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Cannes 2018 : Le bilan de Jean-Jacques

Un survol du palmarès

Acceptons d’emblée la remarque : oui, j’en ai conscience, je n’ai pas vu tous les films présentés en compétition ! Seulement 14 sur 21 ! Malheureusement pour moi, j’ai vu la Palme d’or, Une affaire de famille. Malheureusement, car je me suis ennuyé pendant 2 heures. Ne tournons pas autour du pot : le seul film de Hirokazu Kore-eda qui ne m’ait pas ennuyé est Notre petite sœur, celui que la plupart des admirateurs du réalisateur considèrent comme son œuvre la moins convaincante. Mais, après tout, ce n’est pas ma faute si les thèmes abordés par Kore-eda me paraissent à chaque fois très prometteurs et sont, pour moi, presque toujours totalement gâchés par un montage qui génère chez moi un ennui profond et détruit toute l’émotion que je m’attendais à trouver. Sauf dans Notre petite sœur ! Palme d’or spéciale : Le livre d’image de : pas vu. Grand Prix du Jury : BlacKkKlansman de Spike Lee : pas vu. Prix du Jury : Capharnaüm de Nadine Labaki : pas vu.

Prix de la Mise en scène : de Paweł Pawlikowski, un film en noir et blanc, esthétiquement beau, une belle histoire d’amour, un rendu intéressant de la Pologne des années qui ont suivi la 2ème guerre mondiale et de Paris dans les années 50. Pour moi qui n’avait pas aimé My summer of love et qui avait trouvé Ida très surestimé (Deux films réalisés par Pawlikowski),  Cold War est un des meilleurs films de la compétition 2018. Le Prix d’interprétation féminine est allé assez justement à Samal Yeslyamova, la comédienne kirghize de Ayka, un film du kazakhe Sergey Dvortsevoy, très inspiré par Rosetta des frères Dardenne, Palme d’or cannoise en 1999. Une accumulation de malheurs pour le personnage, un grand bonheur pour la comédienne. Le Prix d’interprétation masculine, lui aussi, est un choix un peu inattendu mais pas scandaleux du tout : , un sosie de Luis Rego, excellent dans un rôle de « trop bon, trop con » dans le film Dogman du réalisateur italien Matteo Garrone. Quant au Prix du scénario, il a été attribué à 2 films, Trois visages de l’iranien Jafar Panahi et Heureux comme Lazzaro de Alice Rohrwacher, deux films aux qualités évidentes et dont on se félicite qu’ils soient au Palmarès. Concernant le premier, on ne peut qu’être admiratif devant le résultat obtenu dans des conditions de tournage qu’on devine très difficile. Comme son compatriote Matteo Garrone dans Dogman, Alice Rohrwacher met en scène un personnage naïf et d’une grande bonté : faut-il y voir un écho de la situation politique de l’Italie actuelle ?

Survol des autres films en compétition

Alors qu’on se félicitait a priori de voir une sélection qui, pour une fois, sortait un peu des sentiers battus, il faut reconnaître que le résultat n’a pas été à la hauteur des espérances. On doit même avouer que, au minimum, deux films n’avaient absolument pas leur place dans la compétition cannoise, deux films français, malheureusement : Les filles du soleil de Eva Husson, un traitement hollywoodien d’une obscénité affligeante d’un thème fort et magnifique, les combattantes kurdes contre Daech ; Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, un film navrant se voulant provocant sur des tournages de films pornos gays en 1979.

On ne sera guère plus tendre avec Leto, un film du russe , qu’on a trouvé très décevant de la part du réalisateur de Le disciple. Certes, ce film a conquis beaucoup de spectateurs mais il s’est avéré difficile à supporter pour deux raisons : la musique qu’on y entend, une copie médiocre du rock anglo-saxon des années 80, pour moi les pires années en matière de musique rock, si on excepte Dire Straits ; quant à la prétendue inventivité cinématographique de ce film, je ne vois pas ce qu’il y a d’inventif à copier en moins bien les films des Beatles ! Pas tendre non plus avec Burning, du Sud-coréen , un réalisateur dont on avait beaucoup aimé Secret sunshine et Poetry mais qui là montre qu’il a été touché par le redoutable syndrome Abdellatif Kechiche : des plans étirés de façon déraisonnable qui arrivent à faire durer près de 2 heures et demies une histoire de jalousie qui se raconte en 30 secondes. Dommage, car les premières 20 minutes du film sont très prometteuses !

