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Bergamo Film Meeting 2018 : Las distancias


Serbie, 2017
Titre original : Las distancias
Réalisateur :
Scénario : Nemanja Vojinovic
Distribution : –
Durée : 1h11
Genre : Documentaire
Date de sortie : –

Note : 3/5

Le mythe de l’Amérique, cette terre promise qui offre toutes les opportunités à quiconque veut bien y tenter sa chance, a toujours bon dos. Même si les signes du déclin progressif de l’empire américain s’accumulent, ce sont jour après jour des milliers d’immigrés clandestins qui traversent la frontière entre le Mexique et les États-Unis au péril de leur vie. Or, ce qui les attend de l’autre côté n’a souvent rien du rêve de prospérité espéré, puisque le quotidien de ces réfugiés économiques se déroule en marge de la société. Il est en plus ponctué dans la plupart des cas par les stigmates de la précarité, dont ils préfèrent ne rien dire à ceux et celles qu’ils ont dû laisser derrière eux. Bref, le périple de l’immigration porte de moins en moins de fruits, comme le montre de façon détournée Las distancias, présenté dans la section « Visti da vicino » au , une ville qui est à sa façon marquée par les répliques des flux migratoires de ces dernières années. La particularité de ce documentaire est le point de vue forcément extérieur du réalisateur serbe Nemanja Vojinovic, qui n’est dupe ni de la nostalgie du communisme cubain, ni de la façade étincelante de New York, cachant tant bien que mal la condamnation à la misère pour un pourcentage élevé de sa population citadine.

Synopsis : L’actrice cubaine Indira Romero Garcia est décidée de partir en Amérique, afin de permettre à son fils de dix ans Leandrito d’y mener une meilleure vie. Elle part d’abord seule. Après un voyage long et compliqué pour arriver sur le sol américain, elle s’installe à New York, où elle partage un appartement avec d’autres Cubains qui sont dans la même situation qu’elle. Mais son fils, ainsi que toute sa famille, restés à Santa Clara, lui manquent terriblement.

Jusqu’à la victoire, pour toujours

Mieux vaut savoir lire entre les lignes pour apprécier toute la portée de Las distancias, un documentaire dont la trame ne suit aucune structure dramatique clairement lisible. Vous n’y trouverez donc aucun commentaire explicatif et pas davantage d’événements à l’impact émotionnel fort pour exacerber artificiellement le contraste entre la famille tronquée côté cubain et la mère, seule et dépressive, dans le pays qui n’a strictement plus rien d’un pays de Cocagne. Toutefois, le style de Nemanja Vojinovic n’est pas austère à proprement parler. Pour cela, il témoigne tout d’abord d’un sens visuel d’ores et déjà assuré, voire presque poétique dans sa facilité à capter des images pas seulement belles, mais empreintes d’un sens profond. Ainsi, son regard sait conférer une noblesse mélancolique à des motifs qui ne paient pas de mine à première vue, comme les fruits destinés au saint protecteur qui gisent dans le sable gris de la plage de New Jersey. Plus globalement, la mise en scène réussit à nous faire ressentir la tristesse des endroits fonctionnels côté américain, tout comme celle des institutions défigurées par un délabrement galopant côté cubain. C’est notamment le va-et-vient constant entre ces deux mondes que tout oppose qui crée une dynamique saisissante, à l’écart des poncifs basés sur un antagonisme manichéen.

Une vie à distance

La description des personnes impliquées dans ce destin d’immigré, qui n’a hélas rien d’exceptionnel, s’avère par contre un peu moins probante. D’abord parce que la caméra ne pénètre pas réellement dans leur intimité, par manque d’accès ou par choix de pudeur. Ainsi, en dépit de la force subtile de la double présentation de Indira au début et à la fin du documentaire, initialement encore confiante en elle et en son projet et en fin de compte profondément désillusionnée, nous ne l’accompagnons pas tellement dans les étapes laborieuses de ses tentatives d’intégration dans la société américaine. De même, certains membres de sa famille restés au pays dépassent à peine le stade de la caricature tout juste passable et guère révélatrice des enjeux qui dictent leurs interactions, comme par exemple le frère oisif, qui ne fait que regarder le foot à la télé. La seule exception notable dans ce contexte est heureusement le fils, obligé de grandir tant bien que mal alors qu’il n’est entouré que de mères et de pères de substitution. Sa mère a beau verser des larmes chaudes à plusieurs reprises, le véritable dommage collatéral de ce déchirement du cercle affectif, à la fois choisi et subi, est cette génération d’enfants laissés-pour-compte, car autant victimes du déséquilibre dans la distribution des richesses à travers le monde que de la volonté discutable de leurs parents d’y remédier coûte que coûte.

Conclusion

Les sélectionneurs des documentaires au Festival de Bergame n’aiment visiblement pas que le film prenne le spectateur par la main d’une manière trop directive. L’échantillon de deux films de non-fiction que nous y avons vu cette année se démarque en effet par une liberté de ton et de propos, qui est au moins raisonnablement fascinante dans le cas de Las distancias. C’est surtout l’occasion de découvrir le talent indéniable de Nemanja Vojinovic, un jeune réalisateur de même pas trente ans, qui fait déjà preuve d’une sensibilité exceptionnelle pour s’approprier sans arrogance ostentatoire un sujet n’ayant a priori rien à voir avec ses origines serbes.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles