Critique : The Punisher (saison 1)

, 2017 :  1 saison, 13 épisodes

Essayer de retirer à tout ambition politique serait facile. Il est vrai que depuis 2008, la machine Studios propose des films assez édulcorés, aux schémas qui se répètent depuis maintenant 17 (!) films. On peut cependant trouver quelques réflexions dans des longs-métrages comme par exemple la surveillance de masse Captain America : Winter Soldier. Dans les comics en eux-mêmes, de nombreux auteurs officiant chez l’éditeur sont ouvertement engagés, quitte à exaspérer les fans les plus conservateurs. On est loin de l’image encore trop répandue du en collant se contentant de sauver la veuve et l’orphelin, ou du Captain America simple « étendard impérialiste ». En se limitant à une poignée d’années, on retrouve pèle-mêle : des réflexions sur la montée du fascisme aux États-Unis (Secret Empire),  sur le féminisme (Oiseau moqueur) sur les violences policières (Sam Wilson: Captain America), ou encore sur le fait d’être issu d’une famille de confession musulmane (Ms. Marvel). La dernière née des Marvel-Netflix, soit la sixième en moins de trois ans, est dans la continuité de cette ligne éditoriale de l’auto-proclamée maison des idées.

Synopsis : Après s’être vengé de ceux responsables de la mort de sa femme et de ses enfants, décèle un complot qui va bien plus loin que le milieu des criminels newyorkais. Désormais connu à travers toute la ville comme , il doit découvrir la vérité sur les injustices qui l’entourent et touchent bien plus que sa seule famille.

Créé dans les années 70, le personnage de Frank Castle était un vétéran du Vietnam ; c’est en toute logique qu’il est maintenant vétéran d’Afghanistan. Ainsi, de nombreux « démons » des États-Unis, et de leurs soldats, vont être explorés tout au long de la série. La réinsertion des vétérans dans la sociétés, le stress post-traumatique, l’utilisation de la torture par la CIA, de nombreux thèmes sont abordés frontalement et participent à la caractérisation de Frank Castle. D’ailleurs, si le personnage du Punisher était introduit dans saison 2, avec son propre arc narratif (qui était un des gros point fort de la série, comme on l’expliquait à l’époque), il est un peu étrange de le retrouver ici repartir de zéro. Dans sa propre série, Frank Castle a en effet terminé son épopée vengeresse, et abandonne le « costume » de son alter-ego meurtrier. C’est ainsi plus l’homme que l’anti-héros qui est à l’honneur, et il ne rendosse ses armes que très tardivement dans la saison. Ainsi, si le Punisher est déjà en soit loin de tout modèle super-héroïque, ici nous avons avant tout à faire à une série sur un vétéran hanté par ses démons, dont le meurtre de sa famille, qui semble lie à de sombres affaires de la CIA en Afghanistan. Par ailleurs, une enquête de la Homeland security avance en parallèle, avec à sa tête un agent qui a droit à un développement pratiquement aussi important, bien que moins intéressant, que celui du héros principal.

En plus de ce qui touche à la guerre en Afghanistan, d’autres inquiétudes américaines parcourent la série, à travers de personnages secondaires qui permettent de faire varier l’intrigue sur d’autres thèmes. Le sort des lanceurs d’alerte, thème actuel s’il en est, caractérise ainsi l’acolyte « super informaticien » de Frank Castle; la question de la régulation des armes, bien qu’abordée assez maladroitement, sert de fil rouge à une paire d’épisodes. Enfin, le terrorisme apparaît aussi à travers un soldat perdu suite à son retour chez lui … Cependant, si la série se révèle intéressante à analyser, elle est loin d’être infaillible dans sa structure. The Punisher cède parfois à certaines facilités d’écriture, comme cet agent double qui se révèle à la moitié de la série, le hacker dont compétences varient selon les besoins nécessaires à l’avancée de l’intrigue, ou encore l’histoire en miroir de ce dernier et de Frank Castle qui ressemble souvent à du remplissage. La structure en elle-même semble se répéter – on finit par de ne plus s’inquiéter pour un héros qui frôle la mort tous les deux épisodes. Et malgré le fait qu’il s’agisse de The Punisher, peut être le personnage le plus violent de l’écurie Marvel, la série se révèle assez statique, et on ne compte plus les moments passés dans une planque souterraine qui, avouons-le, fait un peu trop décor carton-pâte : le budget sur la série semble assez réduit, ce qui a tendance à transpirer sur l’écran, mais heureusement n’enlève rien à ses autres qualités.

On se demande ainsi pourquoi Netflix persiste à vouloir continuer sur des séries en 13 épisodes, alors qu’ici un format de mini-série en 8 épisodes, comme il était prévu au début, aurait largement suffi. Le denier tiers de la série est par exemple impeccable, enchaînant un épisode concept « à la Rashomon« , avec ses multiples points de vue, et des épisodes dans lesquels le Punisher est (enfin) de retour, avec l’explosion de violence qui va avec. Si la série finit par être d’un grande violence, et que le personnage en soi est un être torturé, il est un peu regrettable que la série ne propose pas de réflexion poussée sur ce thème – au delà des traumas des vétérans. D’ailleurs, les scènes d’action sont assez peu stylisées, loin de la maestria dont faisaient preuves certains épisodes de Daredevil avec leurs plans-séquences. Car au final, toute la série repose sur les épaules d’une personne que nous n’avons pas encore évoqué:  Jon Berthal. Habitué à un seul registre (celui du gros dur, dernièrement dans Mr. Wolff ou Baby Driver), il est impeccable tout au long de ces 13 épisodes. Il arrive à donner un grand capital sympathie, humain, à un personnage trouble, torturé par ses démons. Et c’est peut être la plus grande réussite de la série !

 The Punisher est au final une très bonne surprise. Très peu médiatisée, repoussée à cause de la récente fusillade de Las Vegas, la série ne ressemble pas à première vue aux autres collaborations Marvel-Netflix, qui cette année avaient jusque-là peu brillé par leurs qualités. On peut d’ailleurs se réjouir que la série arrive à se tenir jusqu’à la fin, ne finissant pas en eau de boudin, et n’appelant pas forcément de suite. De plus, par ses réflexions, bien que parfois maladroites, sur la société américaine, elle s’inscrit dans la droite lignée du Marvel originel, qui se caractérisait par ses personnages sur-humains, avant tout, justement, humains.

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Auteur

Nicolas Santal

Cet article a été rédigé par Nicolas Santal, rédacteur de Critique-film.fr