On sera bref sur les deux films de la compétition déjà sortis en salle et qui font partie des 14 films que j’ai pu voir. Everybody knows (Pourquoi un titre en anglais pour un film espagnol tourné par un iranien ?) peut conduire à deux réflexions contradictoires : admiration devant la façon dont décrit l’Espagne et ses habitants, alors que sa culture d’origine est toute autre, déception face à une conclusion décevante. Quant à Plaire, aimer et courir vite du réalisateur français Christophe Honoré, avec lequel on avouera ne pas avoir d’atomes crochus, on se contera de dire que ce film aux nombreuses facettes autobiographiques m’est apparu moins chichiteux que ce que j’avais déjà vu de lui.

Restent deux films pour arriver à 14 : Yomeddine du réalisateur austro-égyptien Abu Bakr Shawky, un « petit film » plein d’une émotion qui ne bifurque jamais vers le pathos et qui fait figure de bonne surprise, et Asako du japonais Ryusuke Hamaguchi, une belle histoire d’amour, un film à notre humble avis bien supérieur à Senses, son film précédent, sorti récemment sur nos écrans.

 

Et ailleurs ?

Vous l’aurez compris, une fois de plus, l’enthousiasme n’a pas été de mise face aux films de la compétition, même si quelques films ont trouvé grâce à mes yeux. Un jugement sévère qui aurait peut-être changé si j’avais pu voir En guerre, de et Le poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan !

Heureusement, dans le cadre des autres sélections, on a trouvé pas mal de films qui, sans être de grands chef d’œuvre, étaient largement au dessus de la moyenne.  On commencera par La Semaine de la Critique qui avait sélectionné le film qui a fait, à juste titre, le plus gros buzz chez les cinéphiles : Woman at war de l’islandais Benedikt Erlingsson, un film inventif, drôle et percutant sur le combat écologique d’une quinquagénaire par ailleurs en mal d’enfant. Toujours dans cette sélection, Nos batailles, du français Guillaume Senez, avec une distribution impeccable (Romain Duris, Laetitia Dosch, , …), sur la vie difficile d’un chef d’équipe, syndicaliste d’une entreprise ressemblant à Amazon, dont la femme est partie le laissant se débrouiller avec deux enfants, sa vie professionnelle et son activité syndicale. On retiendra aussi dans cette sélection le documentaire Chris the Swiss de la suissesse , une enquête menée par la réalisatrice sur les circonstances de la mort de son cousin Chris, journaliste mort en Croatie en 1992, et Guy, le deuxième long métrage du comédien Alex Lutz, un faux documentaire très réussi sur un chanteur d’une soixantaine d’années, sur le déclin, mais aux réparties très caustiques.

De bons films également chez Un Certain Regard : Donbass, un film dont le titre résume le sujet, du toujours passionnant ; Les moissonneurs, du sud-africain Etienne Kallos, sur la rivalité entre deux garçons adoptés au sein d’une famille afrikaner, confite en dévotion ; de l’italienne Valeria Golino, sur les rapports entre deux frères que tout oppose ; Les chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer, pas loin d’être un très grand film sur le sujet difficile de la pédophilie, mais un peu gâché par une exagération dans les scènes d’hystérie que vit régulièrement la victime.

Pas en reste, la Quinzaine des Réalisateurs m’a permis de voir 3 films que j’ai bien ou beaucoup aimés : tout d’abord , de l’espagnol Jaime Rosales, un grand réalisateur dont on ne parle pas assez, avec une magnifique Barbara Lennie, une des toutes meilleures comédiennes de sa génération, interprétant une jeune femme à la recherche de son père ; , du serbe Ognjen Glavonic, un film sombre dont l’action se déroule durant la guerre en Yougoslavie, une guerre qu’on ne voit pas mais qui est toujours présente, par les sons, par l’atmosphère ; Les confins du monde du français Guillaume Nicloux, un film avec un excellent Gaspard Ulliel qui montre l’atmosphère délétère qui règne au sein d’une unité de l’armée française, en 1945, en Indochine.

On terminera par une bonne surprise présentée par Cannes Junior : le film suisse Mario, de Marcel Gisler, qui raconte de façon très juste la relation sentimentale qui nait entre deux footballeurs d’un club professionnel helvétique.

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Auteur

Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles