Critiques de films Drame — 26 juillet 2018
Critique : Joueurs


France, 2018
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Marie Monge, Julien Guetta et Romain Compingt
Acteurs : , , Bruno Wolkowitch
Distribution : Bac Films
Durée : 1h47
Genre : Drame
Date de sortie : 4 juillet 2018

Note : 2,5/5

Présenté plus tôt cette année au Festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, Joueurs porte toutes les marques d’un premier film. Une œuvre aussi fugueuse que brouillonne, il a en effet tendance à s’engouffrer un peu trop prestement dans les poncifs qui guettent, dès que l’on veut traiter du monde du jeu, avec tout ce que cela implique en termes de dépendance malsaine et de trafics qui ne le sont pas moins. En même temps, la réalisatrice Marie Monge réussit largement à maintenir une fébrilité à fleur de peau. Celle-ci permet alors à garder vivace et tant soit peu crédible le volet romantique du récit, sa colonne vertébrale en quelque sorte le long de laquelle les nuits folles alternant entre gains et pertes – et accessoirement des intermèdes sexuels – se succèdent avant de terminer en cercle vicieux passablement glauque. Car dans sa visée morale, le film reste presque fâcheusement consensuel, par le biais d’un retour de bâton qui ne se fait pas longtemps attendre après quelques moments d’ivresse initiaux.

Synopsis : Ella travaille sans relâche dans le bistrot de son père à Paris. Elle assure le service en salle à l’heure de pointe pour le déjeuner et le dîner et tient en parallèle la caisse. Un jour, Abel, un jeune homme désinvolte qui prétend avoir travaillé dans les plus grands palaces, postule pour un poste de garçon. A l’issue de l’une des premières soirées de sa période d’essai, il se sauve avec le contenu de la caisse, devant les yeux ébahis de Ella. Cette dernière le suit dans le métro, puis dans un club de jeu privé. Abel l’y initie aux règles de ce monde à part, qui finit par exercer son pouvoir de séduction sur elle, accompagné par l’attirance grandissante qu’elle éprouve pour son ancien employé.

Perdus sur toute la ligne

Aussi problématiques certains aspects de ce film inégal soient-ils, il voit néanmoins juste dans la description du monde du travail dans le milieu de la restauration. L’entrée en la matière est ainsi plutôt réussie, avec le stress des commandes qui s’empilent et auquel le personnage féminin principal répond avec un stoïcisme, qui borde à l’efficacité mécanique et donc sans âme. Si l’on fait abstraction du nombre élevé de revirements mélodramatiques qui rythment l’intrigue, sa vocation première consiste à observer, de préférence sans états d’âme excessifs, l’éveil d’une femme dont l’existence paraît sagement rangée à l’exubérance d’une vie plus viscérale. Rien de particulièrement original à cela, soit, et la narration peine précisément à contourner les passages obligés de ce parcours de l’irrévérence. Mais grâce à la sincérité de l’interprétation de Stacy Martin, cette femme, qui est autant un objet du désir que la proie consentante d’un univers de l’ombre au fonctionnement impitoyable, préserve sinon son intégrité morale, au moins une fragilité pas sans intérêt en tant que point majeur d’identification. Son pendant masculin n’a pas tout à fait la même chance : malgré l’air d’éternel charmeur dont jouit amplement Tahar Rahim ici, son côté perdant invétéré ne lui permet guère de prendre de l’altitude par rapport aux clichés conséquents que lui attribue le scénario assez convenu.

Le Mal de vivre d’après Barbara

D’un point de vue formel, Joueurs n’est pas non plus exempt de légères imperfections, qui rendent sa vision certes pas déplaisante, mais qui laissent le spectateur en dehors des tourments sentimentaux qui sont censés animer les personnages dans leur course folle à l’issue fatale. Que ce soit le montage explicatif autour de l’ambiance fiévreuse qui règne dans la salle de jeu ou bien la conclusion sur un air mélancolique de Barbara, une certaine maladresse narrative s’y fait jour. Elle provoque avant tout le regret que la mise en scène n’ait pas été plus virtuose ou au contraire plus subtilement intimiste dans sa démarche de transmission de pareils moments d’euphorie ou de défaite amère. Tandis que le ton général du film relève d’une morosité plus ou moins explicite, la réalisatrice a visiblement du mal à moduler ces nuances de gris sombre, afin de leur conférer autre chose que le parfum d’une fatalité inextricable et par conséquent ennuyeusement prévisible. Ainsi, le bonheur des amoureux, bénis de surcroît par la chance au baccara, ne dure qu’un temps, avant que la dure réalité ne les rattrape et ne leur fasse subir les foudres d’une moralité, peut-être encore plus pénible à cause de la docilité avec laquelle la narration l’applique sans broncher.

 

Conclusion

Le cinéma français n’avait pas forcément de quoi épater le public international lors du dernier Festival de Cannes avec ce film somme toute peu exceptionnel. L’éternelle rengaine de la fille de bonne famille, tentée par un petit voyou avant de se ressaisir in extremis, y est contée à peu près convenablement, quoique sans traits de qualité particuliers. Ce sont avant tout les interprétations qui épissent tant soit peu l’intrigue, en premier Stacy Martin dans un rôle plutôt complexe et dans une moindre mesure Tahar Rahim, qui a beau refuser le chemin de la facilité dans le choix de ses projets, mais qui se retrouve malgré tout avec un échantillon de personnages joliment paumés de plus en plus interchangeables.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles