa mère et de râler dès qu’un repas ne lui convient pas, le tout pour finir tôt ou tard comme un petit voyou. C’est aussi sans doute en raison de cette guéguerre décrite avec empathie et subtilité que nous sommes largement passés à côté des ambitions plus manipulatrices de l’intrigue – ce fameux revirement, qui n’en est pas vraiment un pour quiconque a su faire preuve d’imagination et de perspicacité lors de la séance matinale au Théâtre Croisette –, ce qui n’est après tout pas fatalement une perte, mais l’indicateur rassurant sur la capacité du film à opérer simultanément sur plusieurs tableaux.

Conclusion

Alors que nous lui reconnaissons volontiers quelques qualités manifestes, Los silencios a dû batailler dur pour nous subjuguer temporairement. Il s’agit d’un film beau et enchanteur, qui peine toutefois à assembler ses éléments complémentaires d’une façon probante. Que vous soyez plus réceptifs aux esprits qui passent rendre des visites de bon voisinage ou bien aux histoires de réfugiés retracées sans le moindre misérabilisme, le film de Beatriz Seigner peut néanmoins avoir de quoi vous convaincre.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles