Cannes 2018 : Le poirier sauvage


, 2018
Titre original :  Ahlat Agaci
Réalisateur :
Scénario : N.B. & Ebru Ceylan, Akin Aksu
Acteurs :  Doğu Demirkol, Murat Cemcir, Bennu Yıldırımlar
Distribution : Memento Films
Durée : Drame
Genre : 3h08
Date de sortie : 15 août 2018

4/5

Présenté en Compétition

Nuri Bilge Ceylan fait parti des grands habitués du Festival de Cannes : six de ses films (sur une filmographie qui en compte huit) ont ainsi été sélectionnés, et ont pour la plupart remporté un prix – jusqu’à la Palme d’Or en 2014 pour Winter Sleep. Retrouver Le Poirier sauvage en compétition n’est donc pas étonnant, mais le projeter le dernier jour est une décision regrettable au vu du ratio état des festivaliers / durée du long-métrage. C’est avec la peur de piquer du nez que le rédacteur de cet article s’est rendu à la projection presse de 20h ; c’est fasciné qu’il en est ressorti, trois heures et huit minutes plus tard. 

Synopsis : Passionné de littérature, Sinan a toujours voulu être écrivain. De retour dans son village natal d’Anatolie, il met toute son énergie à trouver l’argent nécessaire pour être publié, mais les dettes de son père finissent par le rattraper…

Sinan n’est pas tant rattrapé par les dettes de son père que par le temps qui passe. Sur le point de passer le concours d’instituteur, il retourne à la campagne, où sont restés sa famille et ses amis. Hormis une magnifique scène de retrouvailles dans les champs, le retour ne se fait pas tant dans la joie que dans la confrontation : pour s’affirmer, en tant que personne comme en tant qu’artiste (« Les artistes sont censés s’opposer à tout, non ? ») le protagoniste va débattre avec de nombreuses figures symboliques. Plus qu’à des personnes, c’est à de véritables « institutions » qu’il se confronte : sa famille, ses amis, son idôle (un écrivain), ou encore la religion. On assiste ainsi à des débats qui, malgré leur longueur, s’avèrent passionnants.

Il faut dire que le film n’est en rien contemplatif : souvent en mouvement, toujours en train de parler, on ne s’arrête que de brefs instants pour reprendre sa respiration. Tel Sinan dans le livre éponympe, Le poirier sauvage est en apparence un portrait autocentré, qui au final offre une vision beaucoup plus large des rapports humains – et de la région dans laquelle il se déoule. On retrouve d’ailleurs en filigrane, par le discours quotidien (presque banal) des personnes que Sinan recontre, un aperçu politique plus national. Les nouveaux instituteurs, comme les militaires, redoutent, ou au contraire affirme être heureux, d’aller à « l’est ». Une destination qui ressemble presque à un ailleurs mystérieux ; dans les faits, l’est de la Turquie est le théâtre de conflits entre les forces kurdes et le PKK, zone instable qui de plus est frontalière avec la Syrie. Si la politique interne n’est pas directement évoquée (le nom du président n’est jamais prononcé), on peut discerner une certaine inquiétude des classes intellectuelles face à leur avenir : de fait, beaucoup d’instituteurs rejoignent l’armée ou la police, et les violences des forces anti-émeutes sont prises avec légèreté par leurs auteurs …

Conclusion

« Les souvenirs, bons ou mauvais, se mélangent et se dissipent » explique le père à son fils. Les séquences du film, bons ou mauvais, se mélangerons peut être, mais il est peu probable que la puissance du film, elle, ne se dissipe …

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Auteur

Nicolas Santal

Cet article a été rédigé par Nicolas Santal, rédacteur de Critique-film.fr