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Cannes 2018 : Le Pape François Un homme de parole


Italie, Suisse, Allemagne, France, 2018
Titre original : Pope Francis A Man of his Word
Réalisateur :
Scénario : Wim Wenders & David Rosier
Distribution : Universal Pictures International
Durée : 1h37
Genre : Documentaire
Date de sortie : 12 septembre 2018

Note : 3,5/5

Est-ce que le pape François en tant qu’entité morale serait à sa place au , le temple suprême du culte du cinéma, où l’on ne participe à l’expérience commune de regarder un film qu’après avoir accompli l’épreuve de patienter avec anxiété parmi les membres de la caste des badges presse inférieurs, jamais tout à fait sûrs de pouvoir accéder aux séances les plus plébiscitées ? Il n’était en tout cas pas sur le tapis rouge lors de la présentation du documentaire que Wim Wenders lui a dédié, une absence qui s’explique plus facilement par toutes sortes de raisons politiques et logistiques que l’apparition incongrue, par smartphone interposé, du réalisateur Jean-Luc Godard il y a quelques jours de ça. Même le fait d’inclure un film comme Le Pape François Un homme de parole en sélection officielle – ne serait-ce qu’en séance spéciale – doit forcément dénoter dans un contexte de festival, nourri au moins autant par le commerce que par l’art. C’est peut-être aussi pour cette opposition manifeste entre le bling-bling de la montée des marches et le message de pauvreté assumée du pape actuel que ce documentaire nous a fait le plus grand bien, en guise de frein salutaire au stress de ne pas avoir vu assez de film et de ne pas avoir assez écrit dessus, qui s’empare probablement de chaque festivalier consciencieux en fin de séjour ! Cette formidable leçon de zénitude, bien plus radicale par son contenu que par son esthétique, s’approche certes de l’hagiographie d’un homme saint. Tant mieux pour nous alors, que ce qui anime cet homme d’exception n’est point sa propre gloire, mais le souhait fervent que son enseignement pacifique soit entendu et appliqué par le plus grand nombre.

Synopsis : Élu le 13 mars 2013 en tant que 266ème pape de l’église catholique, l’ancien évêque argentin Jorge Maria Bergoglio est le premier à avoir choisi pour son pontificat le nom de François, en hommage à François d’Assise. Comme le saint du XIIIème siècle, le pape François prêche l’abandon du matérialisme et le retour à une philosophie respectueuse de l’environnement et des autres, peu importe leur religion.

Vatican story

Alors qu’il est depuis plus de cinq ans le guide spirituel des catholiques, ainsi que par défaut la conscience morale du monde, nous n’avons jamais particulièrement prêté attention au pape François. Il est certes moins sectaire et sèchement intellectuel que son prédécesseur, mais en tant que dirigeant d’une formation religieuse aux pratiques et au passé douteux, cet homme d’église nous inspire malgré tout une certaine méfiance. Le Pape François Un homme de parole n’a donc pas fait œuvre d’épiphanie, susceptible de rallumer subitement la flamme de croyances personnelles tombées en désuétude depuis longtemps. Il a plutôt rétabli une foi peut-être encore plus précieuse : celle en la bonté de l’homme et en sa capacité de surmonter les obstacles pour faire du bien. Dit ainsi, le propos du documentaire risque de sonner naïf et trop sommaire pour en tirer la trame pragmatique d’une mise en question existentielle. Et en effet, le réalisateur se contente d’écouter attentivement le raisonnement limpide du souverain pontife, depuis un point de vue d’emblée acquis aux convictions hors des sentiers battus du prêche dominical, émises par cette âme noble et généreuse. Aucun questionnement critique ne vient interrompre le flux des idées du pape François, tout juste entrecoupées de prises de ses nombreux déplacements à l’étranger, à la rencontre non pas des hauts dignitaires et autres disciples au moins superficiellement déjà acquis à la cause chrétienne, mais des plus démunis, tour à tour réfugiés, détenus et enfants malades.

Sauver l’humanité avec le sourire

Le zèle du pape ne puise pas principalement son énergie d’une foi abstraite et ésotérique, mais de l’entière acceptation de son rôle de premier travailleur social de l’humanité. C’est dans cet emploi, admiré par tous, que Wim Wenders le montre principalement, après s’être assuré habilement de l’adhésion du spectateur à travers la promotion du message écologique du pape. Formellement, le lien qu’il établit avec le parrain indirect du pape réformateur, François d’Assise et ses préceptes qui résonnent à travers lui près d’un millénaire plus tard, peut paraître artificiel, avec ces scènes reconstituées sur pellicule vieillie après coup. Cette mise en abîme historique nous évite par contre d’éventuelles parenthèses théoriques ou, pire encore, l’intervention de spécialistes ou de membres du clergé qui nous vanteraient les mérites de ce pape peu orthodoxe. A la place, nous avons droit à une sorte de cours magistral tout à fait ludique donné par le pape François, un maître dans l’expression incisive d’opinions radicales, mais amplement bénéfiques pour le bien commun, si elles étaient prises à cœur par ceux et celles qui savent l’entendre. En effet, si chaque spectateur mettait en pratique le conseil de ne plus se rendre esclave de l’argent, de savoir prendre son temps, quitte à jouer avec ses enfants, d’accepter sans crainte le défi de la différence et de l’étranger qui le porte en lui, bref d’abandonner la culture du déchet, le monde si mal en point ces jours-ci n’aurait plus besoin d’un sage sans reproche comme le pape François. En attendant ce jour merveilleux, il faudra se contenter d’un rappel à l’ordre constructif aussi habilement ficelé que ce documentaire, face auquel nos yeux étaient souvent aussi grands ouverts d’étonnement et d’admiration que ceux des nombreux délaissés dont le chemin a croisé celui de cet homme proche de la sainteté.

Conclusion

Pour se faire entendre, il est indispensable de savoir adapter son discours à son public. Le pape François maîtrise à la perfection l’art percutant du maniement du verbe, comme on peut le voir ici à la fois lors de son allocution devant le congrès américain, suffisamment sentimentale et générale pour émouvoir jusqu’aux larmes les députés blasés et vendus aux lobbies, et dans ses interventions les plus iconoclastes, en tête-à-tête avec la caméra, de véritables leçons de vie et d’amour à imiter telles quelles. Le Pape François Un homme de parole synthétise de façon admirable la maxime altruiste de son sujet, avec une ardeur qui relève moins du prosélytisme que de la compréhension intime du message en tous points extrême à partir duquel ce héros des temps modernes a entamé sa révolution de la liberté des corps et des esprits depuis plus de cinq ans, à la tête d’un appareil institutionnel qui avance hélas moins vite et avec moins d’honnêteté que lui.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles